by Redazione 18/10/2026
Catégories: Archéologie / Avis de non-responsabilité
Sur la Montagne de Saint-Laurent, à Mesmont, en Bourgogne, des fouilles ont mis au jour un ensemble complexe de bâtiments en maçonnerie, comprenant une grande église et des structures probablement équipées d'un chauffage au sol. Ce site, occupé entre le Ve et le VIIIe siècle, aurait pu être une résidence de haut rang.
Une grande église, des bâtiments monumentaux disposés selon un plan régulier et les vestiges d’un système de chauffage par le sol : sur la Montagne de Saint-Laurent, à Mesmont, en Bourgogne (France), les fouilles archéologiques menées parl’INRAP (Institut national de recherches archéologiques préventives) mettent au jour un site du haut Moyen Âge qui aurait pu abriter une résidence de haut rang. Ce complexe, construit à partir du Ve siècle et occupé jusqu’au début du VIIIe, se distingue par la taille de ses structures, la qualité de ses matériaux et la présence de solutions architecturales qui nécessitaient des compétences techniques et des ressources considérables. Les fouilles les plus récentes ont mis au jour un bâtiment d’environ 180 mètres carrés, adjacent à une grande église, ainsi qu’un autre édifice d’une superficie considérable au sud du lieu de culte : on suppose que le site constituait un centre de pouvoir religieux et politique au Haut Moyen Âge, dans une phase de transition entre l’organisation territoriale romaine et celle du Moyen Âge.
La Montagne de Saint-Laurent est une colline isolée située à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Dijon, qui domine le paysage de la moyenne vallée de l’Ouche. Les premières mentions de découvertes archéologiques remontent au XVIIIe siècle, mais ce n’est que ces dernières années que les recherches ont permis de reconstituer avec plus de précision l’organisation du site. Ainsi, depuis 2019, un programme de recherche combine prospections, sondages et fouilles, tandis qu’en 2026, un nouveau projet triennal consacré à une partie spécifique de ce vaste site a été lancé.
L’occupation de la colline remonte au Néolithique et s’est intensifiée surtout à la fin de l’âge du bronze etau début de l’âge du fer. Après une nouvelle période d’occupation à la fin du deuxième âge du Fer, le site fut à nouveau abandonné à l’époque romaine, même si la présence éventuelle d’un petit sanctuaire en hauteur pourrait indiquer une certaine continuité d’utilisation. C’est toutefois entre le Ve et le VIIIe siècle que la Montagne de Saint-Laurent a connu une nouvelle phase de peuplement intense, longtemps restée à l’arrière-plan dans les études précédentes.
Les prospections géophysiques et les relevés LiDAR, une technologie permettant de reconstituer la morphologie du terrain même en présence de végétation, ont contribué à mettre en évidence l’organisation globale de l’établissement. Les structures semblent se répartir de manière ordonnée sur le plateau qui entoure un éperon central, dans la partie la plus élevée de la colline. L’ensemble n’apparaît donc pas comme une simple concentration d’habitations isolées, mais comme un village structuré, caractérisé par de grands bâtiments en maçonnerie. L’un d’entre eux, daté des VIe-VIIe siècles, occupe une superficie d’environ 240 mètres carrés. La qualité des matériaux utilisés et la complexité de la disposition interne des pièces ont soulevé des interrogations quant au statut social des habitants. Les nouvelles recherches se concentrent principalement sur la partie occidentale de l’éperon central, où se trouve le cœur monumental du complexe.
C’est là que se dressait une grande église en maçonnerie, déjà repérée dans les années 1970 et étudiée entre 2019 et 2024. Au départ, la fonction de l’édifice restait incertaine, notamment en raison de l’absence de sépultures associées. Les fouilles ont toutefois mis au jour des éléments architecturaux permettant de l’interpréter comme un lieu de culte : parmi ceux-ci, un dispositif de séparation du chœur et les bases d’un éventuel banc liturgique. L’église mesure 27,5 mètres de long et 12,4 mètres de large au niveau de la nef, murs compris. Une pièce située du côté sud aurait probablement servi d’annexe presbytérale.
Les campagnes de fouilles de 2026 ont apporté un élément important à la reconstitution du complexe : à l’ouest de l’église, un autre bâtiment en maçonnerie a en effet été identifié, d’environ 15 mètres de long et 12 de large, situé dans le prolongement exact de l’axe du lieu de culte. Ses dimensions sont déjà considérables, mais ce sont surtout l’épaisseur des murs et la qualité du mortier qui suggèrent une structure particulièrement imposante, éléments qui laissent supposer la présence d’un étage supérieur. Au sud de l’église, par ailleurs, des fouilles ont permis de mettre au jour un troisième grand édifice en maçonnerie, qui semble s’étendre sur plus de vingt mètres, même si sa largeur n’a pas encore été déterminée.
Dans leur ensemble, ces bâtiments dessinent un complexe monumental organisé selon un plan régulier, s’étendant sur plusieurs centaines de mètres carrés. C’est surtout la présence d’installations liées au chauffage par le sol qui suggère que le site était fréquenté par des personnes appartenant à des groupes sociaux privilégiés : au cours des campagnes de fouilles, de nombreux éléments d’hypocauste ont en effet été mis au jour ; il s’agit du système de chauffage de tradition romaine dans lequel l’air chaud circulait sous le plancher et, dans certains cas, à travers des conduits dans les murs. Parmi les vestiges figurent également des piles de petits supports en brique, des fragments de tuyaux et des restes de « suspensura », c’est-à-dire les structures qui maintenaient le plancher surélevé par rapport au niveau inférieur, permettant ainsi la circulation de la chaleur. Il s’agit de solutions qui nécessitaient une main-d’œuvre spécialisée et des matériaux spécifiques, produits par des artisans tels que les briquetiers et les fabricants de chaux, et leur présence dans un établissement du haut Moyen Âge est particulièrement significative, car elle témoigne de la persistance de techniques de construction issues de la tradition romaine et de la disponibilité de ressources suffisantes pour soutenir des ouvrages de ce type.
Le complexe a été construit au cours du Ve siècle et est resté en usage jusqu’au début du VIIIe, sans subir de transformations profondes. La chronologie a été reconstituée grâce à l’étude des matériaux céramiques, notamment un petit ensemble de céramiques sigillées produites en Argonne, et a été vérifiée par des analyses au radiocarbone. Parmi les vestiges les plus intéressants figure un fragment de céramique sigillée décoré à la roue, caractéristique de la seconde moitié du Ve siècle. La décoration présente des motifs interprétés comme chrétiens, parmi lesquels on reconnaît un calice et une croix monogrammatique. Ce fragment témoigne par ailleurs de la circulation de symboles religieux et de la culture matérielle présente dans le site au cours des premières phases de son occupation.
Un autre élément significatif est représentépar l’abondance de verre: depuis 2019, plus de 500 fragments ont été récupérés, dont une cinquantaine de morceaux de verre plat aux bords travaillés, éléments qui auraient pu être utilisés dans les vitraux de l’église. Le matériel comprend en outre principalement des fragments de lampes et de récipients de table, objets qui fournissent des informations sur les habitudes de consommation des habitants et qui sont caractéristiques des milieux privilégiés du Haut Moyen Âge.
La présence de verre, de céramiques de qualité et d’installations de chauffage renforce l’hypothèse selon laquelle la Montagne de Saint-Laurent abritait une communauté disposant de moyens économiques importants et d’une organisation structurée. Il n’est pas encore possible d’établir avec certitude la fonction de chaque bâtiment ni d’identifier sans équivoque le complexe comme un palais ; toutefois, les dimensions des constructions, la disposition des pièces et les caractéristiques techniques des structures suggèrent un établissement de haut rang, au sein duquel les fonctions religieuses et résidentielles auraient pu être étroitement liées.
Les recherches sont rendues plus difficiles par les pillages répétés perpétrés par des personnes équipées de détecteurs de métaux : le vol d’objets métalliques a entraîné une perte irréversible d’informations archéologiques, privant les chercheurs de vestiges qui auraient pu contribuer à reconstituer les activités menées sur le site et les caractéristiques de ses habitants.
Un centre de pouvoir en Bourgogne au Haut Moyen Âge
L’importance de la Montagne de Saint-Laurent ne ressort pas seulement des vestiges matériels : le site est en effet également attesté par des sources écrites du Haut Moyen Âge, qui précisent son rôle dans l’organisation territoriale de la Bourgogne et dans les relations entre l’aristocratie et le clergé. Mesmont est mentionnée comme siège principal du pagus magnimontensis, le territoire de la « grande montagne », appartenant à la ville épiscopale de Langres et à l’origine du nom de « Mesmontois ». Le pagus, littéralement « village », était une unité territoriale du haut Moyen Âge qui, à certains égards, préfigurait l’organisation des comtés ultérieurs. Son étendue peut être reconstituée grâce aux mentions des lieux dans les sources documentaires.
Les auteurs médiévaux définissent par ailleurs Mesmont comme un castrum ou un oppidum, termes qui peuvent désigner un lieu fortifié ou situé en hauteur, mais qui évoquent également une certaine complexité urbaine dans les formes et les fonctions de l’établissement. La confrontation entre les documents et les vestiges archéologiques constitue donc l’un des aspects centraux du programme de recherche : elle permet de vérifier si le rôle attribué à Mesmont par les sources correspond aux caractéristiques du site mises en évidence par les fouilles.
La littérature hagiographique, qui relate la vie des premiers saints de Bourgogne, apporte une contribution importante. Au début du VIe siècle, l’évêque Grégoire de Langres confia à son neveu Eustade, alors prêtre à Mesmont, la direction de la communauté monastique qu’il avait fondée à Dijon autour du culte de saint Bénigne. La famille des Grégoires appartenait à la plus haute aristocratie sénatoriale de l’Antiquité tardive et des premiers siècles du Moyen Âge, et comptait parmi ses descendants Grégoire de Tours, évêque et auteur de l’un des principaux témoignages historiques sur le Haut Moyen Âge.
Sigo, fondateur au VIe siècle du monastère qui porte son nom, dans la localité actuelle de Saint-Seine-l’Abbaye, était lui aussi originaire de Mesmont. L’abbaye a joué un rôle important dans l’histoire religieuse de la région : à la fin du VIIIe siècle, Benoît d’Aniane, destiné à devenir l’un des principaux réformateurs du monachisme occidental et des règles bénédictines, y a également séjourné. Un autre personnage lié à ce territoire fut saint Baudry, ermite et évangélisateur actif entre la fin du VIe et le début du VIIe siècle. Saint Antide est également associé à Mesmont ; son nom a été conservé par plusieurs églises et localités de la région, notamment Saint-Anthot et Antheuil. D’après les reconstitutions, ses reliques seraient restées à Mesmont jusqu’au IXe siècle, avant d’être transférées à Brescia, dans le nord de l’Italie, où elles se trouvent encore aujourd’hui. Ce transfert pourrait refléter le déclin progressif de la colonie et constitue un indice des changements qui ont conduit à l’abandon de la colline, probablement au profit de l’actuel centre de Sombernon, situé plus à l’ouest.
Le caractère palatial éventuel du complexe revêt ainsi un intérêt non seulement pour ses caractéristiques architecturales, mais aussi pour la place qu’occupait le site dans les relations entre les autorités ecclésiastiques et les groupes aristocratiques.
Un site rare pour l’étude de la transition entre l’Antiquité et le Moyen Âge
Les fouilles menées sur la Montagne de Saint-Laurent offrent l’opportunité d’étudier dans son intégralité un établissement fondé à la fin de l’Antiquité et occupé au cours des premiers siècles du Moyen Âge. Les ensembles de ce type sont rarement documentés de manière aussi détaillée. Souvent, les fouilles ne portent que sur des parties limitées des sites, ou bien les recherches sont entravées par la situation topographique, la difficulté d’accès ou la présence d’habitats plus récents qui se sont superposés aux structures antiques.
Le chantier remplit également une fonction formative : des bénévoles et de nombreux étudiants en archéologie y participent, ce qui leur permet d’acquérir une expérience directe des techniques de fouille. Les visites de chercheurs issus de différentes institutions favorisent en outre les échanges entre spécialistes et contribuent à l’élaboration de nouvelles hypothèses d’interprétation.
La vallée de l’Ouche, près de Dijon, constitue un territoire présentant un intérêt particulier pour la recherche archéologique, grâce à la conservation des vestiges et aux possibilités offertes par de nouvelles investigations, tant dans le cadre de l’archéologie préventive que par le biais de programmes de recherche spécifiques. Parmi les sites déjà étudiés figurent l’agglomération secondaire d’époque romaine de Mâlain et le village médiéval de Fleurey-sur-Ouche.
Les nouvelles campagnes de fouilles sur la Montagne de Saint-Laurent se poursuivront dans les années à venir, dans le but de clarifier l’étendue du complexe, la fonction des différents bâtiments et le rôle de l’établissement dans l’histoire de la région. La possibilité qu’une résidence de haut rang se soit dressée sur la colline reste une hypothèse à vérifier par de nouvelles fouilles et analyses.
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| France : fouilles dans un ensemble monumental du Haut Moyen Âge : il s'agirait peut-être d'un palais de haut rang |
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