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Federico Giannini @federicogiannini1
, Ilaria Baratta 02/11/2026
Catégories: News Focus / Avis de non-responsabilité
En quoi Artissima a-t-elle évolué ? Les chiffres des dix dernières éditions témoignent d'une profonde transformation : les galeries italiennes fidèles au salon sont de plus en plus nombreuses, tandis que les galeries étrangères y participent de manière de plus en plus ponctuelle. La composition du salon évolue également : davantage de galeries italiennes, moins de nouveaux venus et un renouvellement international particulièrement important. Voici ce que révèlent les données.
Comment Artissima a-t-elle évolué au cours des dix dernières années? Combien de galeries restent fidèles au salon, combien l’ont essayé une seule fois, combien le quittent, combien y reviennent, et que révèlent les changements dans la composition du salon ? Nous avons tenté d’extraire des statistiques à partir des listes d’exposants des dix dernières éditions (en excluant l’édition « Unplugged » de 2020, car il est impossible de la comparer aux autres), soit de 2016 à 2026 : ces données permettent de mesurer avec une certaine précision dans quelle mesure le salon de Turin évolue d’une année à l’autre, dans quelle mesure il s’appuie sur un noyau de galeries fidèles, à quel point il est véritablement international, et ainsi de suite. Les chiffres révèlent un événement à deux facettes: une partie italienne très fidèle, qui est devenue au fil du temps majoritaire, et une partie étrangère beaucoup plus mobile, qui se renouvelle en grande partie à chaque édition.
Tout d’abord, quelques précisions méthodologiques : pour nos données, nous avons pris en compte les galeries et non les stands; c’est pourquoi, si un stand a été partagé entre deux galeries lors d’une édition, nous avons compté deux galeries distinctes. Nous avons ensuite établi les statistiques en tenant compte des changements de nom, des changements de lieu, des fusions (dans le cas de la fusion de deux galeries, nous avons attribué à l’une d’entre elles la continuité historique plutôt que de considérer la nouvelle entité comme un nouveau venu), en considérant comme italiennes les galeries dont le siège social se trouve en Italie et en prenant comme référence l’édition de 2016 pour évaluer les débuts. Toutes les premières participations que nous prenons donc en compte dans cet article ne doivent pas être considérées comme des premières participations absolues, mais comme se rapportant à la première édition que nous avons prise en compte pour cette petite étude.
Au cours des dix éditions prises en compte, 697 galeries différentes ont exposé. Le nombre total de participations, c’est-à-dire la somme des galeries présentes à chaque édition, s’élève à 1 907, ce qui signifie que chaque galerie a participé en moyenne 2,7 fois au salon de Turin. Cette moyenne masque toutefois une répartition très asymétrique: près d’une galerie sur deux, soit 333 sur 697, ce qui correspond à 47,8 %, n’est en effet apparue qu’une seule fois au cours de ces dix éditions. Les galeries ayant participé au moins deux fois sont au nombre de 364, soit 52,2 % ; celles ayant participé au moins quatre fois sont au nombre de 176, soit 25,3 % ; et celles ayant participé au moins six fois sont au nombre de 103, soit 14,8 %. En revanche, 28 galeries ont participé aux dix éditions prises en compte (soit 4 % du total) : 26 sont italiennes (Alberta Pane, Apalazzo, Colophonarte, Continua, de’ Foscherari, Enrico Astuni, Franco Noero, Frittelli, Giorgio Persano, Laveronica, Lia Rumma, Mazzoleni, Mazzoli, Monica de Cardenas, Monitor, P420, Primo Marella, Prometeo, Raffaella Cortese, Repetto, Rolando Anselmi, Simóndi, SpazioA, Thomas Brambilla, Tucci Russo et Vistamare) et 2 étrangères (Gregor Podnar et Piero Atchugarry).
Le noyau dur, bien que restreint, pèse lourdement sur le fonctionnement du salon : les 103 galeries ayant participé au moins six fois génèrent 43,2 % de l’ensemble des participations enregistrées au cours de la décennie, et 40,5 % des exposants de l’édition 2026 ont totalisé six participations ou plus au cours de la décennie. On peut donc affirmer qu’Artissima repose sur une minorité de galeries régulières, entourées d’un large éventail de participants occasionnels.
La distinction entre galeries italiennes et étrangères est la donnée qui modifie le plus l’interprétation. Pour cette analyse, a été considérée comme italienne toute galerie ayant eu, au moins lors d’une édition, un siège en Italie, même si elle a par la suite déménagé ou ouvert ailleurs, afin de ne pas traiter comme deux entités distinctes une galerie qui change de ville. Selon ce critère, on dénombre 195 galeries italiennes et 502 galeries étrangères : les premières ont participé en moyenne 4,7 fois, les secondes 2 fois. Parmi les galeries italiennes, seules 22,1 % n’ont participé qu’une seule fois, contre 57,8 % des galeries étrangères. Parmi celles ayant participé au moins six fois, 78 sont italiennes et 25 étrangères : 40 % des galeries italiennes atteignent ce seuil, contre à peine 5 % des galeries étrangères.
En ce qui concerne l’ampleur des éditions, les données montrent un salon globalement stable. Les galeries présentes à Turin étaient au nombre de 193 en 2016, 210 en 2017, 189 en 2018, 207 en 2019, 178 en 2021, 184 en 2022, 186 en 2023, 195 en 2024, 180 en 2025 et 185 en 2026. La fluctuation est modérée et la baisse la plus marquée concerne l’année 2021, première édition après la pause, avec une trentaine d’exposants de moins qu’en 2019. Ce qui a évolué, dans un contexte globalement constant, c’est la composition. La part des galeries italiennes est passée de 38,9 % en 2016 à 53,0 % en 2026 ; en chiffres absolus, le nombre de galeries italiennes est passé de 75 à 98, tandis que celui des galeries étrangères a baissé de 118 à 87. L’évolution n’est pas linéaire : la part italienne avait déjà atteint 44,8 % en 2017, a oscillé entre 43 et 46 % jusqu’en 2019, a dépassé les 50 % en 2021, s’est maintenue autour de 49 % au cours de la période 2022-2023 et, à partir de 2024, s’est stabilisée entre 52 et 54 %. Le pic a été atteint en 2024, avec 53,8 %, et l’édition 2026 se situe juste en dessous, à 53,0 %. On peut toutefois affirmer qu’Artissima devient de plus en plus italienne et de moins en moins internationale, même si la présence étrangère, bien qu’elle ait baissé d’environ dix points de pourcentage en dix ans, reste encore forte.
Pour comprendre d’où vient cette évolution, il faut se pencher sur les taux de fidélisation, c’est-à-dire la proportion de galeries présentes lors d’une édition qui reviennent à la suivante. Dans l’ensemble, la moyenne sur les neuf transitions entre éditions consécutives est de 61,4 %, mais ce chiffre présente une nette disparité : 80,8 % pour les galeries italiennes et 43,7 % pour les galeries étrangères. Concrètement, à chaque passage d’une édition à l’autre, environ quatre galeries italiennes sur cinq restent à Turin, contre moins d’une galerie étrangère sur deux. Les galeries italiennes qui se retirent sont donc peu nombreuses, tandis que les galeries étrangères qui partent sont remplacées par d’autres, en grande partie nouvelles. Le taux de renouvellement correspondant, c’est-à-dire la part des galeries de l’édition en cours qui n’étaient pas présentes à la précédente, s’élève en moyenne à 38,5 % du total, à 21,7 % pour les galeries italiennes et à 55,1 % pour les galeries étrangères. Un renouvellement aussi élevé parmi les galeries étrangères n’est en soi ni un signe négatif ni un signe positif : il peut indiquer un salon capable d’attirer chaque année de nouvelles galeries internationales, mais il peut aussi refléter la difficulté à les fidéliser, et les données sur les départs suggèrent que ces deux interprétations contiennent une part de vérité. Quoi qu’il en soit, il apparaît assez clairement que les galeries italiennes, du moins celles qui exposent avec une certaine régularité, semblent considérer Artissima comme un rendez-vous relativement stable, presque une présence structurelle dans leur activité salonnière, tandis que les galeries étrangères semblent interpréter leur participation comme un investissement plus occasionnel, à évaluer au cas par cas.
Une période illustre mieux que les autres la fragilité de la composante étrangère : celle de 2019 à 2021. À cette occasion, le taux de fidélisation global est tombé à 46,4 %, le chiffre le plus bas de la décennie, et à 28,8 % pour les galeries étrangères, contre 69,7 % pour les galeries italiennes. Sur les 207 exposants de 2019, seuls 96 sont revenus en 2021. Il convient toutefois de rappeler qu’entre ces deux éditions s’est tenue l’édition 2020, qui s’est déroulée sous un format différent et qui a été exclue de l’analyse : les données portent donc sur deux années civiles, et il n’est pas possible de déterminer dans quelle mesure la baisse est due au contexte de cette période et dans quelle mesure elle résulte de dynamiques déjà en cours.
Après 2021, le taux de fidélisation a progressivement remonté : 57,3 % entre 2021 et 2022, 61,4 % entre 2022 et 2023, 68,3 % entre 2023 et 2024, 63,6 % entre 2024 et 2025, puis à nouveau 68,3 % entre 2025 et 2026. Parallèlement, le taux de renouvellement est passé de 46,1 % en 2021 à 31,1 % en 2025, avant de remonter légèrement à 33,5 % en 2026. En d’autres termes, le salon semble, au cours des trois dernières années, plus stable qu’il ne l’était au cours de la première moitié de la décennie.
La même tendance s’observe chez les « débuts », c’est-à-dire, comme indiqué précédemment, les galeries présentes pour la toute première fois au cours de la période considérée. En 2017, elles étaient au nombre de 85, soit 40,5 % des exposants. Depuis lors, ce nombre a baissé de manière quasi ininterrompue pour atteindre 35 en 2025, soit 19,4 %, avant de s’établir à 41 en 2026, soit 22,2 %. Au total, 504 premières participations ont été enregistrées entre 2017 et 2026. Parmi celles-ci, 145 concernent des galeries classées dans la catégorie « New Entries », la section dédiée aux jeunes galeries ayant moins de cinq ans d’activité. En substance, 71 % des galeries faisant leur première apparition au cours de la décennie ne proviennent pas de la section réservée aux jeunes galeries, ce qui suggère que le salon a renouvelé son périmètre principalement avec des acteurs déjà confirmés ailleurs. Le nombre de « New Entries » déclarées oscille entre 12 et 25 par an, avec un pic en 2021, et représente entre 6 et 14 % des exposants.
Parallèlement, l’ancienneté moyenne des exposants a augmenté. Les galeries ayant déjà participé à au moins trois éditions précédentes représentaient 38,2 % du total en 2019, contre 53,5 % en 2026. Il s’agit bien sûr d’un indicateur fondé uniquement sur la présence à Turin et non sur l’ancienneté effective des galeries ou sur la section à laquelle elles appartiennent, mais cette tendance est cohérente avec la baisse du nombre de nouveaux venus et la hausse de la fidélisation. En 2026, 22,2 % des exposants font leurs débuts, 24,3 % ont déjà participé une ou deux fois et 53,5 % ont participé au moins trois fois.
Le revers de la médaille de la stabilité, c’estl’abandon. Lorsqu’une galerie ne figure plus d’une édition à l’autre, on peut distinguer deux phénomènes :l’absence temporaire, c’est-à-dire suivie d’un retour, etle départ définitif. Pour cette deuxième catégorie, nous avons adopté un seuil prudent, en considérant comme un abandon définitif l’absence pendant au moins trois éditions consécutives sans retour d’ici 2026. Selon ce critère, 391 galeries ont quitté le salon, soit 56,1 % du total, tandis que 185, soit 26,5 %, sont présentes en 2026 et 121, soit 17,4 %, sont absentes depuis une ou deux éditions et ne peuvent pas encore être classées, du moins selon ce critère. Par rapport aux galeries présentes lors de l’édition précédente, le taux d’abandon définitif s’élève en moyenne à 29,0 % dans les transitions évaluables, c’est-à-dire celles allant jusqu’à 2023-2024, avec des valeurs comprises entre 24,9 % pour la première transition et 37,2 % pour la transition 2019-2021. Pour les galeries italiennes, la moyenne est de 10,8 %, contre 44,5 % pour les galeries étrangères. Concrètement, à chaque transition entre deux éditions, environ quatre galeries étrangères sur dix parmi celles présentes à Turin finissent par ne plus y revenir, tandis que pour les galeries italiennes, ce chiffre est d’environ une sur dix.
Parmi les noms les plus connus qui semblent avoir définitivement quitté artissima, on trouve les galeries italiennes Massimo De Carlo (qui a participé en 2018 et en 2019 pour ne plus revenir) et Podbielski (de 2016 à 2021), et, parmi les galeries étrangères, Jocelyn Wolff (présente de 2016 à 2023), Hubert Winter (présent de 2016 à 2023) et Air de Paris (présente de manière sporadique jusqu’en 2021). Le fait de ne plus participer, en soi, n’est pas non plus un indicateur de la qualité du salon. Un exposant peut en effet cesser de participer à un salon soit parce qu’il ne le juge pas nécessaire, réussissant à vendre ailleurs, soit parce qu’il estime que sa participation n’est pas suffisamment rentable. Pour les galeries internationales, d’autres explications peuvent également entrer en ligne de compte, par exemple une éventuelle augmentation des frais de participation et de transport, ou des chevauchements avec d’autres salons dans le calendrier international. Sans compter qu’une galerie peut tout simplement avoir légitimement choisi de changer de stratégie commerciale.
Le retour après une absence est un phénomène minoritaire mais non marginal : au cours de la décennie, on recense 669 cas de départ, c’est-à-dire des cas où une galerie présente lors d’une édition est absente de la suivante, et dans 157 cas, soit 23,5 %, la galerie est ensuite revenue. Le retour est beaucoup plus fréquent chez les galeries italiennes (38,6 %) que chez les galeries étrangères (18,8 %). La plupart des retours interviennent rapidement : 81 galeries sont revenues après une seule édition d’absence, 41 après deux, 16 après trois, et seulement 19 après quatre éditions ou plus. Celles qui reviennent le font donc, dans 78 % des cas, dans un délai de deux éditions. En calculant la probabilité de retour uniquement sur les cas observables pour la période considérée, la proportion de galeries qui reviennent au bout d’une édition est de 13,2 %, au bout de deux de 21,3 %, au bout de trois de 24,9 %, pour ensuite se stabiliser autour de 29 à 30 %. Après trois éditions d’absence, les probabilités de revoir une galerie augmentent très peu, ce qui confirme le bien-fondé d’un seuil de trois éditions pour définir un départ comme définitif. Le cas le plus long, avec huit éditions d’absence avant le retour, concerne une seule galerie, la galerie brésilienne Luisa Strina, présente en 2016 puis à nouveau en 2026.
Il existe également une zone intermédiaire de participation discontinue. On compte 58 galeries qui n’ont manqué qu’une seule édition à la fois et qui sont revenues, 75 qui sont revenues après une absence d’au moins deux éditions consécutives et 60 qui sont entrées après 2016 et sont restées sans interruption jusqu’en 2026. Face à ces groupes, 292 galeries, soit 41,9 % du total, ne se sont présentées qu’une seule fois et ne sont jamais revenues, tandis que 41 font leurs débuts en 2026. Il s’agit d’un public large et en grande partie étranger, qui traverse le salon sans s’y installer durablement.
Une autre mesure de la continuité est la comparaison entre la première édition et la dernière de cette période. Sur les 193 galeries présentes en 2016, 54 sont également présentes en 2026, soit 28,0 %. Parmi les galeries italiennes, ce taux s’élève à 56,0 %, soit 42 galeries sur 75 ; parmi les galeries étrangères, il est de 10,2 %, soit 12 sur 118. Sur les 54 galeries présentes dans les deux éditions, 28, comme indiqué plus haut, n’ont jamais manqué une édition et 26 ont connu au moins une absence entre-temps (elles ont donc participé à au moins neuf éditions). À l’inverse, 29,2 % des galeries de 2026 étaient déjà présentes à Turin dix ans auparavant, tandis que les 70,8 % restants n’étaient pas présents en 2016. Dix ans plus tard, sept galeries sur dix parmi celles de 2016 ne participent plus au salon.
Prises dans leur ensemble, ces données brossent un tableau assez net du renouvellement qui a touché Artissima. Le salon, quant à lui, n’a pas changé de taille ni cessé d’être international, mais il a manifestement déplacé son centre de gravité, ce qui pourrait expliquer (même si, bien sûr, ces chiffres ne puissent le prouver) pourquoi le salon de Turin apparaît de moins en moins comme un salon de recherche et de plus en plus comme un salon à la dimension commerciale bien plus affirmée (étant entendu que la vente est, bien sûr, la finalité ultime de tout salon) où, par exemple, on constate un espace dédié à l’art moderne de plus en plus étendu (à tel point que certains galeristes qui traitent principalement de l’art moderne ou de noms désormais entrés dans l’histoire, comme Tornabuoni, Biasutti&Biasutti ou Matteo Lampertico, n’ont commencé à y participer que récemment, ce qui ne constitue pas une preuve statistique d’un changement global de l’offre, mais offre néanmoins une base de réflexion) : la part italienne est passée d’un peu plus d’un tiers à plus de la moitié des exposants, même si cela s’explique surtout par une plus grande stabilité et, dans une moindre mesure, par la baisse du nombre de galeries étrangères (il est donc naturel que, si le noyau italien reste stable et bien ancré, et que l’offre commerciale des galeries historiques subit peu de changements, le salon donne à la fois une impression de solidité et de prudence). La composante étrangère continue d’assurer un afflux important de nouveaux exposants chaque année, mais son taux de fidélisation est faible, et l’année 2021 a montré à quel point cet afflux peut être sensible à des facteurs externes.
Même le chiffre relatif à la pérennité (plus de 4 galeries sur 10 présentes lors d’au moins six éditions) peut être interprété de manière positive ou négative. D’un côté positif, elle donne l’idée d’un salon dans lequel de nombreuses galeries jugent judicieux d’investir régulièrement, ce qui suggère l’impression d’un événement qui fonctionne et où l’on vend. Et, bien sûr, cela donne également l’image d’un salon crédible : un événement comme Artissima ne pourrait pas vivre uniquement de nouveaux venus ou de participations occasionnelles. D’un autre côté, cela pourrait être interprété comme un problème de fermeture progressive du système, de manque d’ouverture à la nouveauté. En somme, on peut se demander si Artissima a atteint une plus grande maturité ou si elle rétrécit progressivement son horizon. Encore une fois : pour répondre à cette question, il faudrait disposer de données plus qualitatives que quantitatives.
Les tendances de ces dernières années indiquent toutefois une phase de consolidation, c’est-à-dire moins de nouveaux venus, un renouvellement en baisse, davantage de galeries ayant déjà une histoire à Turin. Ce chiffre doit toutefois être interprété avec prudence : un salon plus stable est aussi un salon qui dépend davantage d’un groupe de galeries récurrentes, et le faible nombre de débuts peut refléter autant une sélection davantage orientée vers la continuité qu’une moindre capacité à attirer de nouveaux acteurs, raison pour laquelle il n’est pas possible de tirer des conclusions définitives sur ce point. Les données calculées sur la base des seuls noms des exposants ne permettent en effet pas de déterminer laquelle des deux explications prévaut, et pour le vérifier, il faudrait disposer d’informations supplémentaires, telles que l’âge des galeries, la section d’entrée, les candidatures rejetées, les motifs des non-reconduites.
Ces données laissent entrevoir une possible évolution du positionnement du salon, au moins au cours des dix dernières années : d’un événement international doté d’un fort pouvoir d’attraction vers un système de plus en plus ancré dans le marché italien, qui conserve une composante internationale mais peine à la transformer en une communauté stable d’exposants. Cela ne signifie pas nécessairement qu’Artissima soit devenue moins internationale en termes de qualité des propositions, mais simplement que la pérennité des acteurs internationaux ne semble pas être la caractéristique principale du salon turinois. Un salon peut connaître un renouvellement international très important tout en continuant à présenter des propositions très intéressantes : la question est plutôt de comprendre si ce renouvellement résulte d’une stratégie d’ouverture ou d’une difficulté à fidéliser les acteurs. De plus, les données pourraient peut-être laisser supposer qu’Artissima remplace progressivement une partie de sa fonction de « laboratoire », pour ainsi dire, par une fonction de consolidation du marché.
Une consolidation du marché qui pourrait être naturelle, surtout si l’on tient compte du fait que la présence des galeristes italiens a fortement augmenté. Le public d’Artissima reste, par ailleurs, entièrement italien : comment cette caractéristique se reflète-t-elle dans la composition du salon ? Et peut-on en tirer une conclusion inverse ? La solidité du salon pourrait découler, par exemple, d’une faible propension du public à prendre des risques : le salon pourrait donc s’appuyer sur un noyau solide de galeries présentant une offre commerciale peu fluctuante, adaptée à un public qui privilégie les achats perçus comme plus sûrs ou, tout simplement, plus en phase avec un goût reconnaissable (une foire peut être un lieu où l’on présente ce que le marché reconnaît déjà et un lieu où l’on cherche à anticiper ce qui pourrait émerger à l’avenir sur le marché, des fonctions certes non incompatibles mais qui se répercutent inévitablement sur la composition des exposants : si, autrefois, on aurait dit d’Artissima que c’était la deuxième dimension qui prévalait, il semble aujourd’hui que ce soit l’inverse). Un public qui pourrait donc privilégier les galeries qui reviennent et qui répondent à ses préférences, plutôt que les galeries étrangères qui proposent des nouveautés, vendent peut-être peu et sont donc peu enclines à revenir. Un salon fréquenté principalement par des collectionneurs italiens pourrait favoriser les galeries qui connaissent mieux le marché intérieur et sont plus à même de nouer des relations durables avec les acheteurs potentiels. La direction du salon pourrait donc favoriser cette dynamique en orientant de manière précise la composition des exposants.
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