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Un gorille à la chaire, une girafe avec un lustre : Marcantonio en exposition à Ravenne

Catégories: Expositions / Avis de non-responsabilité


À Ravenne, au Palazzo Rasponi dalle Teste, plus de vingt ans de création de l’artiste et designer romagnol Marcantonio, entre sculptures, installations et objets de design. Un parcours mêlant ironie, nature et imagination, qui invite à retrouver le regard libre de l’enfance.

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Un Christ qui, après plus de deux mille ans passés sur la croix, décide d’en descendre et de s’asseoir à ses pieds, las de ce qu’il voit se passer dans le monde. Un orang-outan qui s’enfuit d’une pièce en traînant un lustre derrière lui, une girafe portant dans sa bouche un grand luminaire, un cœur anatomique d’où jaillissent des fleurs. Voici quelques-unes des images avec lesquelles Marcantonio (Marcantonio Raimondi Malerba ; Massa Lombarda, 1976) construit son univers créatif, à mi-chemin entre l’art et le design, où les objets familiers prennent des significations inattendues et où les animaux deviennent les protagonistes de situations oscillant entre ironie et poésie. C’est précisément cet imaginaire qui est au cœur de « Cosa vuoi fare da Piccolo ? », une exposition que Ravenne consacre à l’artiste et designer du 11 octobre 2026 au 10 janvier 2027, dans les salles du Palazzo Rasponi dalle Teste. Organisée par Paride Vitale et Nicolas Ballario, l’exposition retrace plus de vingt ans de création à travers des sculptures, des installations, des œuvres uniques et des objets destinés à la production industrielle, mettant en lumière la liberté avec laquelle Marcantonio traverse différents langages et disciplines.

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Le titre renverse la question traditionnelle posée aux enfants, « Que veux-tu faire quand tu seras grand ? », pour suggérer un parcours qui invite à retrouver la curiosité et la capacité d’émerveillement de l’enfance . Un regard qui n’est pas encore conditionné par les conventions, capable de trouver des possibilités inattendues dans les choses du quotidien. C’est cette attitude qui relie entre elles des œuvres pourtant très différentes les unes des autres, des animaux qui envahissent les espaces domestiques aux figures humaines qui se fondent avec des éléments végétaux.

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L’exposition occupe environ 400 mètres carrés répartis entre les pièces d’habitation de l’étage noble, les escaliers monumentaux et la galerie du Palazzo Rasponi dalle Teste. Fresques, stucs et décorations historiques entrent en dialogue avec les œuvres, sans se limiter à servir de toile de fond. Le parcours ne suit pas un ordre chronologique : les différentes phases de la recherche de Marcantonio s’entremêlent à travers des axes thématiques, associant librement des pièces uniques et des produits en série.

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Mise en place de l'exposition
Mise en scène de l’exposition
Mise en place de l'exposition
Aménagements de l’exposition
Mise en place de l'exposition
Aménagements de l’exposition
Mise en place de l'exposition
Aménagements de l’exposition
Mise en place de l'exposition
Aménagements de l’exposition

« Nous nous sommes demandé comment présenter un artiste qui, depuis plus de vingt ans, se distingue par une approche difficile à classer, toujours à la frontière entre l’art et le design », expliquent les commissaires Paride Vitale et Nicolas Ballario. « C’est pourquoi nous avons laissé les œuvres habiter les pièces du palais comme des invités inattendus, en juxtaposant sans distinction des pièces uniques et des produits de série. Il en résulte le portrait d’un artiste à la fois cohérent et imprévisible, capable de faire naître un sourire et, l’instant d’après, de susciter des questions et des réflexions. »

L’un des thèmes initiaux est celui du rapport à l’enfance, comprise comme une condition d’ouverture au monde. Dans *Bimbo con grillo* (2011), le grillon de Collodi, traditionnellement associé à la conscience, se pose sur le cœur d’un nouveau-né. L’image suggère une proximité originelle avec la nature, que l’être humain risque de perdre en grandissant et en s’adaptant aux modèles imposés par la société. Dans *Before the beginning* (2019), un enfant observe la lumière et ses reflets, dans un moment suspendu qui précède l’intuition. Enfin, dans *To belong to* ( 2024), la figure humaine et les éléments végétaux se fondent en une seule présence, faisant de la nature une forme première d’appartenance.

La relation entre le corps humain et l’environnement naturel est l’un des thèmes les plus récurrents dans l’œuvre de l’artiste. Dans les œuvres *Cuore con ninfea* (2009) et *Cuore con orchidea* (2025), toutes deux réalisées par l’artiste elle-même, le cœur anatomique devient le point d’origine d’une nouvelle vie végétale : veines et racines semblent appartenir au même organisme. L’image met en relation deux formes d’existence qui, plutôt que d’être considérées comme distinctes, sont ramenées à une continuité. Ce thème revient dans *Awakening* (2026), où des brindilles, des feuilles et des baies transformées en laiton composent une figure humaine qui abrite, à la place du cœur, un cristal de quartz lumineux. L’œuvre évoque l’idée d’un éveil de la conscience par le contact avec la nature. Dans *Philos Phos* (2025), en revanche, une pousse naît directement d’une amphore en terre cuite, conçue comme un réceptacle d’idées et de sentiments, capable de renfermer la lumière en son sein.

Dans d’autres œuvres, c’est la nature elle-même qui reconquiert les espaces occupés par l’homme. Les deux versions d’Anemos ( 2026), réalisées respectivement sur des pages de journal et sur un panneau publicitaire, montrent des arbres qui réapparaissent après que les surfaces ont été recouvertes de peinture blanche, effaçant ainsi les informations de l’actualité et de la publicité. Dans *Sedia con germoglio* (2026), un objet du quotidien revient idéalement à son origine végétale, se transformant à nouveau en arbre.

La relation entre la nature et l’espace bâti trouve une expression particulièrement évidente dans *Bucaneve* (2024), œuvre issue de la collection *This Way* pour Škoda. Ici, une grande fleur perce littéralement le sol du Palazzo Rasponi dalle Teste pour s’épanouir à l’intérieur de l’une des salles. Cette intervention introduit le thème de la réappropriation de l’espace naturel au cœur même de l’architecture historique qui accueille l’exposition.L’ironie ressort surtout lorsque ce sont les animaux qui bouleversent les règles de la cohabitation humaine. Dans *Gorilla su cattedra* (2022), la force de l’instinct prend le pas sur la raison et le gorille domine la scène du haut de sa chaire. Dans *The door was open...* (2024), en revanche, un orang-outan s’enfuit en s’agrippant à une corde, emportant avec lui un lustre sophistiqué de style Marie-Thérèse. L’image ressemble à un photogramme extrait d’une histoire dont le spectateur n’a découvert que l’épilogue.

Même le sacré est abordé à travers un registre mêlant humanité et ironie. Dans *Amen* (2009), le Christ descend de la croix et s’assoit à ses pieds, les marques des clous encore visibles. C’est une figure fatiguée, qui semble avoir besoin d’une pause après avoir observé pendant plus de deux mille ans les événements du monde. C’est Pietà ( 2026), œuvre inédite représentant une petite souris blottie contre le corps d’un moineau, qui vient idéalement clore ce cycle thématique. Une scène intime de bienveillance qui transcende les distinctions entre les espèces et les tailles, se transformant en une image de compassion universelle.

Outre les œuvres conçues comme des pièces uniques, le Palazzo Rasponi dalle Teste témoigne également de la relation de Marcantonio avec le monde de la production industrielle. Ses collaborations avec des entreprises de design ont en effet permis de transposer son imaginaire dans la vie quotidienne, sans renoncer à la dimension narrative qui caractérise sa recherche.

Marcantonio, Pietà (2026)
Marcantonio, Pietà (2026)
Marcantonio, « The door was open » (2024)
Marcantonio, The door was open (2024)
Marcantonio, Cœur aux nénuphars (2009)
Marcantonio, Cœur avec nénuphar (2009)
Marcantonio, Girafes amoureuses (2019)
Marcantonio, Giraffe in love (2019)
Marcantonio, Awakening (2026)
Marcantonio, Awakening (2026)
Marcantonio, Amen (2009)
Marcantonio, Amen (2009)
Marcantonio, Cœur à l'orchidée (2025)
Marcantonio, Cœur avec orchidée (2025)
Marcantonio, To belong to (2024)
Marcantonio, Appartenir à (2024)
Marcantonio, « Cerf aux perroquets » (2009)
Marcantonio,
«
Deer with parrots » (2009)

Parmi ses collaborations les plus marquantes figure celle avec Seletti, pour laquelle il a conçu certaines de ses créations les plus emblématiques. Monkey Lamp (2014) représente un singe qui semble avoir volé une ampoule, transformant ainsi l’animal en luminaire ; Peacock Lamp (2020) reprend quant à elle la silhouette du paon, tandis que My Moon (2024) introduit une dimension plus onirique. De cette même collaboration sont issus Love in Bloom (2018), un vase-sculpture reproduisant la forme d’un cœur anatomique, et Kintsugi Skull (2025), une pièce en porcelaine inspirée de la tradition japonaise du kintsugi.

Pour Qeeboo, Marcantonio a créé Giraffe in Love ( 2019), une girafe qui tient un lustre dans sa bouche et semble éclairer son chemin. Le projet joue également sur l’idée d’un coup de foudre inconscient : avec un cou aussi long, suggère ironiquement l’artiste, la tête reste loin du cœur. Cette collaboration comprend également « Turtle Carry » (2020), une tortue qui transporte sur sa carapace des éléments interchangeables, pouvant servir de table basse, de bibliothèque, de pouf ou de vase.

Pour Giorgio Armani, il a imaginé « Deer with parrots » (2023), un cerf qui accueille de nombreux perroquets entre ses bois, composant ainsi une image de cohabitation entre différentes espèces. Avec MOGG, il a quant à lui développé « Lunee » (2025), un siège sculptural aux formes douces et organiques, qui évoquent des surfaces modelées par l’eau et le vent, ainsi que « Seven Pillows » (2016), réalisé en bois et en tissu. Le parcours comprend également des projets développés avec Natuzzi, Slide, Karman, Opinion Ciatti, Osmotica, Scapin et Ideal Standard.

Cette exposition marque également un retour dans la ville où Marcantonio a fait ses premières armes. Né en 1976, l’artiste a étudié à l’Institut d’art et à l’Académie des Beaux-Arts de Ravenne, où il a fait ses premiers pas en tant que scénographe et sculpteur. En 2001, il a entamé une recherche qui l’a conduit à collaborer avec de grands noms internationaux du design et de la mode.

« Marcantonio est un artiste que Ravenne a vu grandir », affirme Fabio Sbaraglia, adjoint à la Culture et au Tourisme de la ville de Ravenne. « C’est ici qu’il a suivi sa formation, entre l’Institut d’art et l’Académie des Beaux-Arts, et c’est ici qu’il a fait ses premiers pas en tant que scénographe et sculpteur, avant d’entamer en 2001 une recherche qui l’a conduit à collaborer avec de grandes maisons internationales du design et de la mode. L’événement d’aujourd’hui au Palazzo Rasponi dalle Teste a des airs de retour dans une ville qui lui est chère et qui a toujours accompagné sa carrière avec fierté ».

Marcantonio lui-même décrit ainsi sa relation avec les objets et le processus créatif : « J’ai toujours pensé que les objets avaient une histoire à raconter, même lorsqu’ils ne servent qu’à éclairer ou à s’asseoir. Mon travail naît de là : de quelque chose de familier qui, soudain, vous regarde d’un autre œil. Revenir à Ravenne, dans la ville où j’ai appris le métier, et voir mes animaux, mes cœurs et mes plantes peupler les salles d’un palais si chargé d’histoire est une émotion difficile à décrire ».

Organisée par le service de la Culture et du Tourisme de la ville de Ravenne et par le MAR – Musée d’art de la ville de Ravenne, avec le soutien de l’Académie des Beaux-Arts d’État de Ravenne, l’exposition est réalisée en collaboration avec Vera Studio, iGuzzini et Masciarelli Tenute Agricole, avec le soutien du groupe HERA. L’entrée est gratuite. L’exposition sera ouverte au public jusqu’au 10 janvier 2027 et sera également accessible à l’occasion de la Nuit d’Or de Ravenne, prévue le 17 octobre 2026.

Un gorille à la chaire, une girafe avec un lustre : Marcantonio en exposition à Ravenne
Un gorille à la chaire, une girafe avec un lustre : Marcantonio en exposition à Ravenne

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