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Le musée Städel de Francfort acquiert un portrait majeur de Guido Reni

Catégories: Art ancien / Avis de non-responsabilité


Une œuvre majeure de Guido Reni, le « Portrait du cardinal Giacomo Sannesi », peinte en 1609 et longtemps attribuée à tort à un autre artiste, a été acquise par le Städel Museum de Francfort. L'œuvre avait été vendue en juin chez Christie's à New York pour 355 600 dollars.

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Coup de maître pour le Städel Museum de Francfort, qui acquiert un portrait majeur de Guido Reni ( Bologne, 1575 – 1642), celui du cardinal Giacomo Sannesi. L’œuvre, qui a longtemps été attribuée à tort à un autre artiste, a récemment été redécouverte et acquise par le musée allemand lors d’une vente organisée par Christie’s à New York en juin 2026, dans le cadre de la vente aux enchères intitulée « A Lifelong Pursuit : Old Masters from a Distinguished Private Collection ». Le tableau a atteint un prix de 355 600 dollars (317 000 euros), alors que son estimation se situait entre 100 000 et 150 000 dollars (89 000 à 133 000 euros).

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Sur le tableau, le cardinal Sannesi regarde directement celui qui contemple son portrait. Son visage, encadré d’une épaisse chevelure noire, se détache avec force de sa tenue ecclésiastique : une robe à col blanc, une soutane à peine visible dans la partie inférieure gauche et une mozzetta rose, cette petite cape courte boutonnée traditionnellement portée par les cardinaux. C’est surtout le regard qui domine la composition, concentrant dans une expression à la fois sobre et éloquente l’attention de celui qui se trouve devant la toile.

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C’est Guido Reni qui a peint ce tableau en 1609, lors de son premier séjour à Rome. La redécouverte de la paternité de Reni nous offre une œuvre particulièrement intéressante pour la compréhension de ses débuts à Rome. Selon la fiche historico-artistique publiée à l’occasion de la vente, il s’agit en effetdu seul portrait conservé identifié avec certitude parmi ceux réalisés par le peintre au cours de sa première période romaine, qui peut être située approximativement entre 1601 et 1614. Le tableau est en outre lié à un paiement consigné dans le livre de comptes de l’artiste le 17 novembre 1609, date à laquelle Reni reçut huit écus et demi pour « un portrait réalisé par Guido [Reni] et retouché par le cardinal Sanesio ». Ce document comptable constitue une référence fondamentale pour l’histoire de l’œuvre : il ne s’agit pas seulement d’un témoignage de sa réalisation, mais d’une confirmation permettant de relier le tableau conservé aujourd’hui à Francfort à une commande enregistrée du vivant de l’artiste. Le portrait avait été réalisé pour Sannesi lui-même et, selon la reconstitution de sa provenance, il est resté en possession du cardinal et de ses héritiers jusqu’en 1724.

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Guido Reni, Portrait du cardinal Giacomo Sannesi (vers 1609 ; huile sur toile, 65,5 x 50,5 cm ; Francfort, Städel Museum)
Guido Reni, Portrait du cardinal Giacomo Sannesi (vers 1609 ; huile sur toile, 65,5 x 50,5 cm ; Francfort, Städel Museum)

La littérature artistique ancienne conserve également une trace de ce tableau. Carlo Cesare Malvasia, dans sa biographie de Reni, a classé l’œuvre parmi les douze portraits environ du peintre alors présents dans les collections romaines. La toile était donc connue dans la tradition biographique de l’artiste, mais son identification se perdit par la suite, jusqu’à ce que le tableau réapparaisse sur le marché des antiquités avec une attribution à l’école romaine du XVIIe siècle. Le tournant s’est produit en 2004, lorsque le tableau a été mis en vente chez Sotheby’s à Londres, le 9 décembre, au lot 174 : le catalogue l’indiquait comme une œuvre de l’école romaine de la première moitié du XVIIe siècle et le décrivait simplement comme le portrait d’un cardinal. C’est à cette occasion que l’historien de l’art Erich Schleier identifia le personnage comme étant Giacomo Sannesi, grâce à une comparaison avec une copie ancienne conservée à la mairie de Belforte del Chienti, dans les Marches, ville natale du prélat. Cette copie porte les armoiries du cardinal, un élément qui a permis de reconnaître le sujet représenté.

Après la vente à Londres, le tableau est passé à la Galerie Canesso à Paris, où il se trouvait déjà en 2006, et a été acquise par son dernier propriétaire, qui l’a mise en vente chez Christie’s, ce qui a permis son entrée dans les collections du Städel Museum, qui ajoute ainsi à son patrimoine une œuvre liée à une phase cruciale du parcours de Reni.

Giacomo Sannesi avait été nommé cardinal en juin 1604 par le pape Clément VIII, grâce au soutien de son protecteur, le cardinal Pietro Aldobrandini. Sa position au sein de la Curie romaine a changé après l’élection de Paul V Borghèse en 1605, qui a marqué la perte d’influence de la faction liée aux Aldobrandini. Sannesi a alors été envoyé à Orvieto et est revenu à Rome en 1607, officiellement pour des raisons de santé. Bien qu’il n’occupât pas de poste de premier plan dans la vie politique romaine, le cardinal avait constitué, dès 1609, une collection d’art considérée comme particulièrement sélective: le noyau le plus célèbre était constitué des tableaux du Caravage, parmi lesquels figurait la première version rejetée de La Conversion de saint Paul, réalisée pour la chapelle Cerasi et qui se trouve aujourd’hui dans la collection Odescalchi Balbi à Rome.

La relation entre Sannesi et Reni présente, dans ce contexte, un élément particulièrement intéressant : le peintre était désormais étroitement lié au cardinal Scipione Borghèse, lui-même rattaché à la faction adverse des Aldobrandini. La réalisation du portrait d’un prélat proche de cette dernière famille a été interprétée par le chercheur Lorenz Sickel comme un éventuel geste diplomatique : une commande artistique qui, outre sa fonction commémorative, aurait pu contribuer à maintenir des relations entre des milieux rivaux de la politique ecclésiastique.

Le tableau semble avoir rapidement endossé le rôle d’effigie officielle du cardinal, et sa réputation est confirmée dans un album de portraits de cardinaux compilé vers 1690 par le cardinal Celestino Sfondrato et conservé à la Bibliothèque vaticane. Sfondrato a sélectionné des images qu’il considérait manifestement comme d’une qualité artistique particulière, et le portrait de Sannesi a été inclus dans cette collection. Dans ce même album figure également une copie d’un Portrait de cardinal de Scipione Pulzone, traditionnellement identifié comme représentant Giacomo Savelli (1522-1587) et aujourd’hui conservé à la National Gallery de Londres, sous le numéro d’inventaire NG1048.

La date de 1609 situe le tableau à une étape décisive du développement artistique de Guido Reni. À cette époque, le peintre élaborait un langage dans lequel se confrontaient les influences du Caravage et d’Annibale Carracci. Ce portrait s’inscrit chronologiquement entre la toile « Saint Pierre pénitent réprimandé par saint Paul », conservée à la Pinacothèque de Brera à Milan, et le « Massacre des innocents » de 1610-1611, aujourd’hui à la Pinacothèque nationale de Bologne. Sur le plan stylistique également, la fiche met en évidence une similitude significative entre le visage du cardinal et celui de saint Paul dans le tableau de Brera : la structure des traits et la chevelure noire et épaisse de Sannesi trouvent en effet un parallèle dans la figure du saint. Le modelé du visage, la palette sobre et le format compact du portrait reflètent une période durant laquelle Reni évoluait encore dans un langage influencé tant par le Caravage que par Annibale Carracci.

Cette proximité stylistique a probablement contribué à rendre l’auteur du tableau moins identifiable au cours des siècles suivants. Lorsque la toile entra dans la collection du patricien genevois Jean de Sellon, vraisemblablement à la suite d’un voyage en Italie effectué au milieu des années 1780, elle fut justement attribuée à Annibale Carracci. Cette attribution est attestée par une inscription au dos, datant de la fin du XVIIIe siècle.

Un inventaire antérieur avait toutefois correctement conservé le nom de Reni. En 1755, alors que le tableau appartenait encore à la collection du marquis Emilio De’ Cavalieri à Rome, il fut décrit comme « un portrait d’un cardinal par Guido Reno » et évalué à cent écus. Il s’agissait d’une somme considérable, qui plaçait le tableau parmi les œuvres les plus précieuses de toute la collection. La divergence entre ce document et l’attribution ultérieure à Annibale Carracci montre comment la mémoire de l’auteur, bien qu’elle ait été conservée à une certaine période de l’histoire de la collection, s’est perdue lors du passage d’une collection à l’autre.

La provenance reconstituée de l’œuvre permet de retracer une partie de son parcours à travers différentes collections européennes : après avoir été commandé par Sannesi et conservé par ses héritiers jusqu’en 1724, le tableau est passé entre les mains du marquis Emilio De’ Cavalieri, décédé en 1754, et est resté dans sa famille. Elle a ensuite intégré la collection du comte Gaspard de Sellon (1702-1785), au château d’Allaman, en Suisse, avant de passer à Jean de Sellon, décédé en 1810, entre le château d’Allaman et Genève, puis à ses descendants. La toile réapparut ensuite sur le marché londonien en 2004, alors qu’elle était encore classée comme une œuvre de l’école romaine. La confirmation de l’attribution à Guido Reni a également été soutenue par des spécialistes ayant examiné l’œuvre directement ou en ayant évalué les images. Keith Christiansen a entériné cette attribution après une inspection en personne, dans une communication verbale adressée à Christie’s le 16 avril 2026. Daniele Benati et Bastian Eclercy ont exprimé leur accord sur la base de photographies, par des communications écrites datées du 5 mai 2026. Eclercy a en outre fourni une bibliographie complémentaire utile à la reconstitution historico-artistique.

Avec son acquisition par le Städel Museum, le portrait est donc à nouveau reconnu comme une œuvre attestée de Guido Reni, réalisée en 1609 et liée à la vie de la curie romaine sous le pontificat de Paul V. Son parcours met en évidence à quel point les attributions peuvent évoluer au fil du temps et combien la comparaison entre les œuvres, la documentation d’archives et l’histoire des collections est importante pour reconstituer l’identité d’un tableau. Dans ce cas précis, le livre de comptes de l’artiste, l’ancien exemplaire conservé à Belforte del Chienti, l’inventaire de la collection De’ Cavalieri et l’album cardinalice de Sfondrato constituent autant de pièces distinctes d’une histoire qui, après des siècles, a permis de restituer le portrait à son auteur.

Le musée Städel de Francfort acquiert un portrait majeur de Guido Reni
Le musée Städel de Francfort acquiert un portrait majeur de Guido Reni

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