by Federico Giannini, Ilaria Baratta 30/10/2026
Catégories: News Focus / Avis de non-responsabilité
La trente-troisième édition du salon de Turin propose une offre variée et de bonne qualité, avec des prix adaptés à tous les budgets et un intérêt croissant pour le collectionnisme. L'offre mise sur la clarté des propositions, avec une part croissante du moderne. Et l'expérimentation semble céder de plus en plus la place à des choix éprouvés et rassurants. Reportage de Federico Giannini et Ilaria Baratta.
Artissima en est à sa trente-troisième édition, la cinquième sous la direction de Luigi Fassi, avec une formule qui s’inscrit dans la lignée des éditions récentes : un salon de moins en moins expérimental, de plus en plus proche des goûts des collectionneurs. Du 30 octobre au 1er novembre, l’Oval Lingotto Fiere accueille ainsi 183 galeries venues de 35 pays (environ la moitié des exposants sont étrangers), avec 66 projets monographiques et 37 galeries participant pour la première fois. Elles sont réparties dans les quatre sections principales (Main Section, New Entries, Monologue/Dialogue et Art Editions) et dans les trois sections thématiques (Present Future, Back to the Future et Disegni), qui restent inchangées par rapport aux éditions précédentes. Le thème est « Fancy : A Flexible, Acrobatic Body », inspiré des réflexions de Martha Nussbaum sur l’imagination en tant que forme d’intelligence publique et outil permettant de se rapprocher de ceux qui sont différents de nous.
En termes d’offre, on a l’impression d’une édition plus soucieuse de la solidité que de l’expérimentation. Une édition agréable, donc, qui n’effraie ni le public, ni les passionnés, ni les acheteurs. Les propositions tendent vers la clarté, et on serait tenté de penser que cela dépend aussi d’un marché qui, aujourd’hui, pousse dans cette direction : la recherche se fait plus rare que lors des éditions précédentes, les véritables nouveautés sont peu nombreuses, et plusieurs galeries bien établies confirment depuis des années déjà leur ligne habituelle, ce qui rassure le collectionneur mais laisse moins de place à la surprise pour le visiteur régulier. On constate par ailleurs une augmentation du nombre de galeries qui associent l’art moderne à l’art contemporain : on voit ainsi s’afficher, par exemple, des œuvres de Piero Manzoni, Giorgio Morandi, Lucio Fontana, Luigi Ghirri, Alighiero Boetti ou encore Jannis Kounellis, en nombre toujours croissant. En revanche, la publication des prix (notamment de la part des galeries émergentes) se poursuit, ce qui est une bonne nouvelle, car cela facilite le dialogue avec les collectionneurs, en particulier les plus jeunes.
Commençons notre visite par les allées du côté du centre historique, où se trouvent les exposants de la section « New Entries », réservée aux galeries ayant moins de cinq ans d’activité et participant pour la première fois. On tombe immédiatement sur la Suédoise Saskia Neuman, de Stockholm, qui présente une installation immersive de Josef Jägnefält (Göteborg), accompagnée de peintures à l’huile sur bois de petit format : les prix varient entre 2 250 et 4 500 euros. Toujours dans la section « New Entries », la galerie moldave Lutnița, de Chișinău, propose un exercice d’attention visuelle autour de six artistes de la scène roumano-moldave. Alex Bodea (Cluj-Napoca, 1981), peintre dont la recherche s’inspire de son expérience de vie nomade en Europe et de son désir de raconter des histoires, propose des œuvres sur toile et sur papier dont les prix varient entre 1 000 et 5 000 euros. La recherche de Diana Cepleanu (Bucarest, 1957), dont on trouve des peintures de petit format et un autoportrait en quatre panneaux datant de 1995, avec des prix allant de 2 500 à 12 000 euros, tandis que les dessins de Mark Verlan (Cocieri, 1963 – Chișinău, 2020), l’un des noms les plus appréciés de l’art moldave, dont l’œuvre oscillait entre ironie historique et invention fantastique, sont proposés à des prix allant de 2 500 à 5 500 euros. Le stand présente également les néons de Pavel Brăila (Chișinău, 1971), qui représente cette année la Moldavie à la Biennale de Venise : les prix se situent entre 8 000 et 10 000 euros.
Troisième étape parmi les « New Entries » : la galerie roumaine Biju de Cluj-Napoca, qui présente quatre jeunes artistes. Parmi eux, Marius Ghita (Satu Mare, 1999) explore un équilibre suspendu entre un présent fugace et un passé déjà empreint de nostalgie, dans des atmosphères énigmatiques et mélancoliques. Rien de particulièrement original, mais une peinture agréable à des prix abordables, à tel point que bon nombre de ses tableaux ont déjà été vendus lors de l’avant-première : parmi ceux encore disponibles, on trouve *A Place of Odd Glances III* de 2026 (5 800 euros, c’est l’un des plus grands tableaux de l’exposition). Plus curieuse encore est l’œuvre de Nicolae Romanițan (Cugiur, 1991), qui présente quant à lui ses « reliques », des huiles sur des fragments trouvés (murs, pierres, cartes électroniques) incorporés dans de la résine, avec des références aux jeux vidéo et aux manuscrits médiévaux : prix compris entre 2 500 et 5 500 euros. La galerie Ceravento, de Pescara, présente à Artissima l’un des stands les plus raffinés et les mieux aménagés du salon, entièrement consacré aux œuvres de Federica Giulianini (Ravenne, 1990), qui figure parmi les meilleurs artistes italiens de moins de 40 ans présents au salon, des œuvres sur papiers anciens, sur bois et sur toile, mettant l’accent sur les vibrations de la nature, du paysage et du monde animal : les sculptures coûtent entre 600 et 1 000 euros, tandis que les peintures peuvent atteindre 6 400 euros pour les plus grands formats. C’est quant à lui de Miami que vient la proposition d’Andrew Reed, qui consacre l’intégralité de son stand aux peintures monochromes de la jeune autrichienne-brésilienne Patricia Geyerhahn, une artiste lancée par la galerie américaine, dont la carrière a débuté il y a à peine cinq ans (sa première exposition personnelle, justement chez Reed, remonte quant à elle à 2023) : les prix varient de 3 600 à 16 000 euros, ce dernier montant correspondant à l’œuvre au format le plus grand, *Core* (2026, huile sur toile de lin, 152 x 244 centimètres).
On passe ensuite à « Monologue/Dialogue », la section dédiée aux galeries émergentes ou expérimentales, avec des stands monographiques ou des dialogues à deux. Kodl Contemporary, de Prague, présente cette année un autre artiste à la Biennale, à savoir Jakub Jansa (Vyškov, 1989), qui représente la République tchèque au pavillon tchéco-slovaque à Venise. La vidéo *The Silence of the Mole* (2026, 13 minutes, édition 2/5), née en dialogue avec le projet pour la Biennale, raconte l’histoire d’un interprète âgé d’un personnage de contes pour enfants qui se retrouve transformé en instrument de représentation culturelle : elle coûte 55 000 euros TTC. Les photographies argentiques de la série « Pumpkinville », tirées d’un court-métrage présenté à Berlin, vont quant à elles de 1 160 à 3 660 euros. Sur le même stand, les peintures de Pavla Malinová (Vsetín, 1985), à mi-chemin entre figuration et abstraction et dotées d’une forte composante symbolique : de 3 460 euros pour les petits formats jusqu’à 9 910 euros pour *Notes on Time* (2026, 120 x 160 centimètres). Une autre galerie vient également de la République tchèque, Clauda (qui fait partie de la section « New Entries »), et propose des œuvres de la jeune Tereza Kalousová (1998), architecte et artiste intermédiale qui travaille à la frontière entre le corps, le mobilier et l’architecture, et qui a remporté cette année le prix Jindřich Chalupecký, le même que Jansa avait remporté en 2021. Elle propose des peintures dont les prix varient entre 5 000 et 8 400 euros. La galerie Lohaus, de Munich, de retour à Monologue/Dialogue, tisse un dialogue entre deux élèves de Karin Kneffel, toutes deux unies par l’idée de construire des paysages qui évoquent la présence de l’être humain sans toutefois le représenter de manière directe. Sarah Zagefka (Münster, 1977), formée à Ottersberg, à Brême et à l’Académie de Munich, travaille sur les traces que les personnes laissent dans les espaces qu’elles habitent, souvent les ateliers d’artistes, à l’aide de coups de pinceau délicats : des tableaux vendus entre 3 200 et 4 600 euros. Melanie Siegel (Fribourg-en-Brisgau, 1978) peint des paysages vus d’en haut, construits et presque cliniques, à mi-chemin entre utopie et dystopie, à partir de lieux familiers tels que les courts de tennis : le prix demandé pour les tableaux exposés sur le stand est de 18 900 euros. Enfin, à signaler dans cette section, le stand de la Boccanera Gallery, originaire du Trentin, qui présente comme à son habitude Andrea Fontanari, l’un des jeunes peintres italiens les plus solides, avec de nouvelles toiles à l’atmosphère plus éthérée et onirique que d’habitude, en dialogue avec le Chinois Yirui Fang.
S’il existait un prix du stand le plus insolite, il serait décerné sans hésitation à la galerie ZERO…, de Milan, lauréate l’année dernière du Prix Orlane pour l’Art, qui, toujours dans le cadre de Monologue/Dialogue, met en relation deux œuvres de Maurizio Cattelan et Giorgio Andreotta Calò en les réunissant dans une seule installation, intitulée Something went wrong (2026). Un stand minimaliste, deux œuvres seulement, et apparemment personne pour accueillir les visiteurs. D’un côté, *Torno subito* (1989) de Cattelan, une absence annoncée comme temporaire mais qui risque de ne jamais prendre fin ; de l’autre, *Icarus (ramo) * d’Andreotta Calò, une ascension interrompue où l’on attend pourtant l’émergence d’un papillon de nuit. Deux images en suspens, donc, qui évoquent le temps de la promesse et de l’attente. Le titre fait référence à un message d’erreur système et renvoie à un événement sans cesse annoncé mais jamais vérifiable, dans une attente que la galerie interprète sous un angle presque théologique.
Passons à la section principale avec 1/9unosunove, de Rome, qui associe un classique à deux générations plus récentes : on y trouve, de Sergio Lombardo (Rome, 1939), *Azzurro 81* (1960, collage et émail sur toile, 200 x 200 centimètres), l’une des œuvres les plus chères du salon, à 400 000 euros, tandis que de Pietro Moretti (Rome, 1996), on peut acquérir des peintures à 18 000 euros et des aquarelles entre 1 300 et 5 500 euros, des prix comparables à ceux des paysages sur papier présentés l’année dernière ; un autre jeune artiste italien, parmi les meilleurs de cette édition, à savoir Giovanni Bongiovanni (Augusta, 2001), expose une peinture de grand format, Ancora Insaziati (2026, huile sur toile, 130,5 x 180,5 centimètres), au prix de 6 000 euros. La galerie Prometeo, implantée à Milan et à Lucques, présente, entre autres œuvres, les peintures de Niccolò Tomaini (Lecco, 1989), dont les prix varient entre 7 000 et 9 700 euros, à la grande sculpture en bois « No » de Santiago Sierra, datant de 2009 et déjà pièce maîtresse du projet itinérant « NO Global Tour », qui transforme les déchets en un geste visible dans l’espace public : 40 000 euros. La galerie Zilberman, d’Istanbul et de Berlin, présente, parmi les œuvres les plus marquantes, une sculpture de la Slovaque Lucia Tallová (Bratislava, 1985) issue de la série *Fragility of Caryatid* (2025, technique mixte, 15 000 euros) et des collages de la série Unstable Monument à 5 000 euros, ainsi que des aquarelles de l’un des noms les plus connus de l’art israélien, Itamar Gov (Tel-Aviv, 1989), parmi lesquelles la série « Self Portrait », de 2 000 à 5 000 euros.
La galerie 193, implantée à Paris, Saint-Tropez et Venise, l’une des propositions les plus variées du salon : l’œuvre la plus ambitieuse est celle d’April Bey (Bahamas, 1987), qui mêle féminisme, culture « nerd » vue sous un angle noir et imaginaires spéculatifs : la grande tapisserie *Me Personally?* I Wouldn’t Let Anyone Talk to Me Like That (2023, tissus jacquard, couverture en sherpa et pinces à linge géantes, 203,2 x 609,6 centimètres) est proposé à 115 000 euros. À côté, les peintures du Coréen Hyangmok Baik (Séoul, 1990), qui puise dans des références bibliques et mythologiques avec un ton irrévérencieux et un certain humour noir, vont de 5 500 à 16 000 euros. La galerie japonaise Side 2, de Tokyo, présente un stand agréable axé principalement sur les peintures de Takeo Hanazawa (Chiba, 1977), ancré dans la peinture japonaise des XVIIIe et XIXe siècles mais attentif à la culture d’aujourd’hui, avec quelques petites peintures dorées et trois toiles s’articulant autour de la série inspirée de la rencontre entre Salvador Dalí et Rick James : de 2 500 à 2 800 euros pour une œuvre au ton cosmopolite mais aussi fortement liée à sa terre d’origine. Sur le même stand, on trouve également l’un des grands noms de l’art relationnel : Rirkrit Tiravanija (Buenos Aires, 1961), dont les prix varient de 6 000 à 27 000 euros, ce dernier montant étant demandé pour une œuvre de style traditionnel, un Untitled de 2025 à l’huile sur papier, de 82 x 55 centimètres.
Non loin de là, le stand de Lia Rumma présente, parmi les œuvres les plus intéressantes, les « Paradossi dell’abbondanza #67 » (Midnight zone) de Marzia Migliora (Alexandrie, 1972), des dioramas composés de collages et de dessins sur papier avec des éléments tridimensionnels montés sur des socles rotatifs en bois, vendus à 16 000 euros. Le prix le plus élevé du stand revient toutefois à une œuvre de Wael Shawky (Alexandrie, 1971), *Drama 1882 : Vitrine, ceramic plates #2, une sorte de grande vitrine contenant des assiettes en céramique, conçue à l’origine pour le pavillon égyptien de la Biennale de Venise de 2024 et exposée là-bas il y a deux ans, en tant que support matériel du grand film que Shawky avait présenté pour représenter son pays et sa lutte pour l’indépendance : 200 000 euros.
La galerie ChertLüdde, de Berlin, possède l’un des stands les plus étoffés (plusieurs galeries n’ont pas pris la peine de proposer un projet curatorial, mais offrent au contraire une sorte d’échantillonnage de leur catalogue), avec quelques noms connus de l’art italien. Parmi eux, Monia Ben Hamouda (Milan, 1991), lauréate en 2024 du prix MAXXI Bulgari, est présente avec *A brief period of darkness, flames and barricades IX* (2026, technique mixte sur coton, 114 x 84 centimètres), au prix de 12 000 euros. L’une des œuvres les plus photographiées du salon est, comme d’habitude, celle de Patrizio Di Massimo (Jesi, 1983) : il s’agit de *The orange curtain (Gray and Asa) * (2024, huile sur toile de lin, 134 x 94 centimètres), au prix de 25 000 euros. Le vétéran Franco Mazzucchelli (Milan, 1939) est présent avec *A. on A.* (2021-2023, PVC et air, 60 x 60 centimètres), à 8 000 euros, qui fait écho à la série de sculptures gonflables de ses débuts. Mazzoli, de Modène et Berlin, propose Flower Cake de David Salle (2025, huile, acrylique, flashe et fusain sur impression d’archive aux pigments sur toile de lin, 152 x 234 centimètres), au prix de 280 000 euros.
Sur le stand de la galerie Mazzoli, originaire de Modène, l’attention est attirée par le grand tableau Flower Cake de David Salle (Norman, 1952), qui a fait l’objet cette année d’une belle exposition à Venise, au Palazzo Cini : pour cette œuvre de l’artiste américain, une toile de grand format qui superpose peinture, fusain et un support photographique, le prix demandé est de 280 000 euros. Alfonso Artiaco, de Naples, qui figure parmi les galeries de premier plan présentes dans la Main Section, propose une autre des œuvres qui retiennent le plus l’attention, le sympathique *Bichon mélancolique et pourtant mobile* de Tursic & Mille (2021, huile sur bois sculpté, socle en douglas avec roulettes, 129 x 94 x 45 centimètres) : 35 000 euros, une œuvre à mi-chemin entre la peinture et la sculpture, dans laquelle l’image du petit chien triste est sculptée dans le bois et où le support, muni de roulettes, suggère la possibilité d’un mouvement.
Passons maintenant aux sections organisées : « Present Future », qui en est à sa vingt-sixième édition, rassemble dix projets monographiques d’artistes émergents, sélectionnés par les commissaires Léon Kruijswijk et Joel Valabrega autour de l’expérimentation des matériaux, des techniques et des technologies, et décerne le prix « illy Present Future Prize ». Ici, entre autres, la galerie Secci, implantée à Milan et à Pietrasanta, présente la jeune Emma Scarafiotti (Augusta, 1996), lauréate de la troisième édition du Prix de la Fondation Volker Walter Feierabend, qui évolue entre le cinéma, la sculpture et l’image. Le film *Baccanti* (2025, 27 minutes et 30 secondes, anamorphique numérique) coûte 6 500 euros ; AI-QUARIUM (2026), un téléviseur en résine imprimée en 3D diffusant une vidéo générée par intelligence artificielle, est vendu à 8 500 euros, et le stand est complété par les caissons lumineux de la série XRay, comprenant six photogrammes imprimés tirés de vidéos, à 6 500 et 7 000 euros.
Dans « Disegni », la seule section d’un salon italien consacrée à ce moyen d’expression, qui en est à sa dixième édition et est organisée par Irina Zucca Alessandrelli avec dix projets conçus comme des expositions personnelles, Maurits van de Laar, de La Haye, présente les œuvres de Susanna Inglada (Banyeres del Penedès, 1983). L’artiste espagnole, installée à Amsterdam et issue d’une formation théâtrale, s’inspire de l’histoire biblique de Suzanne et des vieillards pour mener une réflexion sur le pouvoir, les inégalités entre les sexes et le poids des rumeurs, à travers des collages au fusain, pastel et acrylique sur papier coloré, des figures déformées et des gestes symboliques. Les dessins sont accompagnés d’une animation commandée en 2024 par un musée néerlandais, dans laquelle un oiseau devient le symbole du désir de fuite : les œuvres sont proposées entre 3 000 et 13 500 euros. Toujours dans la section « Dessins », Il Chiostro Arte & Archivi, à Saronno, propose une grille tarifaire liée aux formats des feuilles de la série Santerno-Koi de Marco Di Giovanni (Teramo, 1976), œuvre liée à une ancienne légende chinoise qui raconte comment, parmi des centaines et des centaines de carpes, une seule parviendra à remonter le courant du fleuve sacré et sera récompensée par les dieux pour sa ténacité. L’installation raconte cette légende à travers une série de feuilles de papier nacré, à des prix variés : 1 000 euros pour le format 35 x 50 centimètres, 2 000 pour les feuilles de 50 x 70, 3 000 pour le format 70 x 100, tandis que l’installation complète (215 x 315 centimètres) est proposée à 12 000 euros. La galerie Studio Sales, de Rome, propose l’une des installations les plus ambitieuses du salon, avec des dessins évocateurs de Flavio Favelli (Florence, 1967), tous réalisés sur du papier à en-tête d’hôtels, tous au prix de 3 000 euros pièce (un prix unique qui permet donc de choisir en fonction du sujet plutôt que du catalogue). Dans « Back to the Future », la section consacrée aux pionniers de l’art contemporain actifs entre les années 1930 et 1990, organisée par Heike Munder et Jacopo Crivelli Visconti avec dix stands monographiques, dieFirma, de New York, redécouvre les œuvres de Nadia Gould (1929 – 2007), avec des peintures comprises entre 12 600 et 33 600 dollars.
On quitte la zone centrale consacrée aux sections thématiques pour replonger dans la Main Section : parmi les premiers stands que l’on rencontre en quittant l’espace au centre de l’Oval, celui de SpazioA, de Pistoia, où sont exposées plusieurs sculptures de Chiara Camoni (Piacenza, 1974), artiste du Pavillon italien à la Biennale de cette année, dont les œuvres sont proposées entre 9 000-10 000 et 40 000 euros, avec des prix donc en hausse par rapport à l’année dernière. La galerie Rossi & Rossi présente quant à elle Elisa Sighicelli (Turin, 1968) avec la série Amazons: des détails de sculptures gréco-romaines représentant des scènes d’amazonomachie, imprimés directement sur du travertin, le même matériau que les œuvres représentées, de sorte que le grain de la pierre se confond avec celui de l’image et que la photographie devient elle-même matière. Ce mythe, dans lequel les guerrières sont presque toujours vaincues par les héros grecs, est interprété comme une confrontation entre l’ordre patriarcal et un modèle de femme autonome : ces photographies, parmi les meilleures de l’exposition et très reconnaissables, sont vendues 12 000 euros pièce. En se dirigeant vers les derniers couloirs, on tombe sur le stand de Dep Art, qui mérite cette année une mention particulière car la galerie milanaise fête ses vingt ans : la sélection proposée sur le stand comprend les artistes historiques de la galerie, d’Imi Knoebel à Wolfram Ullrich, de Regine Schumann à Pino Pinelli, auxquels s’ajoutent des artistes tels que Jaime Poblete et Brian Wills, qui ont rejoint l’écurie de Dep Art au cours des deux dernières années.
Chez Mazzoleni, on trouve l’une des sommes les plus élevées de l’exposition, la plus importante parmi celles qui nous ont été communiquées pour cette publication : une grande œuvre de Victor Vasarely (Pécs, 1906 – Paris, 1997), Erro (1986, acrylique sur toile, 215 x 215 centimètres), à 450 000 euros, exemple de cette présence de l’art moderne dont nous parlions ; à côté, les aquarelles d’une artiste connue sous le nom de Melissa McGill (Rhode Island, 1969), à 2 500 euros, abaissent considérablement le seuil d’accès au stand. Studio Trisorio, de Naples, qui disposait l’année dernière de l’un des meilleurs stands avec Louise Bourgeois et Jenny Holzer, mise sur l’art moderne et propose cette année plusieurs œuvres de Maria Lai (Ulassai, 1919 – Cardedu, 2013), dont quelques belles « Case delle janas » à 30 000 euros chacune. La galerie turinoise Biasutti&Biasutti remet à l’honneur l’un de ses chevaux de bataille, à savoir les œuvres sur papier de Giulio Paolini, dont les prix varient de 20 000 à 90 000 euros (l’année dernière, la fourchette se situait entre 30 000 et 80 000), à l’occasion de l’exposition de l’artiste au château de Rivoli. Repetto, de Lugano, présente une œuvre majeure, *Strisce policrome* de Giorgio Griffa (Turin, 1936), une acrylique sur toile de 236 x 497 centimètres, proposée à 80 000 euros. En direction de la sortie, la galerie Cardelli&Fontana, de Sarzana, clôt le parcours avec une sélection destinée aux collectionneurs attentifs à l’Italie : on y retrouve les noms connus de l’écurie de la galerie ligure, allant ainsi des sculptures de Fabrizio Prevedello (Padoue, 1972) à partir de 5 000 euros, aux paysages de Mirko Baricchi (La Spezia, 1970) à partir de 3 500, en passant par les peintures d’Andrea Barzaghi (Monza, 1988) à partir de 3 900, celles de Marco Salvetti (Pietrasanta, 1983) à partir de 2 500 et celles de Beatrice Meoni (Florence, 1960) à partir de 2 400.
Le tableau qui en ressort est celui d’un salon en équilibre, qui, lors de ses dernières éditions, s’attache davantage à confirmer son format, dans une direction plus confortable, qu’à surprendre : il s’ensuit qu’Artissima se présente désormais comme un rendez-vous fiable, doté d’une offre vaste et lisible, ce qui constitue à la fois sa force et sa limite : la qualité moyenne est bonne, mais les moments de véritable découverte, ceux qui, lors d’autres éditions, avaient marqué le caractère expérimental de la manifestation, sont plus rares (on a d’ailleurs évoqué la manière dont l’espace dédié à l’art moderne prend de plus en plus d’ampleur d’édition en édition, presque comme si l’axe du salon se déplaçait progressivement). Les sections thématiques et l’espace « New Entries », où se concentre une forte présence de galeries internationales (les plus intéressantes cette année semblaient être celles d’Europe centrale et orientale), restent les lieux où l’on trouve le plus de recherche, tandis que la section principale mêle propositions commerciales et noms consacrés.
Sur le plan pratique, la fourchette de prix est très large et permet à différents publics de trouver quelque chose à leur mesure. Les prix vont de quelques centaines d’euros à des montants à cinq zéros pour les plus grands noms de l’art mondial : pour les jeunes collectionneurs, il convient notamment de garder un œil sur la section « Dessins », où l’on peut découvrir des œuvres sur papier qui, dans l’art contemporain, peuvent être considérées comme pleinement indépendantes de celles qui recourent à d’autres moyens d’expression, et qui offrent une porte d’entrée vers le collectionnisme à des prix abordables. Reste enfin la question de la transparence des prix, où l’on entrevoit des changements concrets. Après l’augmentation du nombre de galeries affichant leurs prix, déjà signalée l’année dernière, la pratique consistant à rendre publiques les demandes de prix s’est consolidée et accompagne un salon de plus en plus orienté vers l’instauration d’un climat de confiance avec le public, en particulier avec ceux qui débutent dans le collectionnisme. Dans l’ensemble, le salon a semblé bien se maintenir, et l’édition 2026 confirme Artissima comme une référence solide pour le monde de l’art italien : comme toujours, il faudra toutefois attendre lundi pour connaître les commentaires des galeristes et comprendre ainsi si ces premières impressions se traduiront également par des ventes.
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