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Au Canada, un pavillon voit le jour pour redécouvrir un maître du XXe siècle : Jean-Paul Riopelle

Catégories: Musées / Avis de non-responsabilité


À Québec, au Canada, l'Espace Riopelle – Pavillon Michael Audain ouvre ses portes : il s'agit d'un nouveau site du Musée national des beaux-arts du Québec qui rassemble plus de 230 œuvres et retrace les multiples périodes créatives de l'un des figures majeures de l'art canadien du XXe siècle.

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Le tableau monumental « Hommage à Rosa Luxemburg », réalisé en 1992, s’étend sur plus de 40 mètres et enveloppe presque entièrement une salle circulaire, dont les fenêtres offrent une vue sur les plaines du Québec et le fleuve Saint-Laurent. C’est autour de cette œuvre que s’articule l’un des espaces les plus spectaculaires du nouvel Espace Riopelle – Pavillon Michael Audain, inauguré hier à Québec, au Canada. Le bâtiment, conçu par le cabinet d’architecture Les architectes FABG, est entièrement dédié à Jean Paul Riopelle (Montréal, 1923 – Saint-Antoine-de-l’Isle-aux-Grues, 2002), peintre, sculpteur et lithographe comptant parmi les figures majeures de l’art du XXe siècle au Québec et au Canada.

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D’une superficie de plus de 5 600 mètres carrés répartis sur trois étages, le pavillon a été conçu pour accueillir de manière permanente la plus grande collection publique consacrée à l’artiste. Ce projet, d’un coût de 84 millions de dollars, est le fruit d’une collaboration entre le gouvernement du Québec, la ville de Québec et le monde de la philanthropie. Le bâtiment constitue par ailleurs le quatrième pavillon du complexe du Musée national des beaux-arts du Québec ( MNBAQ) et représente l’héritage majeur des célébrations du centenaire de la naissance de Riopelle, qui se déroulent de 2019 à 2025.

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Le parcours d’exposition comprend plus de 230 œuvres: plus de 130 œuvres de Riopelle, parmi lesquelles des peintures, des sculptures et des estampes, ainsi qu’une centaine d’œuvres d’autres artistes ayant contribué à l’histoire de l’art moderne au Québec. Ce nouvel espace rassemble des œuvres issues de différentes périodes de la carrière de Riopelle, y compris des pièces rares et des productions moins connues, et propose une lecture de l’artiste qui ne se limite pas à la peinture abstraite de ses débuts.

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Né en 1923 et décédé en 2002, Riopelle a été associé à l’abstraction lyrique et au mouvement des artistes dits « automatistes ». Dès les années 1940, son langage libre et gestuel a contribué à donner une visibilité internationale à l’art canadien. La nature québécoise, avec ses paysages et ses milieux nordiques, est restée une source d’inspiration récurrente tout au long de sa carrière, tandis que sa production s’est développée à travers la peinture, la sculpture, la lithographie et des expérimentations avec différents matériaux.

Espace Riopelle
Espace Riopelle
Espace Riopelle
Espace Riopelle

Le nouveau pavillon porte le nom de Michael Audain, entrepreneur de Vancouver et collectionneur qui soutient depuis des décennies la mise en valeur de l’œuvre de Riopelle. Son action philanthropique, ainsi que celle de son épouse Yoshiko Karasawa et de Pierre Lassonde, a joué un rôle décisif dans la naissance du projet. Un don de 63 œuvres, dont 46 réalisées par Riopelle, a contribué à donner l’impulsion nécessaire à la construction du bâtiment. La valeur totale de ce don est aujourd’hui estimée à plus de 125 millions de dollars.

Le programme inaugural s’articule autour de quatre expositions et projets d’exposition, répartis sur les trois étages du bâtiment. Le parcours principal est « Riopelle. The Expression of Gesture », une rétrospective qui retrace plus de cinquante ans de création. Les sections thématiques passent en revue les peintures de ses débuts, ses célèbres œuvres en mosaïque des années 1950, les œuvres consacrées au monde animal rassemblées dans son bestiaire et les lithographies inspirées de la France et du Québec, deux lieux centraux dans la vie de l’artiste. Les œuvres réalisées ces dernières années, caractérisées par l’utilisation de techniques mixtes, ne manquent pas non plus.

Parallèlement à cette rétrospective, l’exposition « Challenging » propose une nouvelle lecture de la collection nationale d’art moderne, en réunissant des œuvres d’une cinquantaine d’artistes ayant contribué à la scène artistique québécoise. L’exposition se concentre notamment sur les Automatistes et sur la dimension multidisciplinaire de leurs recherches. Pour approfondir la découverte des œuvres des deux expositions, le musée met également à la disposition des visiteurs un chatbot basé sur l’intelligence artificielle.

Au troisième étage, « Tribute to Rosa Luxemburg » occupe un emplacement conçu pour permettre au public de circuler autour de cette grande composition de 1992, longue de plus de 40 mètres. La salle, baignée de lumière naturelle, offre également un point de vue privilégié sur le paysage environnant. L’œuvre est accompagnée de « Breathing in Riopelle », un projet développé par Chartier World LAB, une structure spécialisée dans l’étude des harmonies moléculaires, qui propose six créations olfactives inspirées du travail de l’artiste. La relation entre l’art et la perception est également au cœur d’Art and Emotions, un projet interactif installé au rez-de-chaussée et développé par le Co-DOT Lab, un laboratoire affilié à l’Université Laval. Cette initiative étudie les réactions émotionnelles des visiteurs face aux œuvres de Riopelle, introduisant ainsi une dimension de recherche au sein de l’expérience muséale. Le public peut également observer de près le travail habituellement moins visible du musée grâce à un nouveau laboratoire de restauration et à un dépôt ouvert au regard, conçus pour montrer les activités de conservation et d’entretien des collections.

Jean Paul Riopelle, Hommage à Rosa Luxemburg
Jean Paul Riopelle, Hommage à Rosa Luxemburg
Espace Riopelle
Espace Riopelle

L’histoire du nouveau pavillon est liée à une relation de longue date entre Riopelle et le musée. Le MNBAQ a été l’une des premières institutions à acquérir une œuvre de l’artiste, le tableau *Perce-neige* de 1956, et lui a consacré en 1967 sa première rétrospective au Québec, intitulée *Peintures et sculptures de Riopelle*. D’autres expositions et publications ont suivi au cours des années suivantes, notamment *Jean Paul Riopelle, Peintures, 1946–1977* en 1981, *Riopelle. Impressions sans fin en 2005-2006 et Mitchell/Riopelle : Nothing in Moderation en 2017.

En 1985, Riopelle lui-même a commencé à envisager la création d’une fondation portant son nom dans l’ancienne prison de Québec, qui abrite aujourd’hui le pavillon Charles-Baillairgé. La collection publique du musée consacrée à l’artiste compte aujourd’hui plus de 500 œuvres, parmi lesquelles *Espagne* (1951), *Garden* (1957), *Pangnirtung* (1977) et *Tribute to Rosa Luxemburg* ( 1992 ) . Une galerie permanente consacrée à Riopelle existait déjà depuis 2000, mais la nouvelle structure permet de présenter son œuvre de manière plus complète, en mettant en valeur la diversité de ses langages et de ses phases créatives.

Le don qui a contribué à rendre ce projet possible comprend des œuvres provenant des collections de Michael Audain et de Pierre Lassonde. M. Audain, président de la société Polygon Homes, est l’un des principaux mécènes canadiens dans le domaine de la culture. Avec son épouse Yoshiko Karasawa, il a fondé la Fondation Audain, qui s’engage en faveur des arts visuels et de la conservation de la faune sauvage en Colombie-Britannique. Depuis 2016, Audain a fait don de 91,3 millions de dollars au MNBAQ, dont 76,7 millions sous forme d’œuvres d’art. La collection comprend 37 œuvres de Riopelle, dont *Forestine* (1954), *Garden* (1957) et *Iceberg No. 3* (1977), ainsi que huit œuvres de Paul-Émile Borduas.

La conception architecturale du pavillon a été confiée, comme annoncé, au cabinet québécois Les architectes FABG, fort de plus de soixante-dix ans d’activité et de plus de 75 prix et distinctions. Le projet s’inscrit entre deux bâtiments historiques du complexe muséal : le pavillon Charles Baillairgé, datant de 1867 et qui servait autrefois de prison municipale, et le pavillon Gérard Morisset, construit en 1933 et destiné aux collections nationales d’art ancien et moderne. Le nouveau bâtiment se dresse sur le site de l’ancien Central Pavilion et permet également de rejoindre le pavillon Pierre Lassonde, inauguré en 2016.

Le parcours architectural s’élève sur trois étages, jusqu’à la salle circulaire qui abrite « Tribute to Rosa Luxemburg ». À l’extérieur, les volumes angulaires et les toitures triangulaires semblent se projeter vers le fleuve Saint-Laurent, rappelant les vols des nuées d’oies que Riopelle aimait représenter. Dans le Grand Hall, les poutres en bois et le plafond incliné évoquent les lieux de travail de l’artiste, depuis ses ateliers de Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson jusqu’à l’ancien hangar reconverti de Saint-Cyr-en-Arthies, en France.

Espace Riopelle
Espace Riopelle
Espace Riopelle
Espace Riopelle
Espace Riopelle
Espace Riopelle
Espace Riopelle
Espace Riopelle

Les façades revêtues de pierre calcaire et les toitures en zinc rappellent quant à elles les quartiers historiques de la ville de Québec. Pour le plafond, on a utilisé du bois massif de sapin noir, une essence emblématique de la forêt boréale, provenant à 90 % du Québec et surtout de la région de Chibougamau. Le projet prévoit également la réutilisation à grande échelle des installations mécaniques, électriques et structurelles de l’ancien pavillon, dans une optique de réduction du gaspillage et de préservation des ressources.

L’aménagement paysager extérieur fait également partie intégrante du projet. La mission a été confiée à l’Agence ReliefDesign, un cabinet montréalais spécialisé dans l’architecture paysagère. Les terrasses et les jardins évoquent différents milieux naturels du Québec, tandis qu’au rez-de-chaussée, des conifères, des feuillus et des pierres rappellent l’environnement des Laurentides ; au deuxième étage, herbes, mousses, lichens et autres plantes tapissantes recréent un paysage inspiré de la toundra du Nunavut, où Riopelle a effectué plusieurs voyages marquants dans les années 1970. Enfin, la terrasse donnant sur le Saint-Laurent reprend l’aspect de L’Isle-aux-Grues grâce à des plantes typiques des talus et des affleurements rocheux.

Cinq sculptures de Riopelle sont disposées dans les espaces extérieurs. The Tower, réalisée entre 1969 et 1970, est une sculpture en bronze de plus de deux mètres et demi de haut qui accueille les visiteurs sur la place située devant le bâtiment. De l’autre côté, près de la place arrière, se trouve *Victory and the Sphinx*, une œuvre monumentale en bronze caractérisée par une géométrie marquée. Sur la terrasse surplombant le fleuve, au sommet du pavillon, sont quant à elles exposées *The Bear*, *Owl A* et *The Fish*, trois sculptures en bronze appartenant à la série *Joust*, achevée en 1970.

Le nouveau pavillon clôt ainsi le programme des célébrations du centenaire de Riopelle, organisé par la Fondation Jean Paul Riopelle en collaboration avec des institutions culturelles canadiennes et internationales, et coordonné par la commissaire générale Manon Gauthier. Intitulé « Grandeur nature », le programme a compris une cinquantaine d’initiatives culturelles et une vingtaine d’expositions au Canada et à l’étranger, dont une au Centre Pompidou à Paris. Ces activités ont touché diverses disciplines, des arts de la scène à l’art public, en passant par l’éducation artistique et les initiatives commémoratives, philatéliques et numismatiques. L’Espace Riopelle – Pavillon Michael Audain reprend aujourd’hui le flambeau de ce parcours, en mettant à l’honneur non seulement les tableaux les plus célèbres, mais aussi les sculptures, les lithographies, les documents d’archives et les œuvres issues des périodes moins connues de la carrière de l’artiste.

Au Canada, un pavillon voit le jour pour redécouvrir un maître du XXe siècle : Jean-Paul Riopelle
Au Canada, un pavillon voit le jour pour redécouvrir un maître du XXe siècle : Jean-Paul Riopelle

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