Le musée Boijmans Van Beuningen de Rotterdam, l’une des institutions culturelles les plus importantes des Pays-Bas, souvent cité en exemple à l’échelle mondiale pour la manière dont il a récemment géré les réserves de sa collection, est impliqué dans une enquête pour corruption qui a conduit au licenciement de deux fonctionnaires municipaux de la ville néerlandaise. L’enquête porte sur des irrégularités présumées dans l’attribution de marchés publics pour des travaux de construction, notamment les travaux de désamiantage réalisés au sein même du musée.
C’est le quotidien néerlandais NRC qui retrace l’affaire en détail. Les deux employés licenciés faisaient partie d’un groupe de trois fonctionnaires placés sous la loupe des enquêteurs après que des soupçons ont émergé quant au fait que certains contrats municipaux auraient été approuvés à des prix gonflés par rapport à leur valeur réelle. Parmi les trois fonctionnaires impliqués dans l’enquête, l’un a déjà pris sa retraite, tandis que les deux autres, initialement suspendus de leurs fonctions, ont désormais été définitivement écartés de l’administration municipale. Selon le NRC, la municipalité de Rotterdam a informé le conseil municipal, dans une lettre datée de la mi-juillet et passée pratiquement inaperçue jusqu’à présent, qu’elle avait licencié sans préavis au cours de l’été les deux fonctionnaires accusés de corruption. D’après les faits établis, les deux auraient accepté des cadeaux de la part d’entreprises qui, en échange, étaient favorisées lors de l’attribution des marchés publics municipaux.
La décision de licenciement est intervenue après que, le 6 juillet, le procureur néerlandais eut informé l’administration municipale de l’existence d’une enquête pénale en cours concernant des faits de corruption et de fraude parmi des fonctionnaires, liés notamment à des projets de construction menés par la commune. Les deux employés sont soupçonnés, entre autres, de corruption et de faux en acte public.
Les informations fournies par le parquet ont révélé que la conduite des deux fonctionnaires s’avérait « nettement plus grave » que ce que la commune elle-même avait constaté lors d’une précédente enquête interne. Il ne s’agit d’ailleurs pas du premier cas de ce type pour l’administration : dès la fin de l’année 2023, un autre fonctionnaire municipal, lui aussi mis en examen dans le cadre de la même enquête pénale actuellement en cours, avait été contraint de quitter ses fonctions. Cette affaire avait été mise au jour à la suite d’une enquête journalistique publiée par le quotidien NRC.
Le journal avait en effet révélé à l’époque que ce fonctionnaire, un chef de projet, recevait de l’argent par l’intermédiaire d’une société enregistrée à son nom, officiellement dédiée à la gestion de jeunes talents du football, de la part d’une entreprise de génie civil avec laquelle il entretenait des relations professionnelles pour le compte de la commune. Le chef de projet jouait un rôle important dans la supervision des travaux de rénovation de plusieurs bâtiments municipaux à vocation culturelle, et la supervision du désamiantage du Boijmans Van Beuningen faisait justement partie de ses missions.
Cette même enquête journalistique avait également mis en lumière le fait que certains fonctionnaires municipaux avaient déjà signalé, dès 2020, des indices possibles de fraude et de corruption liés aux travaux de rénovation de ces institutions culturelles, sans que la municipalité n’ait, à ce stade, pris de mesures concrètes pour approfondir la question.
À la suite de la publication de l’enquête, le chef de projet a été contraint de quitter ses fonctions, officiellement par le biais d’une retraite anticipée, et une enquête pénale a été ouverte, qui a donné lieu à des perquisitions dans des domiciles et des locaux d’entreprises dans d’autres villes. En février de l’année suivante, d’autres perquisitions ont été menées dans plusieurs localités, notamment à Capelle aan den IJssel, Nieuwerkerk aan den IJssel et Middelburg, ainsi que dans une entreprise de démolition basée à Sint-Oedenrode. Des enquêtes approfondies menées par le quotidien NRC avaient révélé que la commune avait versé plusieurs millions d’euros en trop à l’entreprise chargée du désamiantage du musée Boijmans Van Beuningen. L’avocat de l’entreprise concernée a déclaré ne pas souhaiter faire de commentaires avant la fin de l’enquête.
Le procureur néerlandais a confirmé l’existence de soupçons pesant sur les fonctionnaires et les entreprises impliqués. Un porte-parole du parquet a précisé, en réponse à une demande d’éclaircissements, qu’à l’heure actuelle, onze personnes au total font l’objet d’une enquête, dont les trois fonctionnaires municipaux déjà cités, ainsi que six entreprises. Certaines sources proches de l’enquête ont indiqué que les sociétés soupçonnées auraient réussi à intégrer des coûts fictifs dans les projets de construction, grâce à la collaboration des fonctionnaires municipaux impliqués.
Ces dernières années, la ville de Rotterdam a déjà dû faire face à plusieurs affaires de corruption et autres atteintes à l’intégrité commises par ses propres fonctionnaires, mais l’enquête actuellement en cours semble dépasser en ampleur les affaires précédentes. En 2017, une enquête du conseil municipal avait été menée concernant l’affaire dite « Waterfront », au cours de laquelle il était apparu que la municipalité avait versé des millions d’euros pour des travaux de rénovation jamais réellement effectués sur un bâtiment destiné à accueillir des événements musicaux et des fêtes. À la suite de cette affaire, un adjoint au maire et un directeur, entre autres, avaient démissionné, tandis qu’un fonctionnaire avait été licencié. L’un des deux fonctionnaires licenciés dans le cadre de cette nouvelle affaire avait également été cité dans l’affaire Waterfront, mais il n’était pas apparu à l’époque qu’il avait effectivement enfreint les règles.
L’année dernière, la municipalité avait par ailleurs annoncé le licenciement de la coordinatrice d’un programme destiné aux personnes sans domicile fixe, coupable d’avoir hébergé gratuitement, pendant des années, des membres de sa famille et des amis dans des logements qui auraient dû être réservés précisément aux personnes sans domicile. Enfin, à la mi-juillet, deux anciens fonctionnaires municipaux de Rotterdam ont de nouveau été condamnés en appel pour des faits de corruption liés à des entrepreneurs du bâtiment et pour blanchiment d’argent, dans le cadre d’une procédure distincte mais s’inscrivant dans le même contexte d’attention croissante portée aux pratiques de gestion des marchés publics dans cette ville néerlandaise.
Le musée Boijmans Van Beuningen n’a pas commenté publiquement cette affaire, mais il convient de noter que la responsabilité de l’entretien des bâtiments incombe à la municipalité. Actuellement, le musée est fermé et ses collections, ainsi que ses réserves, peuvent être consultées au Depot Boijmans Van Beuningen, un vaste complexe inauguré en 2021 et capable d’accueillir plus de 150 000 œuvres. La réouverture du siège du musée est prévue en 2029, à l’issue de travaux qui ont notamment comporté le désamiantage, lequel fait aujourd’hui l’objet d’une enquête.
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| Rotterdam : le musée Boijmans Van Beuningen fait l'objet d'une enquête pour corruption |
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