Dans la matinée du 20 août, en Ukraine, une attaque russe a frappé le musée régional d’art de Kherson, provoquant un incendie dans l’aile droite du bâtiment et dans les installations annexes. Des fragments du drone utilisé par les Russes pour mener cette attaque ont été retrouvés sur place. Les pompiers du Service national des urgences d’Ukraine ont maîtrisé les flammes, tout en intervenant dans des conditions particulièrement difficiles et sous la menace de nouvelles attaques : l’incendie a en effet continué à représenter un danger même après l’extinction des principales flammes, et les secouristes ont dû intervenir directement sur les structures du bâtiment, en abattant les planchers entre les étages aux endroits où des foyers continuaient de couver et où des flammes réapparaissaient parfois, créant ainsi un risque de nouvelle propagation de l’incendie.
Les conséquences de l’attaque ont été considérables. Dans l’aile droite du musée, le mobilier et les chaises présents dans les salles ont été entièrement détruits, tandis qu’une partie du parquet des couloirs a été brûlée. Dans le couloir de l’un des dépôts, certains livres ont également été endommagés par le feu. Le bâtiment a été privé de ses installations électriques et de chauffage, et s’est retrouvé entièrement sans alimentation électrique. Pour le musée, il s’agit d’un « acte de barbarie » (comme il le commente sur ses réseaux sociaux) et d’une « attaque délibérée ».
Le Musée d’art régional de Kherson fait partie du patrimoine culturel ukrainien et le bâtiment est signalé par le symbole international du Bouclier bleu, qui identifie les biens culturels protégés par le droit international. Les autorités ukrainiennes ont qualifié cette attaque de crime de guerre au sens de la Convention de La Haye de 1954 pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé.
Cette attaque revêt d’ailleurs une signification particulière au vu du sort réservé à la collection du musée pendant l’occupation russe de Kherson : à l’automne 2022, les occupants russes ont en effet emporté plusieurs centaines d’œuvres de la collection, présentant cette opération comme une évacuation. Les autorités ukrainiennes y voient en revanche un pillage délibéré et planifié du patrimoine culturel de la ville. Les autorités ukrainiennes ont déjà identifié plusieurs des œuvres qui ont été dérobées pendant l’occupation russe de la ville, qui a débuté en 2022, au tout début de la guerre, et s’est terminée le 12 novembre avec la libération de Kherson par l’armée ukrainienne.
Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andrii Sybiha, a réagi à cette attaque en rappelant précisément cet épisode. Il y a quelques mois, a-t-il expliqué, le ministère des Affaires étrangères avait inauguré dans ses locaux l’exposition « Le retour de la mémoire de Kherson », grâce à laquelle les visiteurs du ministère peuvent voir des reproductions d’œuvres appartenant à la collection du Musée d’art de Kherson. « Un drone russe », a déclaré Sybiha, « a frappé le bâtiment du musée. Malheureusement, cela illustre clairement l’approche russe vis-à-vis de la culture ukrainienne : la Russie vole et s’approprie tout ce dont elle peut s’emparer. Dans le cas du musée d’art de Kherson, il s’agit d’un double crime et d’une preuve supplémentaire du caractère systématique de la politique de destruction menée par la Russie. Mais Moscou a de nouveau commis une erreur d’appréciation : on peut voler des tableaux, on peut endommager un musée, mais il est impossible de russifier la culture ukrainienne ou de nous priver ainsi du droit à notre patrimoine. Nous récupérerons ce qui a été volé, nous reconstruirons ce qui a été détruit. Et nous documenterons ces crimes. L’Ukraine s’y emploie déjà, afin que le pillage et la destruction du patrimoine culturel ukrainien se traduisent par une responsabilité tout aussi systématique de la part de la Russie. »
Le ministère ukrainien des Affaires étrangères a quant à lui souligné que le musée, en tant que bien culturel portant le « Bouclier bleu » et protégé par le droit international, ne peut être considéré comme une cible non protégée. Selon le ministère, cette attaque s’inscrit dans une série plus large d’actions par lesquelles la Russie continue de détruire et d’incendier des biens du patrimoine culturel ukrainien et de tenter de s’en emparer.
L’attaque contre le Musée d’art régional de Kherson vient s’ajouter à la longue série de dommages infligés au patrimoine culturel ukrainien pendant la guerre. Dans ce cas précis, le musée avait déjà été privé d’une partie essentielle de ses collections pendant l’occupation de la ville, et c’est désormais le lieu même qui conservait et représentait cette mémoire qui a été touché, dans un épisode que les autorités ukrainiennes considèrent comme s’inscrivant dans une politique systématique d’appropriation et de destruction du patrimoine culturel national.
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| Attaque russe à Kherson : le musée d'art régional a été endommagé |
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