La Galerie nationale de l'Ombrie ramène à Pérouse le « Saint Roch » de Bartolomeo Caporali


À partir du 4 septembre, le musée expose à titre exceptionnel ce tableau, acquis grâce à une contribution « Art Bonus » d’AgriEuro. L’œuvre, qui faisait déjà partie du retable des Chasseurs de Castiglion del Lago, sera réunie aux fragments qui subsistent au printemps 2027.

La Galerie nationale de l’Ombrie de Pérouse acquiert le « Saint Roch » de Bartolomeo Caporali (1420-1505), un tableau réalisé vers 1487 et que l’on croyait disparu jusqu’à récemment. L’œuvre, qui faisait autrefois partie du « Retable des Chasseurs » de Castiglion del Lago, sera présentée au public dans la salle 18 du musée du vendredi 4 au dimanche 6 septembre 2026, à partir de 15 heures le 4 septembre. Le tableau sera ensuite transféré en réserve en attendant d’être réuni aux autres fragments survivants du retable, à l’occasion de l’exposition consacrée aux nouvelles acquisitions de la Galerie, prévue au printemps 2027.

Cette acquisition, d’une valeur de 60 000 euros, a été rendue possible grâce à une contribution « Art Bonus » d’AgriEuro, une entreprise de commerce en ligne basée à Spolète, engagée dans la protection et la mise en valeur du patrimoine culturel du territoire. L’entreprise avait déjà soutenu, par le biais de ce même dispositif, la restauration du rideau historique du Teatro Nuovo Gian Carlo Menotti de Spolète, intervention achevée en 2025 en collaboration avec la municipalité de Spolète.

La récupération du « San Rocco » est liée à l’identification du tableau sur le marché des antiquités par Emanuele Zappasodi, professeur à l’Université pour étrangers de Sienne. La galerie Moretti Fine Art de Londres a joué un rôle important dans les négociations ; elle a également soutenu l’intervention de restauration de l’œuvre, réalisée à Florence par Loredana Gallo. Le tableau avait circulé sur le marché des antiquités français avec des attributions erronées avant d’être identifié et ramené en Italie.

Bartolomeo Caporali, Saint Roch, Fragment du retable des Chasseurs de Castiglione del Lago (1487 ; tempera sur bois)
Bartolomeo Caporali, Saint Roch, fragment du retable des Chasseurs de Castiglione del Lago (1487 ; tempera sur bois)

Cette acquisition s’inscrit dans le cadre du programme de la Galerie nationale de l’Ombrie visant à mettre en valeur les œuvres récemment entrées dans la collection. Une partie importante du programme d’expositions des prochains mois sera en effet consacrée aux nouvelles acquisitions, comprenant à la fois des œuvres picturales et une collection photographique.

Du 18 septembre au 1er novembre 2026, la Sala Podiani accueillera l’exposition consacrée à la collection photographique acquise dans le cadre de deux éditions de l’appel à projets « Strategia per la Fotografia », lancé chaque année par la Direction générale de la créativité contemporaine du ministère de la Culture. L’édition 2024 a permis à Luigi Spina de réaliser, à la demande des Musées nationaux de Pérouse – Direction régionale des Musées nationaux d’Ombrie, une campagne photographique consacrée à l’Ombrie de saint François. L’édition 2025 a quant à elle permis l’acquisition des tirages du cycle réalisé en Ombrie par Fulvio Roiter en 1957, ainsi que de quelques photographies originales de Mario Giacomelli qui documentent, dans une version inhabituelle en couleurs, la plaine de Castelluccio di Norcia au moment de la floraison.

Le printemps 2027 sera consacré aux œuvres picturales entrées dans la collection de la Galerie nationale d’Ombrie au cours des dix dernières années, c’est-à-dire depuis l’obtention du statut d’établissement à autonomie spéciale. Au cœur de l’exposition figurera le Saint Roch de Caporali, qui sera accompagné des quatre fragments survivants du Retable des Chasseurs: les deux qui appartenaient déjà à la collection de la Galerie et ceux conservés aux Musées municipaux d’Udine et à la Fondation Federico Zeri.

Présentation de San Rocco. Photo : Marco Giugliarelli
Présentation de
«
Saint Roch ». Photo : Marco Giugliarelli

L’exposition comprendra également d’autres acquisitions jugées particulièrement importantes et liées à l’histoire artistique de l’Ombrie ainsi qu’à l’identité du musée. Les œuvres seront présentées dans le cadre d’un aménagement conçu pour les replacer dans leur contexte et approfondir leur histoire ainsi que leurs caractéristiques formelles, notamment en les juxtaposant à d’autres œuvres jugées représentatives de leur parcours.

Le retable des Chasseurs a été commandé en 1487 à Bartolomeo Caporali par les chasseurs de Castiglion del Lago pour l’église paroissiale extra-muros de Sainte-Marie-Madeleine. Il s’agissait d’untableau carré représentant une « Sainte Conversation », au centre duquel figurait la Vierge à l’Enfant assise sur un trône, flanquée de deux paires de saints : à gauche, sainte Marie-Madeleine et saint Sébastien; à droite, saint Antoine l’Abbé et saint Roch.

Le tableau fut divisé en plusieurs parties en 1774, en raison de son état de conservation irrémédiable, sur ordre du révérend don Giuseppe Bernardi, et fut placé dans la maison paroissiale. En 1864, Giovan Battista Cavalcaselle vit et dessina les différents fragments, fournissant ainsi une documentation qui a permis de reconstituer la composition d’origine du retable.

Dans les années qui ont suivi l’étude de Cavalcaselle, les tableaux ont été intégrés au circuit de la diaspora des antiquaires de l’époque post-unitaire. Deux fragments, une tête d’ange et le visage de Marie-Madeleine, furent récupérés par la préfecture de Venise et attribués en 1870 à la Pinacothèque municipale Vannucci, entrant ainsi dans la collection de la Galerie nationale de l’Ombrie. Deux autres éléments, représentant saint Antoine l’Abbé et un autre ange, furent acquis par les Musées municipaux d’Udine après un passage dans une collection privée et publiés par Umberto Gnoli en 1916, en même temps que les deux fragments de Pérouse. Le fragment représentant saint Sébastien a quant à lui été identifié en 1969 par Elizabeth Gardner, conservatrice au Metropolitan Museum de New York, dans la collection de Federico Zeri. Ce chercheur et collectionneur l’avait auparavant acquis sur le marché des antiquités florentin.

Présentation de San Rocco. Photo : Marco Giugliarelli
Présentation de saint Roch. Photo : Marco Giugliarelli

Le Saint Roch, quant à lui, n’avait pas été intégré à la reconstitution du retable jusqu’à une époque récente. Sa réapparition sur le marché des antiquités français s’était accompagnée d’attributions jugées non pertinentes. La reconnaissance de l’œuvre a permis de la ramener en Italie et de la soumettre à une restauration, à l’issue de laquelle les traits du jeune saint pèlerin sont redevenus lisibles : le visage à l’expression renfrognée, les boucles blondes tombant sur ses épaules et le chapeau sombre à large bord.

La réunion du tableau avec les fragments déjà conservés par la Galerie nationale de l’Ombrie constitue une étape importante pour la reconstruction du Retable des Chasseurs et pour l’étude de la période de maturité de Caporali. L’artiste, actif en Ombrie au XVe siècle, est considéré comme une figure de transition entre la tradition de Bonfigliesque et la nouvelle culture figurative florentine introduite à l’époque à Pérouse par le jeune Pietro Vannucci.

L’arrivée du Saint Roch s’inscrit dans le processus d’élargissement des collections de la Galerie nationale d’Ombrie, mené au cours des plus de dix années d’autonomie de l’institution, depuis le décret du Président du Conseil des ministres n° 171 du 29 août 2014 jusqu’aux modifications réglementaires ultérieures. De plus, depuis 2024, la Galerie a été fusionnée sur le plan administratif avec les quatorze autres musées d’État de l’Ombrie, donnant ainsi naissance à une institution autonome unique.

La collection du principal musée de la région s’est enrichie grâce à des acquisitions et des dons effectués directement par le ministère de la Culture, par la Galerie et par des particuliers, tant par le biais de legs que grâce au dispositif de l’Art Bonus. Cette expansion a été particulièrement marquée ces dernières années et a permis de combler certaines lacunes dans la chronologie des artistes qui ont marqué l’histoire de l’art ombrien, tout en ouvrant, grâce à la collection photographique, de nouveaux domaines de collection. La nouvelle acquisition représentantSaint- t-Rocco s’inscrit donc dans cette stratégie de développement et d’étude du patrimoine, avec pour objectif de reconstituer, dans la mesure du possible, des ensembles d’œuvres auparavant dispersées.

Présentation de San Rocco. Photo : Marco Giugliarelli
Présentation de San Rocco. Photo : Marco Giugliarelli

Déclarations

« L’acquisition de ce tableau de Bartolomeo Caporali », affirme Veruska Picchiarelli, déléguée à la direction des Musées nationaux d’Ombrie, « représente un moment d’une grande importance pour la Galerie nationale d’Ombrie. Accueillir dans nos collections une œuvre d’une telle envergure, qui vient en outre compléter un ensemble démembré et en partie dispersé, signifie non seulement rendre à l’un des protagonistes de la peinture ombrienne du XVe siècle l’attention qu’il mérite, mais aussi se réapproprier une partie importante de notre identité culturelle. L’arrivée du Saint-Roch s’inscrit en effet dans le cadre du programme d’étude et de mise en valeur que le musée consacre à la culture figurative du territoire, offrant au public une nouvelle occasion d’approfondir la richesse et la qualité de l’art ombrien de la Renaissance. Nous tenons à remercier tout particulièrement Alessia Settimi et AgriEuro, une entreprise ombrienne d’envergure internationale qui a choisi de soutenir les Musées nationaux d’Ombrie par le biais de la contribution « Art Bonus », qui est pour la première fois affectée à l’enrichissement de la collection de la Galerie. Ce geste significatif de mécénat s’inscrit dans la vision avant-gardiste d’une entreprise attentive et sensible à la mise en valeur du contexte dans lequel elle opère, ainsi qu’à la mission de créer des synergies avec le territoire, qui est propre aux institutions culturelles ».

« Nous pensons que le mécénat d’entreprise peut contribuer à renforcer le lien entre le patrimoine culturel et la communauté, en préservant ce que nous avons reçu et en le rendant accessible aux générations futures. Les entreprises changent et se transforment au fil du temps ; une œuvre d’art, en revanche, traverse les siècles », a déclaré Alessia Settimi, directrice des opérations d’AgriEuro. « Avoir contribué à l’acquisition du Saint-Roch de Bartolomeo Caporali est pour nous une grande fierté et s’inscrit dans la continuité d’un parcours de valorisation culturelle qui fait partie intégrante de notre façon de mener nos activités. Nous avons également été très touchés par les valeurs incarnées par la figure de Saint-Roch, pèlerin dévoué au soin des autres, ainsi que par le parcours même de l’œuvre, qui avait été dispersée hors d’Italie et qui est aujourd’hui enfin de retour en Ombrie ».

La Galerie nationale de l'Ombrie ramène à Pérouse le « Saint Roch » de Bartolomeo Caporali
La Galerie nationale de l'Ombrie ramène à Pérouse le « Saint Roch » de Bartolomeo Caporali



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