Lubaina Himid propose, au Pavillon britannique de Venise, une réflexion sur le foyer et l'appartenance


À la 61e Biennale de Venise, au pavillon de la Grande-Bretagne, Lubaina Himid présente une exposition qui explore la notion d’habiter, le sentiment d’être chez soi et celui d’être « hors de sa place » à travers la peinture, le son et les objets.

À la 61e Biennale de Venise, le Royaume-Uni est représenté par Lubaina Himid, qui présente au Pavillon de la Grande-Bretagne le projet « Predicting History: Testing Translation ». L’exposition aborde l’une des questions les plus personnelles et, en même temps, les plus politiques de l’expérience contemporaine : que signifie se construire un foyer dans un nouvel endroit et comment la notion d’appartenance évolue-t-elle lorsque l’espace que l’on habite n’a pas été conçu pour ceux qui le traversent ? Himid a créé pour Venise un espace dans lequel de grandes peintures dialoguent avec des œuvres réalisées à partir d’objets trouvés, des peintures inspirées des kangas d’Afrique de l’Est et un paysage sonore réalisé en collaboration avec l’artiste Magda Stawarska. Peinture, texte, objets et son contribuent ainsi à la construction d’une expérience dans laquelle le pavillon britannique lui-même occupe une place centrale. Son architecture devient en effet un symbole du Royaume-Uni et, à travers ce bâtiment précisément, l’artiste interroge la relation entre le lieu, l’identité et le foyer, mais aussi les différentes possibilités de déplacement dans un monde où certaines personnes peuvent se déplacer librement tandis que d’autres sont perçues comme « hors de leur place ».

Le titre *Predicting History: Testing Translation* fait allusion à un état d’incertitude et d’interprétation. Prévoir l’histoire et mettre la traduction à l’épreuve, c’est se confronter à quelque chose qui n’est jamais tout à fait stable, c’est tenter de comprendre et de se faire comprendre tout en traversant des lieux, des cultures et des systèmes de référence différents. Pour Himid, l’exposition devient ainsi une sorte de guide pour naviguer dans la vie et l’appartenance au-delà de ses propres racines, une manière de s’interroger sur ce que cela peut signifier d’appeler « chez soi » un lieu qui, au départ, ne l’était pas.

L’artiste, qui a une formation en scénographie théâtrale et une passion particulière pour l’opéra, conçoit les salles du Pavillon comme des espaces immersifs et multisensoriels. La peinture n’est donc pas seulement considérée comme une image à observer, mais comme faisant partie d’une construction environnementale dotée d’une énergie théâtrale précise. Les visiteurs sont invités à entrer en relation émotionnelle avec les personnages et les actions qui se déroulent dans les tableaux, presque comme s’ils assistaient à une représentation dramatique.

Pavillon de la Grande-Bretagne, Biennale de Venise 2026. Photo : Andrea Avezzù
Pavillon de la Grande-Bretagne, Biennale de Venise 2026. Photo : Andrea Avezzù
Pavillon de la Grande-Bretagne, Biennale de Venise 2026. Photo : Andrea Avezzù
Pavillon de la Grande-Bretagne, Biennale de Venise 2026. Photo : Andrea Avezzù
Pavillon de la Grande-Bretagne, Biennale de Venise 2026. Photo : Andrea Avezzù
Pavillon de la Grande-Bretagne, Biennale de Venise 2026. Photo : Andrea Avezzù
Pavillon de la Grande-Bretagne, Biennale de Venise 2026. Photo : Andrea Avezzù
Pavillon de la Grande-Bretagne, Biennale de Venise 2026. Photo : Andrea Avezzù
Pavillon de la Grande-Bretagne, Biennale de Venise 2026. Photo : Andrea Avezzù
Pavillon de la Grande-Bretagne, Biennale de Venise 2026. Photo : Andrea Avezzù
Pavillon de la Grande-Bretagne, Biennale de Venise 2026. Photo : Andrea Avezzù
Pavillon de la Grande-Bretagne, Biennale de Venise 2026. Photo : Andrea Avezzù

Cinq grandes toiles constituent l’un des axes principaux du projet : Architects, Tailors, Chefs, Boatbuilders et Gardeners. Ces œuvres présentent des décors surréalistes dans lesquels des personnages plongés dans leur travail se rencontrent et échangent : les personnages évoqués par les titres dialoguent intensément entre eux et discutent de problèmes pratiques et créatifs, cherchant des solutions aux difficultés liées à l’adaptation à un environnement inconnu. La dimension du travail devient ainsi une métaphore de la construction du sentiment d’appartenance, d’un processus dans lequel les individus doivent sans cesse négocier leur rapport au lieu où ils se trouvent.

Le pavillon britannique est utilisé par Himid comme symbole de la Grande-Bretagne : à première vue, il semble accueillant, lumineux, aéré et plein de possibilités, et son atmosphère peut évoquer celle d’une journée d’été britannique idéalisée, mais cette sensation est progressivement troublée par des éléments plus inquiétants. Des sons, des textes et des images introduisent en effet une série de dissonances qui remettent en question la sérénité apparente de l’espace. Certaines des questions contenues dans les tableaux ont précisément cette fonction perturbatrice : *Can Flies Settle Here* et *Can Poison Taste Delicious* interrogent la possibilité d’habiter, d’accueillir et de reconnaître un lieu, en introduisant un doute là où il ne semblerait y avoir qu’ouverture. À ces images s’ajoute la voix de Nana Mouskouri interprétant la chanson populaire « Early One Morning », contribuant ainsi à la construction d’une dimension mélancolique liée à la perte.

L’architecture néoclassique du Pavillon fait elle aussi partie intégrante de la réflexion. Souvent interprétée comme un symbole d’autorité et de permanence, elle est transformée par Himid en un lieu où mettre à l’épreuve les notions d’identité nationale et personnelle. Le bâtiment représente la Grande-Bretagne, mais c’est précisément cette représentation qui permet de s’interroger sur ce que signifie appartenir à une nation, être accueilli dans un lieu ou, au contraire, se percevoir comme un étranger.

Le parcours s’ouvre sur *Architects*, le premier tableau que les visiteurs découvrent. Au centre de la scène, deux personnages discutent de la manière de construire un lieu sûr où l’on puisse se sentir chez soi. Autour d’eux apparaissent des architectures issues de climats, de systèmes de croyances et de traditions différents : un igloo, une ruche, une église et une mosquée. La diversité des formes architecturales suggère immédiatement la pluralité des façons dont les êtres humains peuvent concevoir et construire un espace où vivre. L’un des deux personnages porte des vêtements lumineux inspirés d’une période historique précise et tient dans sa main la maquette d’une maison cylindrique, une structure offrant intimité et protection. L’autre, vêtue de manière élaborée avec des franges ou des plumes, propose quant à elle une alternative sur roues, prête à être déplacée et à s’enfuir si nécessaire. Cette opposition met en scène deux conceptions différentes du foyer : d’un côté, la stabilité et la protection d’un espace clos ; de l’autre, la possibilité de se déplacer et de s’éloigner d’un lieu qui ne garantit pas la sécurité.

Pavillon de la Grande-Bretagne, Biennale de Venise 2026. Photo : Andrea Avezzù
Pavillon de la Grande-Bretagne, Biennale de Venise 2026. Photo : Andrea Avezzù
Pavillon de la Grande-Bretagne, Biennale de Venise 2026. Photo : Andrea Avezzù
Pavillon de la Grande-Bretagne, Biennale de Venise 2026. Photo : Andrea Avezzù
Pavillon de la Grande-Bretagne, Biennale de Venise 2026. Photo : Andrea Avezzù
Pavillon de la Grande-Bretagne, Biennale de Venise 2026. Photo : Andrea Avezzù
Pavillon de la Grande-Bretagne, Biennale de Venise 2026. Photo : Andrea Avezzù
Pavillon de la Grande-Bretagne, Biennale de Venise 2026. Photo : Andrea Avezzù
Pavillon de la Grande-Bretagne, Biennale de Venise 2026. Photo : Andrea Avezzù
Pavillon de la Grande-Bretagne, Biennale de Venise 2026. Photo : Andrea Avezzù
Pavillon de la Grande-Bretagne, Biennale de Venise 2026. Photo : Andrea Avezzù
Pavillon de la Grande-Bretagne, Biennale de Venise 2026. Photo : Andrea Avezzù

Le thème de l’eau et de l’océan occupe depuis des décennies une place récurrente dans l’œuvre de Himid. Dans *Predicting History: Testing Translation*, cette présence revêt une importance particulière car elle porte en elle l’histoire de la puissance maritime britannique, étroitement liée à l’expansion de l’Empire et à la traite des esclaves. L’océan n’est donc pas seulement un élément géographique ou naturel, mais devient une archive d’histoire, de mémoire et de violence. Cette dimension ressort avec une évidence particulière dans *Boatbuilders*, où deux personnages élégamment vêtus mettent en scène une confrontation animée devant la maquette d’un bateau : là encore, les personnages sont engagés dans une discussion et évaluent les différentes possibilités qui s’offrent à eux.

À côté de la scène, quelques rames en bois peintes évoquent l’histoire maritime de Venise, ville construite autour de son rapport à l’eau et historiquement liée aux activités commerciales et aux échanges. Tournées vers la lagune, les rames semblent créer une illusion de fuite. Elles pourraient suggérer la possibilité de prendre la mer et de quitter l’endroit où l’on se trouve, mais leurs formes dépareillées introduisent silencieusement l’idée contraire : le départ n’est pas si simple et l’illusion de pouvoir toujours s’échapper ne correspond pas nécessairement à la réalité.

Le projet se poursuit également avec une série d’œuvres qui développent les recherches de Himid sur les kangas d’Afrique de l’Est. Il s’agit de tissus décorés traditionnellement portés par les femmes, souvent caractérisés par des images humoristiques ou satiriques et par une structure dans laquelle une image centrale est accompagnée de proverbes capables de transmettre des significations sociales codifiées. Himid adopte ce format et le transforme en un outil permettant de réfléchir au langage en tant que forme de communication vécue. Les mots et les images passent d’un corps à l’autre, d’une histoire à l’autre, d’un contexte à l’autre. La traduction évoquée par le titre de l’exposition devient ainsi quelque chose de plus vaste qu’une simple conversion linguistique : elle concerne la nécessité d’interpréter des significations, des gestes, des comportements et des identités lorsque l’on traverse des environnements culturels différents.

Après la clôture de la Biennale de Venise, « Predicting History : Testing Translation » sera également présentée dans plusieurs lieux au Royaume-Uni grâce au soutien de l’Art Fund. Cette tournée permettra ainsi à l’installation de poursuivre son parcours au-delà de Venise et d’entrer en dialogue avec de nouveaux publics. Les étapes prévues sont la Herbert Art Gallery and Museum de Coventry du 12 février au 23 mai 2027, au MAC de Belfast du 11 juin au 22 août 2027 et à la Glynn Vivian Art Gallery de Swansea du 24 septembre 2027 au 9 janvier 2028. L’Art Fund soutient la commande et la tournée qui mènera l’installation dans ces lieux britanniques. Le projet bénéficie également du soutien de plusieurs partenaires : Frieze, qui collabore pour la deuxième fois avec le British Council dans le cadre de la commande du Pavillon britannique ; Cork Street Galleries, une initiative de The Pollen Estate ; la Fondation Henry Moore ; la Fondation Rothschild ; le Girlfriend Fund et Bloomberg Philanthropies, partenaire numérique. Un soutien important est également apporté par l’Himid Circle, composé de Jill Hackel et Andrzej Zarzycki, Elia Mourtzanou, Suzanne McFayden et la Nelumbo Collection, la Cingilli Collection, Hollybush Gardens et Greene Naftali, ainsi que de Shane Akeroyd et des Ambassador Circle et Global Circle du British Council. La commission du British Council pour le Pavillon britannique à la Biennale de Venise est dirigée par Ese Onojeruo et placée sous la direction d’Emma Dexter en tant que commissaire.

Pavillon de la Grande-Bretagne, Biennale de Venise 2026. Photo : Andrea Avezzù
Pavillon de la Grande-Bretagne, Biennale de Venise 2026. Photo : Andrea Avezzù
Pavillon de la Grande-Bretagne, Biennale de Venise 2026. Photo : Andrea Avezzù
Pavillon de la Grande-Bretagne, Biennale de Venise 2026. Photo : Andrea Avezzù
Pavillon de la Grande-Bretagne, Biennale de Venise 2026. Photo : Andrea Avezzù
Pavillon de la Grande-Bretagne, Biennale de Venise 2026. Photo : Andrea Avezzù
Pavillon de la Grande-Bretagne, Biennale de Venise 2026. Photo : Andrea Avezzù
Pavillon de la Grande-Bretagne, Biennale de Venise 2026. Photo : Andrea Avezzù
Pavillon de la Grande-Bretagne, Biennale de Venise 2026. Photo : Andrea Avezzù
Pavillon de la Grande-Bretagne, Biennale de Venise 2026. Photo : Andrea Avezzù
Pavillon de la Grande-Bretagne, Biennale de Venise 2026. Photo : Andrea Avezzù
Pavillon de la Grande-Bretagne, Biennale de Venise 2026. Photo : Andrea Avezzù

Note sur l’artiste

Née en 1954 à Zanzibar, Lubaina Himid est l’une des pionnières du Black British Art Movement. Au cours des années 1980 et 1990, elle a organisé plusieurs expositions majeures consacrées à l’art des femmes noires, contribuant ainsi à donner de la visibilité à une production qui avait été exclue des circuits des galeries grand public.

La formation théâtrale de Lubaina Himid constitue un élément essentiel pour comprendre le caractère performatif de ses œuvres. L’artiste a étudié la scénographie au Wimbledon College of Art et a développé depuis lors un intérêt profond pour la matérialité et la performativité de la peinture. Cette approche transparaît également dans ses « cut-out », des peintures figuratives réalisées sur des panneaux profilés indépendants qui permettent aux visiteurs de se promener parmi les personnages.

Himid vit et travaille à Preston, au Royaume-Uni, et est professeure émérite d’art contemporain à l’université du Lancashire. Elle a reçu le Turner Prize en 2017, le prix Maria Lassnig en 2023 et le prix Suzanne Deal Booth | Flag Art Foundation en 2024. Son parcours d’exposition s’est largement développé au Royaume-Uni et à l’international. L’artiste est représentée par Hollybush Gardens à Londres et Greene Naftali à New York.

Ces dernières années, ses expositions personnelles ont eu lieu dans d’importantes institutions internationales. En 2025, elle a exposé au MUDAM de Luxembourg et à Kettle’s Yard à Cambridge, dans les deux cas avec Magda Stawarska, ainsi qu’à l’UCCA de Pékin. En 2024, elle a présenté « Make Do and Mend » au Contemporary Austin au Texas et à la FLAG Art Foundation de New York, « Barricades » chez Hollybush Gardens à Londres et « Street Sellers » chez Greene Naftali à New York.

En 2023, il a exposé « Plaited Time/Deep Water » à la Sharjah Art Foundation aux Émirats arabes unis et « What Does Love Sound Like ? » à Glyndebourne, à Lewes. En 2022, elle a présenté *So Many Dreams* au Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne, *Water Has a Perfect Memory* à Hollybush Gardens à Londres et *Zanzibar* au Van Abbemuseum d’Eindhoven. En 2021, une exposition personnelle consacrée à l’artiste a été organisée à la Tate Modern de Londres.

En 2019, les expositions « Lubaina Himid » à la Tate Britain de Londres, « Spotlights, The Grab Test » au Frans Hals Museum de Haarlem, « Lubaina Himid » au CAPC de Bordeaux et « Work From Underneath » au New Museum de New York ont été présentées. En 2018, les expositions « Gifts to Kings » au MRAC Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées de Sérignan et « Our Kisses are Petals » au BALTIC Centre for Contemporary Art de Gateshead ont vu le jour. En 2017, l’artiste a présenté « The Truth Is Never Watertight » au Badischer Kunstverein de Karlsruhe, « Navigation Charts » à Spike Island à Bristol et « Invisible Strategies » au Modern Art Oxford.

Sa participation à des expositions collectives est tout aussi importante. En 2025, elle a pris part à « Connecting Thin Black Lines 1985-2025 » à l’ICA de Londres, à « Feelings in Common » au Pera Museum d’Istanbul, à « Remember Respond Resist » à The Box de Plymouth et à « Changes » à la CCA Łaźnia de Gdańsk, en Pologne. En 2024, elle a été incluse dans « Friends in Love and War – L’Éloge des meilleur.es ennemi.es » au macLYON de Lyon et à l’Ikon Gallery de Birmingham, « The Time is Always Now : Artists Reframe the Black Figure au Philadelphia Museum of Art, à The Box à Plymouth et à la National Portrait Gallery de Londres, « Entangled Pasts, 1768-now » à la Royal Academy of Arts de Londres et « Women in Revolt ! » aux National Galleries of Scotland à Édimbourg et à la Tate Britain de Londres. En 2020, elle a participé à l’exposition « Risquons-Tout » au WIELS Contemporary Art Centre de Bruxelles.

Les œuvres de Lubaina Himid sont conservées dans de nombreuses collections muséales et publiques. Parmi celles-ci figurent la Tate de Londres, la British Council Collection, l’Arts Council Collection, la UK Government Art Collection, le Victoria & Albert Museum de Londres, les National Museums Liverpool et la Whitworth Art Gallery de Manchester. Elles sont également présentes dans la Women’s Art Collection de l’université de Cambridge, au Museum Ludwig de Cologne, au Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne, au Musée d’art moderne de Varsovie, au Van Abbemuseum d’Eindhoven, au CAPC – Musée d’art contemporain de Bordeaux, au Guggenheim de New York, au Guggenheim d’Abu Dhabi, au Hammer Museum de Los Angeles, au Baltimore Museum of Art dans le Maryland, à la Rhode Island School of Design de Providence et à la Sharjah Art Foundation aux Émirats arabes unis.

Lubaina Himid propose, au Pavillon britannique de Venise, une réflexion sur le foyer et l'appartenance
Lubaina Himid propose, au Pavillon britannique de Venise, une réflexion sur le foyer et l'appartenance



Avertissement : la traduction en français de l'article original italien a été réalisée à l'aide d'outils automatiques. Nous nous engageons à réviser tous les articles, mais nous ne garantissons pas l'absence totale d'inexactitudes dans la traduction dues au programme. Vous pouvez trouver l'original en cliquant sur le bouton ITA. Si vous trouvez une erreur,veuillez nous contacter.