Une importante exposition d’Andrea Chiesi (Modène, 1966) est prévue à Padoue. Cet artiste émilien, unanimement reconnu comme l’un des grands talents de sa génération, y présente une rétrospective retraçant sa carrière, menée avec cohérence et dévouement depuis plus de trente-cinq ans. L’exposition, intitulée « Oltre la Soglia » et organisée par Marina Sonzini, se tient au Palazzo Santo Stefano, piazza Antenore 3, siège institutionnel de la province de Padoue, du 5 septembre au 11 octobre 2026. Elle sera ouverte au public tous les vendredis, samedis et dimanches, de 10 h 30 à 13 h et de 15 h à 19 h, avec une entrée libre.
L’exposition occupe les salles de l’étage noble du Palazzo Santo Stefano, un bâtiment qui, outre son rôle de siège institutionnel de la collectivité provinciale, a ouvert ses portes à l’art depuis avril 2024, en accueillant un cycle d’expositions gratuites. Le parcours de l’exposition présentera une sélection significative d’œuvres témoignant d’une recherche artistique centrée sur l’observation du paysage contemporain, avec une attention particulière portée aux espaces abandonnés et interstitiels, aux ruines post-industrielles et aux grandes structures en acier telles que les ponts, les manèges et les gazomètres. Il s’agit de lieux qui exercent un attrait irrésistible sur l’artiste, lequel les explore et les photographie avant de les dessiner au crayon sur de la toile de lin, dans l’isolement de son atelier, un processus qui lui permet d’en découvrir les détails et d’entrer en symbiose avec ces espaces. Ce n’est qu’ensuite qu’il passe à la peinture à l’huile, dans un travail caractérisé par une extrême lenteur, une grande concentration et une précision minutieuse, presque une forme de méditation.
Ces dernières années, parallèlement à la peinture à l’huile sur toile de lin, Chiesi est également revenu à la pratique du dessin sur papier, ainsi qu’àla gravure calcographique, renouant ainsi avec ses origines artistiques. Il en résulte un entrelacement très dense de traits noirs réalisés à l’aide de feutres indélébiles, sur lesquels l’artiste superpose de légers voiles d’encre de Chine diluée, en utilisant du papier Rosaspina Fabriano. Titulaire de la chaire de peinture à l’Académie des Beaux-Arts de Brera, Chiesi est un véritable maître du dessin qui a peu d’égaux sur la scène artistique contemporaine, capable de créer des œuvres magnétiques, hypnotiques, mystérieuses et profondément captivantes pour ceux qui les contemplent.
Au fil des ans, le regard de l’artiste, qui s’était d’abord porté sur l’observation des structures industrielles, s’est progressivement tourné vers la nature et vers les plantes qui repoussent en se réappropriant les lieux abandonnés par l’homme. Il s’agit d’un regard intérieur, suspendu entre le poétique et le néogothique, dans lequel la nature est dépeinte comme la force génératrice à l’origine de toutes choses, jusqu’à embrasser la loi de cause à effet selon laquelle chaque phénomène est interdépendant et en corrélation avec les autres. Un système qui lie de manière indissoluble toute forme organique et inorganique, et dans lequel la réflexion sur le temps trouve sa confirmation dans ce sentiment de cyclicité qui renvoie aux notions de renaissance et de transformation continue.
L’étape suivante dans la recherche de l’artiste a conduit à la représentation d’un hortus conclusus par excellence, un jardin botanique, lieu où les éléments végétaux, l’eau et la lumière s’entremêlent de manière indissoluble, et où la préservation de la nature, dépositaire des lois de l’univers, devient pour l’artiste un témoignage et une véritable mission. Ce n’est pas un hasard si ce cycle particulier d’œuvres est présenté en avant-première absolue précisément à Padoue, ville qui possède le plus ancien jardin botanique du monde.
Dans les œuvres de Chiesi, le monde réel est représenté comme un seuil: les lieux sont réinventés, les architectures poussées à l’extrême, les points de fuite multipliés, les structures reflétées pour amplifier le sentiment d’étrangeté et d’immersion du spectateur, renforçant ainsi le contact visuel entre ce qui se trouve en haut et ce qui se trouve en bas de la composition. Cet effet est encore accentué par le recours à une gamme chromatique extrêmement réduite, une palette essentielle qui vise un fort contraste clair-obscur: s’alternent ainsi des teintes intenses et des atmosphères nocturnes et sombres dominées par le bleu, des ambiances plus raréfiées et crépusculaires où prédominent les tons de gris, ou encore des compositions entièrement transformées dans des tons de sépia ou de magenta, poussés à leurs nuances les plus absolues. Au-delà du point de fuite, cependant, une lumière salvatrice se manifeste toujours, comme pour suggérer qu’il faut traverser l’obscurité pour parvenir à la lumière.
Dans ce processus, les lieux représentés cessent d’être simplement une partie du paysage extérieur et renaissent comme un monde intérieur, silencieux : l’espace se transforme en un lieu intime, personnel, une abstraction mentale suspendue hors du temps, qui invite le spectateur à franchir un seuil perceptif et à se perdre au sein du tableau, dans ce qui devient le grand tableau de l’Univers lui-même, la grande œuvre que la Nature et l’Homme ont réalisée ensemble et qui continue de renaître en chacun de nous. C’est précisément en nous-mêmes, selon la vision de l’artiste, que nous sommes appelés à chercher la lumière, en entrant et en franchissant les seuils du connu.
La relation à la figure humaine, dans l’œuvre de Chiesi, a elle aussi évolué au fil du temps. Les figures qui peuplaient autrefois ses carnets de croquis et ses cahiers de jeunesse, ainsi que ses premiers livres d’artiste, sont progressivement devenues les observatrices de leur propre parcours existentiel, endossant le rôle d’actrices, de témoins, de gardiennes et, en même temps, de chercheuses. Il s’agit de présences presque invisibles, qui traversent les époques de la vie humaine au sein d’un temps infiniment plus long, celui de la nature et de l’univers.
À travers son œuvre, Andrea Chiesi raconte tout cela, et le spectateur, dans la position d’un simple observateur, est en réalité projeté au cœur de ses tableaux, vivant à la première personne l’expérience de se trouver sur le seuil. Chacun devient ainsi une sorte d’Ulysse face à ses propres colonnes d’Hercule, protagoniste de son propre voyage personnel. L’art de Chiesi sublime cette expérience, racontée avec une maîtrise technique vraiment rare dans le paysage artistique contemporain, et offre un regard empreint d’une spiritualité intime, qui semble suggérer qu’au-delà du seuil, au-delà du temps et au-delà de toute aventure humaine, il y a toujours une lumière qui attend ceux qui ont le courage de la franchir.
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| Exposition consacrée à Andrea Chiesi à Padoue : une rétrospective qui retrace l'ensemble de sa carrière |
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