Le plus grand tapis jamais tissé : une exposition au Metropolitan de New York consacrée à cette prouesse voulue par Louis XIV


Du 8 septembre 2026 au 5 mars 2028, le Metropolitan Museum of Art de New York retrace l’histoire du grand tapis commandé par Louis XIV à la manufacture de la Savonnerie. L’exposition rassemble des tapis et des fragments afin de reconstituer l’un des projets textiles les plus ambitieux du XVIIe siècle.

En 1668, Louis XIV confia à la manufacture parisienne de la Savonnerie une entreprise qui allait entrer dans l’histoire de l’art : réaliser le plus grand tapis jamais tissé jusqu’alors. Le projet prévoyait la fabrication de pas moins de 92 pièces distinctes, destinées à composer un unique tapis monumental destiné à recouvrir l’ensemble de la Grande Galerie du Louvre. Les dimensions prévues étaient impressionnantes : au total, le tapis devait atteindre 440 mètres de long, soit environ six fois la longueur de la Galerie des Miroirs de Versailles. Une œuvre aux proportions exceptionnelles, conçue pour célébrer le prestige de la monarchie française et témoigner en même temps des extraordinaires capacités techniques et artistiques atteintes par la manufacture.

C’est à ce projet qu’est consacrée l’exposition « Un tapis de roi : Louis XIV et la Savonnerie », la première exposition organisée aux États-Unis entièrement consacrée à cette ambition. L’exposition, présentée dans les Wrightsman Galleries du Metropolitan Museum of Art, met en avant les trois tapis du musée liés à l’entreprise voulue par le souverain français et retrace leur histoire complexe.

Le parcours de l’exposition raconte un projet né d’ambitions sans précédent, mais marqué dès le début par des difficultés de production et par une histoire tout aussi mouvementée. De la conception des dessins à la réalisation des différents éléments, jusqu’à la dispersion des œuvres après la Révolution française, l’exposition retrace les différentes étapes de la vie de ces extraordinaires objets textiles.

Tapis « Grande Galerie » n° 11 (Musique, rétressage) (Manufacture des Savonneries, tissé dans l'atelier de Jeanne Haffrey d'après des dessins de Charles Le Brun et de l'atelier, livré le 26 août 1688 ; laine nouée et à poils coupés (nœud symétrique, 90 nœuds par pouce carré) ; 903 x 490,2 cm ; 96,6 kg ; New York, Metropolitan Museum of Art)
Tapis de la Grande Galerie n° 11 (Musique, rétressage) (Manufacture des Savonneries, tissé dans l’atelier de Jeanne Haffrey d’après des dessins de Charles Le Brun et de l’atelier, livré le 26 août 1688 ; laine nouée et à poils coupés (nœud symétrique, 90 nœuds par pouce carré) ; 903 x 490,2 cm ; 96,6 kg ; New York, Metropolitan Museum of Art)

La réalisation des 92 éléments a nécessité plus de vingt ans de travail et a impliqué la mise en place de structures de production d’une ampleur exceptionnelle. Pour mener à bien cette commande colossale, de vastes ateliers furent mis en place et une main-d’œuvre composée notamment d’orphelins et d’adolescents fut mobilisée, choisie pour sa capacité à effectuer des travaux d’une extrême précision grâce à sa vue et à la dextérité de ses doigts. Malgré l’énorme investissement en temps et en ressources, les tapis ne furent jamais déroulés dans l’espace auquel ils étaient destinés. Au fil des années, en effet, l’attention de Louis XIV s’est progressivement détournée du Louvre pour se porter vers le château de Versailles, qui devint le principal théâtre de la représentation du pouvoir monarchique.

Les tapis de la Savonnerie ne furent donc jamais assemblés ni déroulés dans la Grande Galerie du Louvre, comme le prévoyait le projet initial. Leur histoire se poursuivit de manière fragmentaire, jusqu’aux événements de la Révolution française, lorsque de nombreux exemplaires furent dépouillés de leurs emblèmes liés à la monarchie ou furent vendus. Cette dispersion contribua à faire sortir certains de ces objets hors de France. Au fil du temps, plusieurs tapis et fragments ont rejoint d’importantes collections privées, notamment aux États-Unis, où ils ont été acquis par des personnalités éminentes de la haute société et du monde des collectionneurs américains, parmi lesquelles J. P. Morgan et Alva Vanderbilt.

Tapis « Grande Galerie » n° 38 (Renommée et Force d'âme) (Manufacture des Savonneries, tissé dans l'atelier de Jeanne Haffrey d'après des dessins de Charles Le Brun et de l'atelier, livré entre 1668 et 1677 ; laine nouée et à poils coupés (nœud symétrique, 90 nœuds par pouce carré) ; 909,3 x 459,7 cm ; New York, Metropolitan Museum of Art)
Tapis de la Grande Galerie n° 38 (Renommée et Force d’âme) (Manufacture de la Savonnerie, tissé dans l’atelier de Jeanne Haffrey d’après des dessins de Charles Le Brun et de l’atelier, livré entre 1668 et 1677 ; laine nouée et à poils coupés (nœud symétrique, 90 nœuds par pouce carré) ; 909,3 x 459,7 cm ; New York, Metropolitan Museum of Art)

L’exposition du Met offre aujourd’hui la possibilité de reconstituer idéalement l’histoire de ce projet grâce à la présence de quatre tapis complets, accompagnés d’une sélection de fragments (en cliquant sur ce lien, vous pouvez voir l’installation du tapis Grande Galerie n° 11 (Musique, rétressage)). Le choix de juxtaposer des pièces intactes et des fragments revêt une importance particulière : les éléments qui nous sont parvenus témoignent en effet non seulement de la qualité artistique des œuvres, mais aussi du système complexe grâce auquel elles ont été conçues et produites. Les fragments deviennent ainsi des témoignages concrets de la segmentation du projet original et de la dispersion ultérieure des tapis. L’exposition offre en outre au public la possibilité d’observer directement des restaurateurs textiles à l’œuvre dans un atelier de restauration temporaire aménagé au sein de la galerie.

« Un tapis de roi : Louis XIV et la Savonnerie » est visible au Metropolitan Museum of Art de New York du 8 septembre 2026 au 5 mars 2028. L’exposition a été rendue possible grâce au soutien de John C. et Catherine Armitage, ainsi que d’Hubert et Mireille Goldschmidt. Un soutien supplémentaire a été apporté par Adrian Sassoon et Edmund Burke, Beatrice Stern, Marilyn et Lawrence Friedland, ainsi que par le Vanguard Council.

Le plus grand tapis jamais tissé : une exposition au Metropolitan de New York consacrée à cette prouesse voulue par Louis XIV
Le plus grand tapis jamais tissé : une exposition au Metropolitan de New York consacrée à cette prouesse voulue par Louis XIV



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