Le Louvre rouvre la Galerie d'Apollon après le vol de 2025. Elle restera vide.


Fermée à la suite du vol du 19 octobre 2025, la célèbre Galerie d’Apollon du Louvre rouvre ses portes au public. Les objets de valeur ayant été retirés, l’espace retrouve sa fonction initiale de galerie d’apparat et de chef-d’œuvre décoratif du XVIIe siècle.

Après près de neuf mois de fermeture, le Louvre , à Paris , rouvre au public la Galerie d’Apollon , l’une des salles les plus célèbres et les plus monumentales du palais parisien. Situé au premier étagede l’aile Denon, cet espace est à nouveau accessible à partir d’aujourd’hui, mercredi 22 juillet 2026, avec un nouvel aménagement qui redonne toute sa place à son extraordinaire décor, profondément transformé après le vol survenu le 19 octobre 2025.

Cette réouverture marque une nouvelle étape dans l’histoire de la galerie. Les collections d’objets précieux et les œuvres qui étaient traditionnellement exposées dans les vitrines ont en effet été retirées : la galerie est désormais vide et les visiteurs pourront se concentrer sur l’architecture ainsi que sur les décorations peintes et sculptées qui font de la Galerie d’Apollon l’un des plus importants exemples de décoration monumentale du XVIIe siècle français. Par ce choix, le Louvre a souhaité redonner à la salle la fonction pour laquelle elle avait été conçue il y a plus de trois siècles et demi : une galerie d’apparat pensée comme une œuvre d’art totale, dans laquelle l’architecture, la peinture, la sculpture et les arts décoratifs concourent à la construction d’un seul et même grand programme commémoratif. Le nouvel aménagement met également en valeur le rôle de la galerie en tant qu’espace de passage au sein du parcours muséal. La salle relie en effet la Rotonde d’Apollon au Salon Carré et s’ouvre sur la Grande Galerie, constituant ainsi l’un des principaux axes de circulation du musée.

La Galerie d’Apollon est l’un des lieux emblématiques du Louvre et de l’histoire de l’art français. Décorée au fil des siècles par certains des plus grands artistes du pays, parmi lesquels Charles Le Brun, François Girardon, Jean-Jacques Lagrenée et Eugène Delacroix, elle a servi de modèle à la future Galerie des Miroirs du château de Versailles. D’une longueur de 61,34 mètres, d’une hauteur de 15 mètres et d’une superficie totale d’environ 600 mètres carrés, la galerie abrite l’un des cycles décoratifs les plus riches de tout le musée. Les peintures, les stucs et les extraordinaires tapisseries réalisées par la Manufacture des Gobelins, commandées par l’architecte Félix Duban et installées en 1852, contribuent à définir un espace qui, au fil du temps, est devenu l’un des symboles du Louvre.

Louvre, Galerie d'Apollon. Photo : Nicolas Bousser
Louvre, Galerie d’Apollon. Photo : Nicolas Bousser
Louvre, Galerie d'Apollon. Photo : Nicolas Bousser
Louvre, Galerie d’Apollon. Photo : Nicolas Bousser
Louvre, Galerie d'Apollon. Photo : Nicolas Bousser
Louvre, Galerie d’Apollon. Photo : Nicolas Bousser

L’histoire de la Galerie d’Apollon remonte toutefois au XVIe siècle. Sous le règne de Charles IX, entre 1560 et 1574, l’espace occupé aujourd’hui par la galerie abritait une terrasse surmontée d’un portique qui constituait un lieu de promenade reliant la Cour Carrée aux remparts du Louvre donnant sur la Seine. Ce n’est que sous le règne d’Henri IV que cet espace ouvert fut transformé en un bâtiment fermé destiné à relier la Cour Carrée à la Grande Galerie. C’est ainsi qu’au premier étage fut créée la « Petite Galerie », située à proximité immédiate des appartements royaux et destinée à devenir l’un des principaux lieux de représentation de la monarchie française.

Construite entre 1594 et 1596, la Petite Galerie était ornée de peintures et de sculptures célébrant les rois et reines de France ainsi que les grandes figures de l’histoire nationale. Le programme décoratif, aujourd’hui entièrement disparu, fut confié aux peintres Toussaint Dubreuil et Jacob Bunel ainsi qu’au sculpteur Pierre Biard. Cet espace remplissait une double fonction. D’une part, elle servait de lieu de liaison au sein du palais royal ; d’autre part, elle constituait un outil d’autoreprésentation de la monarchie, à travers un ensemble figuratif destiné à construire un nouveau récit dynastique et politique du pouvoir royal. Le destin de la Petite Galerie a radicalement changé le 6 février 1661, lorsqu’un incendie a ravagé le bâtiment, détruisant intégralement son décor.

La reconstruction fut confiée à l’architecte Louis Le Vau, qui ne se contenta pas de restaurer la galerie, mais en agrandit le plan par de nouveaux bâtiments. La décoration fut quant à elle confiée à l’équipe dirigée par le peintre Charles Le Brun, l’artiste principal de la cour de Louis XIV. Les travaux débutèrent en 1662 mais connurent un ralentissement brutal en 1671, lorsque le souverain décida de transférer sa résidence à Versailles, affectant à la construction du nouveau château bon nombre des artistes et artisans qui travaillaient jusqu’alors au Louvre.

Louvre, Galerie d'Apollon. Photo : Nicolas Bousser
Louvre, Galerie d’Apollon. Photo : Nicolas Bousser
Louvre, Galerie d'Apollon. Photo : Nicolas Bousser
Louvre, Galerie d’Apollon. Photo : Nicolas Bousser
Louvre, Galerie d'Apollon. Photo : Nicolas Bousser
Louvre, Galerie d’Apollon. Photo : Nicolas Bousser
Louvre, Galerie d'Apollon. Photo : Nicolas Bousser
Louvre, Galerie d’Apollon. Photo : Nicolas Bousser

C’est Charles Le Brun lui-même qui définit le nouveau programme iconographique de la galerie, en choisissant comme figure centrale Apollon, le dieu du Soleil que Louis XIV avait adopté comme symbole de son règne. Dans la conception de l’artiste, le dieu régit l’ordre de l’univers en répartissant les quatre éléments, en rythmant la succession des heures de la journée, le mouvement des planètes et l’alternance des saisons et des mois. L’action bienfaisante du soleil devient ainsi une métaphore du bon gouvernement du souverain, capable d’assurer la prospérité et l’harmonie du royaume.

La décoration alterne de grandes scènes peintes, des médaillons et des figures en stuc, dans une composition destinée à influencer profondément la conception ultérieure de la Galerie des Miroirs du château de Versailles, réalisée entre 1678 et 1684. Des artistes appelés à devenir des figures de proue de la sculpture française ont participé à la décoration en relief, parmi lesquels François Girardon, Thomas Regnaudin et les frères Gaspard et Balthazar Marsy, qui c’est précisément grâce au chantier du Louvre qu’ils ont entamé la brillante carrière qui allait ensuite se poursuivre à Versailles.

Après l’interruption des travaux, l’achèvement de la décoration fut confié, au XVIIIe siècle, à l’Académie royale de peinture et de sculpture, installée au Louvre depuis 1692. L’institution se chargea de mener à bien le vaste programme décoratif du plafond resté inachevé. À partir de 1763, l’Académie obtint également la mise à disposition de la galerie, qui abrita jusqu’en 1775 l’un des ateliers de l’École royale des élèves protégés. À la même époque, la salle accueillit également des tableaux appartenant aux collections de l’Académie ainsi que le célèbre cycle de l’Histoire d’Alexandre réalisé par Charles Le Brun.

Pour être admis à l’Académie, les artistes devaient présenter une œuvre en guise d’épreuve d’admission. Certains d’entre eux furent invités à contribuer directement à l’achèvement de la voûte de la Galerie d’Apollon en réalisant des compositions mythologiques s’inscrivant dans le projet conçu par Le Brun. C’est ainsi qu’entre 1769 et 1781 furent réalisées des œuvres telles que Le Printemps d’Antoine François Callet, L’Automne de Jean Hugues Taraval, L’Été de Louis Jacques Durameau, L’Hiver de Jean-Jacques Lagrenée et Castor ou l’Étoile du matin d’Antoine Renou.

L’aspect actuel de la galerie est toutefois en grande partie le résultat des travaux menés sous la Deuxième République française. L’architecte Félix Duban, chargé de la restauration et de l’achèvement de la décoration, organisa le chantier dans le but de préserver l’unité stylistique de l’ensemble conçu sous Louis XIV. Pour compléter les parties manquantes de la voûte, il fit appel à certains des plus grands peintres de son époque, les invitant à s’inspirer des sujets et des compositions élaborées par Charles Le Brun près de deux siècles auparavant. Parmi eux se distingue Eugène Delacroix, à qui fut confiée la grande scène centrale représentant Apollon vainquant le serpent Python. L’artiste réalisa une composition caractérisée par un mouvement tourbillonnant intense, conçue pour être observée d’en bas et parfaitement intégrée dans le contexte décoratif du XVIIe siècle.

Duban intervint également sur les murs de la galerie, en reconstituant des boiseries de style Louis XIV dans lesquelles il fit insérer une série de vingt-huit portraits tissés par la Manufacture des Gobelins entre 1854 et 1863. Les tapisseries représentent les principaux personnages qui ont contribué à la construction et à l’embellissement du Louvre et du palais des Tuileries.

Louvre, Galerie d'Apollon. Photo : Antoine Mongodin
Louvre, Galerie d’Apollon. Photo : Antoine Mongodin
Louvre, Galerie d'Apollon. Photo : Antoine Mongodin
Louvre, Galerie d’Apollon. Photo : Antoine Mongodin
Louvre, Galerie d'Apollon. Photo : Antoine Mongodin
Louvre, Galerie d’Apollon. Photo : Antoine Mongodin

Avec la création du musée public en 1793, la Galerie d’Apollon commença à accueillir des œuvres dès 1797, mais c’est surtout à partir de 1861 que cet espace devint le lieu d’exposition des collections d’objets précieux du Louvre. Les vitrines spécialement conçues pour cette salle accueillirent les pierres précieuses ayant appartenu à Louis XIV, les laques de Marie-Antoinette, ainsi que les chefs-d’œuvre provenant du trésor de l’abbaye de Saint-Denis et de l’Ordre du Saint-Esprit. Au cours de la Troisième République, la vente des diamants de la Couronne de France, décidée par la loi de 1887, modifia à nouveau les collections de la galerie. Bien que la collection fût considérée comme inaliénable depuis 1530, sous François Ier, le Parlement autorisa la vente de la plupart des bijoux. Huit pièces furent toutefois épargnées par la vente et destinées au Louvre, où elles furent exposées dans la Galerie d’Apollon. Ces joyaux ont également été épargnés lors du vol du 19 octobre 2025. En effet, le vol a concerné certaines parures du Second Empire, tandis que les célèbres Diamants de la Couronne n’ont pas été dérobés. Ce vol a toutefois entraîné la fermeture de la galerie pendant plusieurs mois et a poussé le musée à repenser radicalement sa fonction d’exposition. Pour l’instant, a indiqué le directeur du Louvre, Christophe Leribault, les bijoux que l’on pouvait admirer dans la galerie il y a encore quelques mois ne seront pas exposés et seront conservés dans un coffre-fort.

À l’occasion de la réouverture prévue le 22 juillet 2026, le Louvre choisit donc de redonner à la Galerie d’Apollon sa vocation initiale. Dépourvue de ses vitrines et de ses collections d’objets précieux, la salle redevient avant tout un monument à contempler dans son ensemble, un chef-d’œuvre de l’art décoratif français conçu au XVIIe siècle pour célébrer le pouvoir monarchique et aujourd’hui présenté aux visiteurs comme l’une des œuvres d’art les plus extraordinaires du musée.

Le Louvre rouvre la Galerie d'Apollon après le vol de 2025. Elle restera vide.
Le Louvre rouvre la Galerie d'Apollon après le vol de 2025. Elle restera vide.



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