Fouilles illégales en Crimée : l'Ukraine mène une enquête sur deux archéologues russes


Le parquet de Crimée et de Sébastopol ouvre une procédure pénale à l'encontre d'un chercheur de l'Ermitage et d'un membre de l'Académie russe des sciences pour des fouilles archéologiques non autorisées menées à Solkhat, site médiéval d'importance qui relève de l'administration russe depuis 2014.

En Ukraine, le parquet autonome de Crimée et de la ville de Sébastopol a officiellement ouvert une enquête concernant des activités illégales présumées commises dans le domaine archéologique sur le territoire de la péninsule. Deux chercheurs, dont l’identité n’a pas encore été révélée, sont au centre de l’attention des enquêteurs ; ils sont accusés d’avoir participé à des expéditions illégales en Crimée, occupée par la Fédération de Russie depuis 2014. La gravité des chefs d’accusation, qui s’inscrivent dans le cadre des crimes de guerre, reflète l’attention croissante que portent les autorités ukrainiennes à la protection de leur patrimoine culturel et historique face aux changements administratifs et territoriaux survenus au cours de la dernière décennie.

Le premier des suspects serait un chercheur travaillant au Musée d’État de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg, tandis que le second est identifié comme un représentant du soi-disant « Institut d’archéologie de Crimée », organisme relevant de l’Académie russe des sciences. L’ouverture de la procédure pénale, rendue publique lundi par le parquet de Sébastopol (qui, en raison de l’occupation russe de la Crimée, a son siège dans la capitale, Kiev), marque un nouveau chapitre dans le long litige juridique et diplomatique concernant la gestion des biens archéologiques situés en Crimée.

Ruines de l'église médiévale Saint-Jean-Baptiste, à Solkhat - Staryj Krym. Photo : Wikimedia/Neovitaha777
Ruines de l’église médiévale Saint-Jean-Baptiste, à Solkhat - Staryj Krym. Photo : Wikimedia/Neovitaha777

L’enquête, coordonnée par la Direction générale du Service de sécurité ukrainien pour la République autonome de Crimée, porte notamment sur les opérations menées sur un site archéologique, le village médiéval de Solkhat, situé à proximité de la ville de Staryj Krym, une zone qui constitue un témoignage historique de première importance, datant de la période comprise entre le XIIIe et le XIVe siècle : elle a fait l’objet d’interventions qui, selon l’hypothèse de l’accusation, auraient été menées en l’absence totale des autorisations nécessaires de la part des autorités gouvernementales ukrainiennes, seules habilitées à délivrer des permis de fouilles sur ce territoire.

Selon la reconstitution fournie par les autorités chargées de l’enquête, les activités archéologiques en question auraient causé une détérioration partielle de la stratification du site médiéval. Le détournement de vestiges de nature variée, parmi lesquels figurent des éléments du système historique d’approvisionnement en eau, des bassins destinés à la collecte de l’eau et des fragments de vaisselle en céramique, constitue l’un des points centraux de l’enquête. Ces objets, une fois retirés de leur lieu d’origine, auraient été transférés à l’Ermitage à l’initiative de l’un des chercheurs impliqués.

L’intégration de ces vestiges dans le Catalogue d’État du fonds muséal russe est considérée par la justice ukrainienne comme un acte visant à consolider l’appropriation illicite de biens qui font partie intégrante du patrimoine culturel et historique de l’Ukraine. Cette procédure, qui soustrait physiquement et juridiquement les objets de leur contexte de découverte d’origine pour les intégrer au patrimoine de l’État que l’Ukraine qualifie d’agresseur, a été qualifiée de violation des normes internationales relatives à la protection des biens culturels dans les territoires occupés.

Le cadre juridique dans lequel s’inscrit l’initiative du parquet repose sur les dispositions prévues à l’article 438, alinéa 1, du Code pénal ukrainien, complétées par l’article 28, alinéa 2, concernant la commission de crimes en association avec un groupe organisé. La législation en question prévoit, en cas de condamnation, l’application de peines d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à douze ans. La qualification des activités archéologiques en tant que crimes de guerre souligne la volonté de traiter la protection des sites historiques non pas comme un simple débat académique, mais comme une question de droit international des conflits armés et de souveraineté nationale. Bien entendu, conformément à l’article 62 de la Constitution ukrainienne, le principe de la présomption d’innocence s’applique à ce stade : le parquet rappelle que toute personne impliquée dans une procédure pénale doit être présumée innocente jusqu’à ce que sa responsabilité soit définitivement établie par un jugement définitif rendu par un tribunal compétent. L’enquête préliminaire, actuellement en cours sous la supervision de la Direction générale du SBU, vise précisément à recueillir les éléments de preuve nécessaires pour confirmer ou infirmer les accusations portées contre les deux chercheurs.

L’attention portée par le parquet de la Crimée et de la ville de Sébastopol à l’affaire de Solkhat ne semble pas isolée : elle s’inscrit en effet dans un débat plus large concernant la gestion des sites archéologiques de la péninsule, qui font l’objet d’un bras de fer entre les exigences de conservation des institutions ukrainiennes et les pratiques administratives mises en œuvre par les autorités russes ces dernières années. Le cas de Solkhat revêt, dans cette optique, une valeur paradigmatique, puisqu’il concerne un site qui, pendant des siècles, a témoigné de la stratification culturelle de la région et qui se retrouve aujourd’hui au cœur d’un conflit qui touche non seulement le territoire, mais aussi l’héritage historique d’un peuple.

Le site de Solkhat, en particulier, est connu des chercheurs pour son importance dans l’histoire de l’Orient médiéval, puisqu’il a été un centre commercial et culturel de premier plan. La destruction, même partielle, de la stratification du site, dénoncée par le parquet, soulève des inquiétudes quant à la conservation intégrale de ces contextes, lorsque les fouilles ne respectent pas les protocoles scientifiques internationaux rigoureux et les normes de protection en vigueur avant la crise de 2014. Le retrait d’éléments structurels, tels que les systèmes hydrauliques médiévaux, compromet la capacité des archéologues à reconstituer l’évolution urbanistique du centre historique.

Fouilles illégales en Crimée : l'Ukraine mène une enquête sur deux archéologues russes
Fouilles illégales en Crimée : l'Ukraine mène une enquête sur deux archéologues russes



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