Le monde de la bande dessinée internationale perd Marjane Satrapi. L’artiste, scénariste et réalisatrice franco-iranienne qui a su transformer son expérience personnelle en un conte universel sur la liberté et l’identité est décédée à Paris à l’âge de 56 ans. La nouvelle a été annoncée par sa famille dans un communiqué transmis à l’Agence France-Presse : “Marjane Satrapi est morte de chagrin un peu plus d’un an après le décès de Mattias Ripa, son mari et l’amour de sa vie”.
Née à Rasht en 1969 et élevée à Téhéran, Marjane Satrapi a vécu dès l’enfance les années turbulentes qui ont marqué l’histoire contemporaine de l’Iran. Alors qu’elle n’a que quatorze ans, elle est envoyée par ses parents à Vienne pour poursuivre ses études, loin des tensions politiques et sociales qui secouent son pays. Après un premier séjour en Autriche, elle revient en Iran à la fin des années 1980 et obtient son diplôme de l’Académie des beaux-arts de Téhéran. L’expérience dans son pays d’origine n’est cependant qu’une étape temporaire : peu après, il retourne en Europe pour parfaire sa formation artistique à l’École des arts décoratifs de Strasbourg. C’est alors Paris qui devient sa ville d’adoption, le lieu de sa pleine maturité artistique, au contact d’une nouvelle génération d’auteurs destinés à renouveler le langage de la bande dessinée française.
Le tournant s’opère en 2000 avec la publication de Persepolis, l’œuvre qui va la consacrer sur la scène internationale. À travers un puissant récit autobiographique en noir et blanc, Satrapi entrelace son histoire personnelle avec les grands événements de l’histoire iranienne. Le regard de la jeune protagoniste, suspendu entre l’ironie, la douleur et le désir de liberté, transforme une histoire individuelle en un récit universel capable de parler à des lecteurs de tous âges et de toutes origines. Le succès de l’œuvre a été extraordinaire et a contribué à redéfinir le rôle du roman graphique dans le paysage culturel contemporain.
Dans les années qui suivent, Satrapi continue d’explorer des thèmes liés à la mémoire, à l’identité et à la condition féminine. Avec Broderies, elle dresse un portrait intime et désenchanté de la vie quotidienne des femmes iraniennes, tandis qu’avec Poulet à plumes, elle raconte une poignante histoire de famille dans l’une de ses œuvres les plus populaires.
Parallèlement, sa créativité trouve une nouvelle dimension dans le cinéma. En 2007, il porte au grand écran Persepolis, coréalisé avec Vincent Paronnaud. Le film remporte le prix du jury au festival de Cannes et deux César, consacrant définitivement Satrapi comme réalisatrice. Trois ans plus tard, elle adapte Poulet aux prunes au cinéma, confirmant ainsi sa capacité à passer d’un langage artistique à l’autre tout en gardant intacte la force de son imagerie. Ces dernières années, elle s’est de plus en plus consacrée à la peinture, produisant des œuvres axées principalement sur la figure féminine et exposées dans de nombreuses galeries parisiennes. Parmi ses œuvres les plus récentes figure le triptyque réalisé pour les Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024.
Parallèlement à son activité artistique, Satrapi a maintenu un engagement civil constant. Membre élu de l’Académie française des beaux-arts, elle a été l’une des voix les plus influentes en faveur du peuple iranien et des droits des femmes. Elle a activement soutenu le mouvement Femme, Vie, Liberté, né après la mort de Mahsa Amini. Un engagement qui l’a accompagnée toute sa vie et qui a contribué à faire d’elle non seulement une artiste extraordinairement talentueuse, mais aussi un symbole international de liberté et de résistance culturelle.
“Sa disparition, peut-on lire sur le site de l’Elysée, marque la perte d’une grande figure de la culture française et d’une artiste engagée pour la liberté, dont l’œuvre était porteuse d’un message universel et qui lui a valu une immense reconnaissance internationale”.
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| Adieu à Marjane Satrapi, l'auteur de Persepolis qui a révolutionné le roman graphique |
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