Décision historique du tribunal de Rome : les subventions du MiC destinées à la culture ne sont pas saisissables


Une ordonnance du tribunal de Rome reconnaît que les subventions du ministère de la Culture affectées à des fins d’intérêt public ne peuvent faire l’objet d’une saisie. À la suite de cette décision, l’Agence des impôts (Agence des recettes - Recouvrement) a renoncé à la saisie. Cette information a été relayée par IsICult et AgCult.

Le tribunal de Rome a reconnu le caractère insaisissable des subventions du ministère de la Culture destinées à des activités d’intérêt public dans le secteur culturel, par une décision portant sur l’application de l’article 9 du décret-loi n° 201 de 2024, converti en loi n° 16 de 2025, portant mesures urgentes en matière de culture. Cette affaire a été rendue publique par IsICult, l’Institut italien pour l’industrie culturelle, un centre de recherche indépendant spécialisé dans les industries culturelles et les relations entre la culture, les médias et la société, qui s’engage également en faveur de la transparence dans l’utilisation des ressources publiques destinées à la culture. Le communiqué a ensuite été relayé par l’agence AgCult.

Cette décision concerne une procédure engagée par un organisme à but non lucratif qui avait formé opposition à l’exécution après la saisie, auprès du ministère de la Culture, du solde d’une subvention destinée à des activités et initiatives de promotion cinématographique et audiovisuelle.

Par ordonnance rendue le 27 avril et publiée le 5 mai 2026, la juge d’exécution Giulia Messina, de la 3e chambre civile du tribunal de Rome, a fait droit, au titre des mesures conservatoires, à la requête de l’organisme, reconnaissant que le financement relevait du champ d’application de l’article 9 de la réglementation. Cette disposition stipule en effet que les fonds du ministère de la Culture destinés, en vertu d’une loi ou d’un acte administratif, à un service public visant à la protection et à la mise en valeur du patrimoine culturel ne peuvent faire l’objet d’une exécution forcée.

Ministère de la Culture. Photo : Finestre sull'Arte
Ministère de la Culture. Photo : Finestre sull’Arte

Dans son ordonnance, le juge souligne en outre que, sur la base des pièces du dossier et des arguments des parties, la subvention accordée était nécessaire à la poursuite d’objectifs spécifiques d’intérêt public. C’est pourquoi le projet était soumis à des obligations précises en matière de reddition des comptes et les ressources allouées étaient subordonnées à la réalisation d’objectifs précis définis dans le projet, avec la possibilité de déchéance ou de retrait de la subvention en cas de non-respect des conditions fixées.

La mesure conservatoire avait déjà été ordonnée à titre provisoire le 18 juillet 2025, avec la suspension de l’exécution. À l’issue de la procédure contradictoire entre les parties, le tribunal a confirmé cette mesure par l’ordonnance publiée le 5 mai 2026. Quelques jours après le prononcé, le 11 mai 2026, l’Agence des impôts – Recouvrement (Ader) a formellement renoncé à la saisie. Le ministère de la Culture, assisté par l’Avocature de l’État, n’a en revanche pas formé de recours autonome ni engagé de procédure au fond.

Le recours a été formé par l’Agence des impôts – Recouvrement elle-même, mais la procédure s’est conclue sans que les demandes de l’organisme de recouvrement ne soient accueillies. Par ordonnance du 24 juin 2026, la chambre du tribunal de Rome présidée par la juge Paola Agresti a pris acte de la renonciation à la saisie de la part de l’AdER et a prononcé le « non-lieu à statuer pour extinction de l’objet du litige », sans ordonner la poursuite de l’exécution. L’organisme a été représenté par le cabinet d’avocats Vannicelli Cinquemani Celletti & Malossini.

La nouvelle de cette décision a également suscité des réactions dans le monde politique. Le 9 juillet, le député du Mouvement 5 Étoiles Gaetano Amato, Federico Mollicone (Fratelli d’Italia) et Matteo Orfini du Parti démocrate sont intervenus, par le biais de déclarations diffusées par l’agence AgCult, pour donner leur avis sur l’ordonnance du tribunal de Rome.

Déclarations

« Il s’agit d’une décision historique pour l’ensemble du secteur culturel italien : c’est la première décision judiciaire à appliquer la nouvelle réglementation relative à l’insaisissabilité à une subvention destinée à la promotion cinématographique et audiovisuelle et, plus généralement, à des fins culturelles », déclare Angelo Zaccone Teodosi, président de l’Institut italien pour l’industrie culturelle (IsICult). « Cette ordonnance s’inscrit dans la continuité, en matière de protection de l’intérêt public culturel prépondérant, d’une orientation déjà exprimée par la Cour des comptes dans sa communication du 3 décembre 2008, signée par le alors contrôleur général de l’État Mario Canzio, qui avait reconnu la non-application de l’article 48-bis du décret présidentiel n° 602 du 29 septembre 1973 — à savoir la vérification d’éventuels manques à leurs obligations fiscales avant tout versement public supérieur à 5 000 euros — aux subventions culturelles, en raison de leur intérêt public prépondérant. À la suite de la nouvelle orientation communiquée le 19 mars 2025 par le Bureau central du budget du ministère de l’Économie et des Finances auprès du MiC, les directions générales du Spectacle, du Cinéma et de l’Audiovisuel ont soudainement commencé à appliquer l’article 48-bis également aux subventions culturelles. Il s’agit d’une pratique à considérer comme juridiquement infondée et gravement préjudiciable au développement et à la continuité des activités culturelles, qui a entraîné des dizaines de suspensions de paiements et de procédures de saisie. « La question est désormais portée à l’attention du Parlement, avec des propositions et des résolutions présentées tant à la Chambre des députés qu’au Sénat par des représentants de différents courants politiques. L’ordonnance du juge Messina reconnaît la spécificité des financements affectés à des fins culturelles et réaffirme la nécessité de ne pas sacrifier des projets d’intérêt public au profit d’une application mécanique des procédures de recouvrement. Il s’agit d’une affirmation concrète de l’exception culturelle et du rôle central que la Constitution reconnaît à la promotion de la culture ».

« La décision du tribunal de Rome », déclare Matteo Orfini, député du Parti démocrate et membre de la commission de la culture de la Chambre des députés, « représente une avancée importante car elle affirme un principe de grande portée : les ressources publiques destinées à la protection et à la promotion de la culture doivent pouvoir atteindre leur objectif d’intérêt général et ne pas être détournées par des contraintes qui en empêchent l’utilisation. Il s’agit d’un arrêt qui offre une plus grande sécurité aux acteurs du secteur et renforce la protection des activités culturelles financées par des ressources publiques ».

« Je tiens à saluer l’ordonnance du tribunal de Rome qui reconnaît l’insaisissabilité des subventions culturelles affectées à des projets spécifiques. Il s’agit d’une décision historique qui applique les mesures de protection prévues par le décret « Culture » que nous avons soutenu et qui assure la sécurité du secteur », souligne le président de la commission de la culture de la Chambre des députés, Federico Mollicone. « Depuis longtemps, nous défendons au Parlement la nécessité de préserver la spécificité de ce secteur. Cette décision confirme notre position : les financements affectés à des projets culturels répondent à un intérêt public et constitutionnel prépondérant et ne peuvent être bloqués. Au sein de la commission de la Culture, nous examinerons prochainement les résolutions en la matière. »

« J’ai présenté une résolution en commission afin de garantir la pleine protection des subventions du ministère de la Culture destinées à des activités d’intérêt public », déclare le député du M5S Gaetano Amato. « La résolution a été inscrite à l’ordre du jour, nous avons déjà procédé à un premier examen et j’espère qu’elle sera également approuvée par la majorité dès la semaine prochaine. D’ailleurs, le tribunal de Rome a rendu un arrêt historique qui va exactement dans ce sens, en reconnaissant l’insaisissabilité, dans ce cas précis, des fonds destinés à la promotion cinématographique et audiovisuelle. C’est une décision qui renforce la protection des ressources publiques destinées à la culture et qui constitue un repère important pour les organismes qui œuvrent chaque jour à la mise en valeur de notre patrimoine culturel ».

Décision historique du tribunal de Rome : les subventions du MiC destinées à la culture ne sont pas saisissables
Décision historique du tribunal de Rome : les subventions du MiC destinées à la culture ne sont pas saisissables



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