Le vol d'une œuvre d'Antonello da Messina : ce que l'on sait pour l'instant


Ce que l'on sait pour l'instant du vol de l'œuvre d'Antonello da Messina au Musée régional de Messine : les alarmes et la vidéosurveillance fonctionnaient, quatre gardiens étaient en service et le parquet enquête sur les circonstances du vol.

Que savons-nous à ce jour du vol des tableaux d’Antonello da Messina au Musée régional « Maria Accascina » (MuMe) de Messine ? Quatre tableaux ont été dérobés au musée : le panneau central du polyptyque de Saint-Grégoire, représentant la Vierge à l’Enfant sur le trône, les panneaux représentant l’ange annonciateur et la Vierge annoncée, ainsi que le panneau opis-grafe (panneau biface, peint des deux côtés) représentant la Vierge à l’Enfant bénissant et un franciscain en adoration au recto, et un Christ en pitié au verso. Dans leur fuite, les voleurs ont abandonné les deux volets latéraux du polyptyque, représentant les saints Grégoire et Benoît, qui ont déjà été retrouvés par les autorités.

Hier, en début d’après-midi, la directrice du musée, Marisa Mercurio, a accordé une interview à Sky Tg24 et Mediaset, afin de réaffirmer que le musée était « parfaitement équipé en matière d’alarmes, de dispositifs de sécurité et de surveillance par les gardiens » et qu’ « il n’est absolument pas vrai qu’il n’y avait pas de dispositifs de surveillance et de sécurité ». À la question de savoir si personne n’avait rien remarqué, la directrice a répondu que le musée s’était rendu compte du vol un peu plus tard, car « la police a retrouvé deux panneaux du polyptyque à l’extérieur du périmètre du musée, et est donc venue au musée pour rapporter ces deux panneaux ». L’un des journalistes a demandé comment il était possible que, malgré la présence des gardiens, personne n’ait rien remarqué, et Mme Mercurio s’est contentée de répondre que « la justice et les autorités compétentes enquêtent actuellement sur ce point. Nous ne savons encore rien de l’enquête ». La directrice a par ailleurs déclaré ne pas savoir si l’alarme s’était déclenchée normalement : cet élément fait également l’objet d’un examen de la part des enquêteurs. Toujours selon les déclarations de la directrice, quatre employés étaient présents au musée au moment du vol. Le vol aurait été constaté par la direction du musée vers 21 h 50 samedi soir, alors que la police était déjà sur place.

Antonello da Messina, Polyptyque de saint Grégoire : Vierge à l'Enfant ou du Rosaire entre les saints Grégoire et Benoît, l'ange annonciateur et la Vierge (1473 ; panneau, 170 x 203 cm ; Messine, Musée régional Accascina)
Antonello da Messina, Polyptyque de saint Grégoire : Vierge à l’Enfant ou du Rosaire entre les saints Grégoire et Benoît, l’Ange annonciateur et la Vierge annonciée (1473 ; panneau, 170 x 203 cm ; Messine, Musée régional Accascina)

Dans un communiqué diffusé samedi matin, le président de la Région sicilienne, Renato Schifani, a non seulement souligné que la Région « assure déjà la plus grande collaboration avec la magistrature et les forces de l’ordre, en mettant à disposition tout élément utile à l’enquête », mais il a également tenu à souligner un aspect important : « Il convient de préciser que l’alarme et le système de vidéosurveillance du musée ont fonctionné normalement. Les enregistrements vidéo et les autres données recueillies sont déjà examinés par les enquêteurs et pourront contribuer à reconstituer le déroulement des faits et à identifier les responsables ». En somme, le vol aurait eu lieu alors que les systèmes d’alarme fonctionnaient parfaitement, selon les déclarations de la directrice et du président.

La police a, entre-temps, interrogé les quatre gardiens qui se trouvaient dans le musée au moment du vol (ils avaient pris leur service vers 19 h 30), lesquels ont déclaré n’avoir rien remarqué. Selon la reconstitution des enquêteurs, les voleurs seraient entrés dans le musée en écartant les barreaux métalliques de la grille extérieure de l’établissement. Les modalités selon lesquelles ils ont emporté les tableaux feront l’objet d’une enquête plus approfondie après visionnage des images enregistrées par les caméras de surveillance internes du musée, qui ont déjà été saisies par le parquet : on peut toutefois d’ores et déjà affirmer que l’une des deux œuvres, le tableau à double face, se trouvait à l’intérieur d’une vitrine blindée qui a été détruite. L’opération a duré au total deux ou trois minutes, et c’est précisément la rapidité des voleurs qui a sans doute été déterminante pour la réussite du vol. Les voleurs ont ensuite, comme indiqué, abandonné deux panneaux du polyptyque, probablement parce qu’ils étaient trop encombrants (il s’agit en effet d’œuvres sur bois de taille moyenne) : abandonnés à l’extérieur du musée, ils ont été repérés par des passants, qui ont donné l’alerte et permis leur récupération par la police. Dans cette affaire, les images enregistrées par les caméras situées à l’extérieur du musée permettront de faire la lumière sur les modalités de la fuite et sur l’éventuelle utilisation de moyens de transport. L’enquête est menée par le parquet de Messine, qui poursuit des personnes pour l’instant inconnues pour le délit de vol aggravé d’œuvres d’art ( article 518-bis, alinéa 2, du Code pénal), les enquêtes étant coordonnées par le procureur en chef Antonio D’Amato et confiées à la brigade mobile de la préfecture de police ainsi qu’aux carabiniers du Nucleo Tutela Patrimonio Culturale.

Antonello da Messina, Tableau à double face, recto, Vierge à l'Enfant et un franciscain (1465-1470 ; tempera sur bois, 16 x 11,9 cm ; Messine, Musée régional Accascina)
Antonello da Messina, Tableau à double face, recto, Vierge à l’Enfant et un franciscain (1465-1470 ; tempera sur bois, 16 x 11,9 cm ; Messine, Musée régional Accascina)
Antonello da Messina, Tableau à deux faces, verso, Le Christ en pitié (1465-1470 ; tempera sur bois, 16 x 11,9 cm ; Messine, Musée régional Accascina)
Antonello da Messina, Tableau à double face, verso, Le Christ en pitié (1465-1470 ; tempera sur bois, 16 x 11,9 cm ; Messine, Musée régional Accascina)

Selon les informations relayées par le journal local MessinaToday, l’alarme se serait déclenchée normalement, mais elle aurait pu être prise pour une fausse alerte: c’est l’une des hypothèses sur lesquelles travaillent actuellement les enquêteurs. Selon le journal, cette circonstance est ressortie des premiers interrogatoires du personnel et devra être vérifiée à l’aide des données du système d’alarme, des enregistrements des caméras de surveillance et de la reconstitution des procédures mises en œuvre le soir du vol. Quant aux raisons du vol, on ne peut pour l’instant qu’émettre des hypothèses, mais ce qui est certain, c’est qu’il s’agit d’œuvres invendables: ce sont en effet des pièces immédiatement reconnaissables, impossibles à écouler normalement sur le marché de l’art.

L’Association nationale des historiens de l’art – AStArte, dans un communiqué diffusé hier après-midi, a attiré l’attention sur la formation du personnel: « Le cœur du problème soulevé par l’AStArte réside dans l’inadéquation entre les compétences requises et la formation du personnel. Ces agents n’ont pas été sélectionnés dans le cadre de procédures de concours spécialement conçues pour le secteur du patrimoine culturel, et n’ont pas non plus reçu une formation adaptée à la délicatesse des tâches de surveillance requises dans un musée. À ce manque de spécialisation s’ajoute le problème des effectifs : l’effectif est souvent insuffisant par rapport aux besoins des institutions. La confirmation de cette précarité de gestion est venue, il y a quelques mois, d’une circulaire du Département régional du patrimoine culturel, qui a dû intervenir d’urgence sur les plannings de service précisément pour tenter de pallier les graves difficultés de couverture du service ».

Les associations du secteur réclament quant à elles davantage de contrôles et de sécurité. Italia Nostra Sicilia, outre le fait de qualifier ce vol de « préjudice extrêmement grave pour le patrimoine culturel sicilien et national », demande que les systèmes de sécurité du musée et de tous les établissements siciliens soient renforcés : « La protection ne peut se limiter à la conservation, à la mise en valeur et à l’accès au public : elle doit avant tout garantir la protection concrète des biens qui appartiennent à la collectivité ». Même demande de la part de l’association culturelle « Lamba Doria », qui réclame la mise en place d’une table ronde entre le gouvernement régional, le département du patrimoine culturel et les institutions nationales afin de discuter du renforcement des effectifs, de la sécurité, de la la vidéosurveillance, les protocoles d’astreinte nocturne, ainsi que la révision des plans de sécurité des musées, des sites archéologiques et des lieux culturels.

Le vol d'une œuvre d'Antonello da Messina : ce que l'on sait pour l'instant
Le vol d'une œuvre d'Antonello da Messina : ce que l'on sait pour l'instant



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