Claudio Ridolfi : une exposition se transforme en laboratoire de recherche


À Corinaldo, une exposition propose une réévaluation de l'œuvre de Claudio Ridolfi, entre nouvelles attributions et relecture du contexte corinaldais. Le récit de son commissaire, Andrea Bruciati.

Pendant plus de trente ans, le catalogue des œuvres de Claudio Ridolfi dans les Marches est resté pratiquement inchangé. Aujourd’hui, une exposition organisée à Corinaldo nous oblige en revanche à revoir les attributions, les contextes et même le rôle que ce peintre véronais a joué dans la culture artistique des Marches au XVIIe siècle. Quatre nouvelles attributions, quatre œuvres issues de l’atelier identifiées et la mise au jour d’un ensemble de boiseries du XVIIe siècle : tels sont les résultats les plus significatifs qui ressortent de l’exposition « Mirabilia Marche : chefs-d’œuvre, greffes, hybridations entre public et privé à l’époque de Claudio Ridolfi », organisée à la collection d’art dédiée au peintre à Corinaldo. Des résultats qui permettent aujourd’hui de réévaluer le rôle de Claudio Ridolfi (Vérone, vers 1570 – Corinaldo, 1644) dans les Marches grâce à de nouvelles acquisitions documentaires et attributives.

Plus de trente ans après le dernier recensement exhaustif consacré à l’artiste, publié en 1994, de nombreuses œuvres conservées sur le territoire de Corinaldo attendaient encore une vérification systématique. C’est de ce besoin qu’est né le projet qui a accompagné l’exposition, lançant ainsi une révision globale du corpus local de Ridolfi. L’exposition s’est ainsi transformée en un véritable laboratoire de recherche, capable de mettre en dialogue les œuvres, les sources d’archives et les enquêtes de terrain. Il en ressort l’image d’un contexte artistique particulièrement dynamique et d’une relation profonde entre le peintre et ses commanditaires locaux durant la longue période qu’il a passée dans les Marches, de 1615 jusqu’à sa mort. La méthode de travail a combiné recherche archivistique, examen direct des œuvres et étude de leur état de conservation, démontrant ainsi que l’activité d’exposition peut produire des résultats concrets, y compris en matière de protection et de mise en valeur du patrimoine.

Mise en scène de l'exposition « Mirabilia Marche. Chefs-d'œuvre, fusions et hybridations, entre vie publique et vie privée à l'époque de Claudio Ridolfi »
Mise en place de l’exposition
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Mirabilia Marche. Chefs-d’œuvre, greffes et hybridations, entre public et privé à l’époque de Claudio Ridolfi
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Mise en scène de l'exposition « Mirabilia Marche. Chefs-d'œuvre, fusions et hybridations, entre vie publique et vie privée à l'époque de Claudio Ridolfi »
Aménagements de l’exposition
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Mirabilia Marche. Chefs-d’œuvre, greffes et hybridations, entre public et privé à l’époque de Claudio Ridolfi
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Mise en scène de l'exposition « Mirabilia Marche. Chefs-d'œuvre, fusions et hybridations, entre vie publique et vie privée à l'époque de Claudio Ridolfi »
Aménagements de l’exposition
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Mirabilia Marche. Chefs-d’œuvre, greffes et hybridations, entre public et privé à l’époque de Claudio Ridolfi
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Les sources et la dispersion du patrimoine

D’importants témoignages documentaires contribuent à mettre en lumière la présence de Ridolfi sur le territoire, notamment un registre napoléonien de 1813 et la « Note sur les tableaux et peintures remarquables » rédigée par le gouvernement de Corinaldo le 1er juillet 1851. Ces sources attestent de l’existence historique d’au moins onze tableaux pouvant être attribués avec certitude à l’artiste ou à son cercle, restituant ainsi l’image d’une présence répandue dans le tissu religieux et civil de la ville.

L’étude a également dû faire face à des absences. Certaines œuvres répertoriées dans les sources du XIXe siècle sont en effet introuvables, comme la Sainte-Anne qui se trouvait autrefois dans l’église Saint-François ou le gonfalon à double face de Saint-Pierre. Leur disparition témoigne de l’ampleur des dispersions qui ont affecté le patrimoine de la ville au fil des siècles et a rendu nécessaire un travail de reconstitution documentaire afin de les réintégrer dans l’histoire artistique locale.

L’ensemble de Santa Maria del Piano

Parmi les découvertes les plus importantes figure l’appareil en bois provenant de l’église de Santa Maria del Piano, datant d’environ 1629. Initialement située dans l’abside, cette structure abritait une Vierge à l’Enfant vénérée du XIVe siècle, aujourd’hui conservée à la Galerie nationale des Marches. Cet ensemble constitue un exemple significatif d’intégration entre architecture, sculpture et peinture. Ce n’est pas un hasard s’il peut être assimilé à ces « vagues ensembles et peintures précieuses » avec lesquelles Vincenzo Maria Cimarelli célébrait l’œuvre de Claudio Ridolfi en 1642.

D’un point de vue formel, l’ensemble s’organise selon une hiérarchie décorative précise. La partie inférieure conserve une fonction essentiellement architecturale, tandis que le fronton supérieur accueille une peinture plus libre et raffinée. Dans cette zone, ce sont surtout les deux anges situés au sommet qui se distinguent, caractérisés par des couleurs douces et lumineuses. Ce sont précisément ces anges qui offrent certains des éléments les plus intéressants pour l’attribution. Leurs caractéristiques trouvent en effet des parallèles convaincants avecl’Ange annonciateur du musée de Castelvecchio et avecle Couronnement de la Vierge de Morro d’Alba, œuvres qui confirment le lien avec le langage figuratif de Ridolfi.

Le programme iconographique continue également de susciter l’intérêt des chercheurs. Gabriele Barucca a proposé d’identifier les figures comme des allégories de la Foi et de la Charité, les interprétant ainsi dans le cadre des vertus théologales. Plus récemment, Dario Cingolani a quant à lui suggéré une lecture liée au culte marial, y reconnaissant une suppliant et une allégorie de la fertilité. La commande de l’œuvre semble remonter au rectorat d’Andrea Veronica, figure centrale de la vie religieuse et culturelle de Corinaldo au XVIIe siècle.

Claudio Ridolfi, Vierge à l'Enfant avec les saints Jean-Baptiste et Joseph (troisième décennie du XVIIe siècle ; huile sur toile, 128 x 85 cm ; Tivoli, collection privée)
Claudio Ridolfi, Vierge à l’Enfant avec les saints Jean-Baptiste et Joseph (troisième décennie du XVIIe siècle ; huile sur toile, 128 x 85 cm ; Tivoli, collection privée)
Claudio Ridolfi, Deux anges et deux figures allégoriques, détail (vers 1629 ; structure en bois, 298 x 197 cm ; Corinaldo, Santa Maria del Piano)
Claudio Ridolfi, Deux anges et deux figures allégoriques, détail (vers 1629 ; structure en bois, 298 x 197 cm ; Corinaldo, Santa Maria del Piano)

Dévotion et modèles figuratifs

Un autre témoignage significatif est le fragment conservé dans la sacristie de l’église Sainte-Anne, vestige d’une Vierge du Rosaire de plus grande taille réalisée au cours de la deuxième décennie du XVIIe siècle. Malgré son état de conservation précaire, qui a rendu nécessaire une restauration lancée à l’occasion de l’exposition, le tableau conserve une valeur historique et documentaire remarquable.

La comparaison avec les versions réalisées à Arcevia en 1614 et à Candelara entre 1627 et 1628 montre que Ridolfi recourait à des modèles bien établis sans jamais se limiter à une simple répétition mécanique. Chaque œuvre était en effet adaptée aux exigences du commanditaire et aux caractéristiques de l’espace destiné à l’accueillir, produisant ainsi des résultats différents tout en s’inscrivant dans un même schéma iconographique.

L’un des résultats les plus significatifs sur le plan de l’attribution concerne toutefois le « Crucifix expirant » de l’église Saint-François, datable vers 1615. Déjà attribuée à Ridolfi par Marisa Baldelli en 1977, cette peinture occupe aujourd’hui une place centrale dans la compréhension de l’évolution stylistique de l’artiste.

L’œuvre révèle une confrontation directe avec les modèles de Federico Barocci, en particulier avec les crucifix conservés au musée du Prado et dans l’église du Crucifix d’Urbania. Ridolfi simplifie toutefois la composition en supprimant le paysage et en isolant la figure du Christ sur un fond sombre, concentrant ainsi l’attention sur la dimension émotionnelle et spirituelle de la scène. Le rendu lumineux de la chair et la délicate modulation chromatique témoignent d’une assimilation totale de l’enseignement baroque.

Claudio Ridolfi, « Le Crucifié expirant », détail (vers 1615 ; huile sur toile, 178 x 135 cm ; Corinaldo, église Saint-François)
Claudio Ridolfi, Crucifix expirant, détail (vers 1615 ; huile sur toile, 178 x 135 cm ; Corinaldo, San Francesco)

Nouvelles attributions et perspectives muséales

C’est précisément au cours du travail de comparaison entrepris pour l’exposition qu’est apparue la possibilité de réinterpréter un petit Christ crucifié expirant conservé à la Pinacothèque municipale de Corinaldo. L’analyse approfondie de l’œuvre, mise en parallèle avec le Crucifix expirant bien plus monumental de San Francesco, a mis en évidence une série d’affinités stylistiques et techniques suffisantes pour permettre son attribution à Ridolfi. Datant de la deuxième décennie du XVIIe siècle, l’œuvre se distingue par la qualité de son exécution et par la définition raffinée du paysage.

Outre ce noyau d’œuvres autographes, les recherches ont également permis d’identifier quatre tableaux attribuables à l’atelier, qui constituent des contributions précieuses pour comprendre les modalités d’organisation de l’atelier de Ridolfi et la diffusion de ses modèles figuratifs sur le territoire des Marches.

L’un des effets les plus concrets de l’exposition concerne par ailleurs le sort de la Vierge à l’Enfant avec les saints Jean-Baptiste et Joseph ( troisième décennie du XVIIe siècle). L’œuvre, exposée comme pièce maîtresse du parcours d’exposition, fait aujourd’hui l’objet d’une démarche visant à son acquisition par les pouvoirs publics. Son intégration dans la collection municipale contribuerait à renforcer le parcours permanent consacré à la peinture du XVIIe siècle, en offrant un nouveau point de référence pour l’interprétation de l’activité de Ridolfi à Corinaldo.

Un chantier toujours en cours

L’expérience de l’exposition démontre que l’œuvre de Ridolfi ne peut être considérée comme un ensemble définitivement clos. Au contraire, les nouvelles attributions, les œuvres retrouvées et les questions encore en suspens confirment l’importance de la recherche sur le territoire en tant qu’outil essentiel à la connaissance historico-artistique.

Dans cette perspective, Claudio Ridolfi apparaît comme un trait d’union entre la tradition vénitienne, la culture d’Urbino et la dévotion des Marches. Dans le même temps, Corinaldo n’apparaît plus seulement comme le lieu qui conserve ces œuvres, mais comme le contexte qui a favorisé leur naissance, leur diffusion et, aujourd’hui, leur nouvelle interprétation. C’est dans cette relation entre patrimoine, recherche et territoire que le projet de Corinaldo trouve sa signification la plus large.



Andrea Bruciati

L'auteur de cet article: Andrea Bruciati

Andrea Bruciati (Corinaldo, 1968), storico dell'arte, critico d'arte e curatore, si è laureato in conservazione dei beni culturali presso l'Università degli studi di Udine con una tesi su Lucio Fontana e Piero Manzoni e da allora ha indirizzato le sue ricerche sull'arte del Novecento e sull'arte contemporanea. Nel 2002 è stato nominato direttore della galleria comunale d'arte contemporanea di Monfalcone[1] e dal 2009 al 2012 è stato ideatore del format On Stage all'interno della rassegna scaligera ArtVerona di cui diviene direttore artistico dal gennaio 2013 al febbraio 2017. Dal marzo 2017 al maggio 2025 è stato alla guida dell'istituto autonomo del Ministero della Cultura "Villæ" (nome che lui stesso ha dato all'ente nel 2018), e che include, tra gli altri siti, Villa Adriana e Villa d'Este a Tivoli. A Tivoli ha organizzato convegni su Leonardo da Vinci, Adriano, Nerone, la natura antiquaria del giardino storico, ha ideato il Villae Film Festival, Extravillae.


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