Shim Moonseup à Venise, à Ca' Faccanon la sculpture qui met la nature au centre


À la Biennale de Venise 2026, l'artiste coréenne Shim Moonseup présente "Harnessed From Nature", une rétrospective diffuse retraçant plus de cinquante ans de recherche sur l'anti-sculpture, la matière et la pensée écologique.

À Venise, l’artiste coréen Shim Moonseup présente son exposition personnelle Harnessed From Nature, dans les espaces historiques de Ca’ Faccanon, dans le sestiere de San Marco. L’exposition durera jusqu’au 30 septembre 2026. Le projet d’exposition, conçu et dirigé par Sim Eunlog en tant que commissaire et réalisateur de films AI, propose une lecture large et stratifiée de l’œuvre de Shim Moonseup, figure centrale de l’art contemporain coréen et l’un des protagonistes du mouvement de l’avant-garde coréenne (AG). Actif depuis la fin des années 1960, l’artiste a développé une recherche qui a cherché à redéfinir le concept même de sculpture, introduisant la notion d’“anti-sculpture” comme un dépassement de l’idée traditionnelle de forme finie et d’objet fini.

L’exposition vénitienne rassemble des œuvres créées sur une période de plus de cinquante ans, notamment des sculptures, des peintures et des installations qui témoignent de l’évolution d’un langage artistique fondé sur un abandon progressif de l’anthropocentrisme au profit d’une vision écocentrique et processuelle de la matière. L’exposition s’inscrit également dans le contexte de la participation internationale de l’artiste qui, tout au long de sa carrière, a pris part à de grandes expositions mondiales, notamment la Biennale de Paris dans les années 1970, la Biennale de São Paulo, la Biennale de Sydney et une exposition collatérale à la Biennale de Venise en 1995.

Le titre Harnessed From Nature introduit une réflexion centrale sur la nature de la relation entre l’homme et l’environnement, qui est réinterprétée non pas en termes de domination ou d’exploitation, mais comme la coexistence de forces autonomes. Dans la pensée de l’artiste, la nature n’est pas une matière passive, mais un système actif doté d’énergie, de temps et de capacité de transformation. L’artiste se définit dans ce sens non pas comme un créateur, mais comme un “conditionneur”, celui qui crée les conditions pour que les processus naturels se manifestent de manière autonome.

Shim Moonseup, Relation (Place) (1972 ; pierre, papier, 300 x 148 x 135 cm)
Shim Moonseup, Relation (Place) (1972 ; pierre, papier, 300 x 148 x 135 cm)
Shim Moonseup, Thoughts on Clay (2010 ; terre cuite, 8 pièces, 120 x 240 cm)
Shim Moonseup, Thoughts on Clay (2010 ; terre cuite, 8 pièces, 120 x 240 cm)
Shim Moonseup, Wood Deity (1991 ; bois, 180 x 154 x 25 cm)
Shim Moonseup, Wood Deity (1991 ; bois, 180 x 154 x 25 cm)
Shim Moonseup, Wood Deity (1986 ; bois, 40 x 192 x 27 cm)
Shim Moonseup, Wood Deity (1986 ; bois, 40 x 192 x 27 cm)
Shim Moonseup, Wood Deity (1989 ; bois, 190 x 234 x 30 cm)
Shim Moonseup, Wood Deity (1989 ; bois, 190 x 234 x 30 cm)

Dans l’exposition, les éléments primaires tels que la terre, la pierre, le bois, l’eau et la lumière ne sont pas traités comme des matériaux à modeler, mais comme des présences actives qui interagissent les unes avec les autres, générant des formes en devenir. La sculpture n’est donc pas conçue comme un résultat final, mais comme un processus ouvert, dans lequel la dimension temporelle devient une composante essentielle de l’œuvre.

L’un des éléments présentés dans l’exposition est l’œuvre à grande échelle Re-present de 2010, faite de bambou, de bois et de moniteur, qui synthétise les recherches de l’artiste sur le dialogue entre les matériaux naturels et les dispositifs technologiques. L’œuvre fait partie d’un parcours plus large qui voit Shim Moonseup questionner la relation entre la matière organique et les systèmes contemporains de représentation, en mettant en relation la tradition sculpturale et les langages technologiques.

Le projet d’exposition à Ca’ Faccanon n’est pas une rétrospective au sens traditionnel du terme, mais une réinterprétation critique de l’ensemble de la carrière de l’artiste à la lumière des urgences contemporaines. En effet, le dialogue entre l’art, l’écologie et la technologie joue un rôle central, en particulier en ce qui concerne les transformations induites par l’expansion de l’intelligence artificielle et la crise environnementale mondiale croissante. Dans ce contexte, le travail de Shim Moonseup propose de repenser les catégories de la production, de la vitesse et de l’efficacité, en favorisant plutôt une temporalité lente, circulaire et relationnelle.

Selon la lecture curatoriale, le concept de “harnaché” n’implique aucune forme de contrôle de la nature, mais plutôt l’activation de conditions minimales qui permettent aux processus naturels de s’exprimer de manière autonome. Cette approche implique un changement radical du rôle de l’artiste, qui n’intervient plus en tant qu’auteur dominant mais en tant que facilitateur des relations entre les éléments matériels et environnementaux.

Les recherches de Shim Moonseup s’inscrivent également dans un dialogue international avec des mouvements tels que le Mono-ha, l’Arte Povera et le Land Art, tout en conservant une spécificité liée à la pensée philosophique et à la tradition esthétique de l’Asie de l’Est. Dès ses premières expériences, l’artiste a en effet remis en question la sculpture en tant qu’objet fermé, proposant à la place une pratique basée sur les relations entre la matière, l’espace et le temps.

Shim Moonseup, Metaphor (1996 ; bois et acier, 172 x 102 x 33 cm)
Shim Moonseup, Metaphor (1996 ; bois et acier, 172 x 102 x 33 cm)
Shim Moonseup, Re-present (2025 ; bois, acier, laque, nacre, 230 x 202 x 65 cm)
Shim Moonseup, Re-present (2025 ; bois, acier, laque, nacre, 230 x 202 x 65 cm)
Shim Moonseup, The Presentation (2008 ; acier, pierre, électricité, 122 x 244 x 30 cm)
Shim Moonseup, The Presentation (2008 ; acier, pierre, électricité, 122 x 244 x 30 cm)
Shim Moonseup, Re-present (2010 ; bambou, bois, moniteur, 245 x 262 x 150 cm)
Shim Moonseup, Re-present (2010 ; bambou, bois, moniteur, 245 x 262 x 150 cm)
Shim Moonseup, La présentation (2022 ; 582 x 224 cm)
Shim Moonseup, The presentation (2022 ; 582 x 224 cm)

Tout au long de sa carrière, Shim Moonseup a reçu d’importantes récompenses internationales, notamment le prix d’excellence lors de la deuxième exposition du Grand Prix Henry Moore en 1981 et la nomination au titre de Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres par la République française en 2007. Il a également été le premier artiste coréen à organiser une exposition personnelle au Jardin du Palais-Royal à Paris, à l’invitation du ministère français de la culture.

La dimension spatiale de l’exposition vénitienne joue un rôle fondamental. Ca’ Faccanon n’est pas conçue comme un simple conteneur d’exposition, mais comme un environnement actif dans lequel les œuvres sont en relation avec l’espace architectural et le mouvement des visiteurs.

Les œuvres sont disposées dans l’espace comme des présences qui n’exigent pas une interprétation immédiate, mais plutôt une forme d’écoute et d’observation prolongée. En ce sens, l’exposition propose une redéfinition du rôle du spectateur, qui n’est plus un sujet extérieur appelé à décoder le sens de l’œuvre, mais une présence immergée dans un système de relations matérielles et temporelles.

Le projet s’inscrit également dans un contexte plus large de réflexion sur la relation entre l’art contemporain, la technologie et la crise écologique. La coexistence entre l’intelligence artificielle et les transformations environnementales devient la toile de fond conceptuelle sur laquelle se développe la proposition de Shim Moonseup, qui évite toute forme de rhétorique écologiste pour se concentrer sur une expérimentation esthétique de la relation entre la nature et la culture. L’exposition est donc conçue comme une enquête sur la manière dont la sculpture peut être repensée aujourd’hui, au-delà des catégories anthropocentriques qui ont traditionnellement défini ses limites. À travers sa pratique, l’artiste propose une vision dans laquelle la matière n’est jamais statique, mais toujours en transformation, et dans laquelle le temps devient un élément constitutif de l’œuvre elle-même.

Shim Moonseup à Venise, à Ca' Faccanon la sculpture qui met la nature au centre
Shim Moonseup à Venise, à Ca' Faccanon la sculpture qui met la nature au centre



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