Vingt ans de Rolli à Gênes. Le conseiller Montanari s'exprime : "Le site de l'UNESCO est la propriété de tous".


Le site UNESCO "Le Strade Nuove e il sistema dei palazzi dei Rolli di Genova" fête son vingtième anniversaire : pour le conseiller municipal Giacomo Montanari, il ne doit cependant pas s'agir d'un label touristique ou d'un atout économique. Si l'on n'a pas conscience qu'il s'agit d'un atout pour tous, il ne sera jamais un élément important pour l'avenir de la ville. Dans cette interview, il explique quelle est la véritable importance de ce site.

Le site UNESCO “Le Strade Nuove e il sistema dei palazzi dei Rolli di Genova” fête son vingtième anniversaire : pour l’élu à la culture Giacomo Montanari, il ne doit cependant pas s’agir d’un label touristique ou d’un atout économique. En effet, si l’on n’a pas conscience qu’il s’agit d’un atout pour tous, il ne sera jamais un élément important pour l’avenir de la ville : c’est ce qu’il nous dit dans cet entretien, dans lequel il explique la véritable importance de ce site. Giacomo Montanari a suivi une formation en littérature classique à l’université de Gênes, puis s’est tourné vers la recherche en histoire de l’art, ce qui lui a permis d’obtenir un doctorat en histoire et conservation du patrimoine culturel artistique et architectural. Chercheur en histoire de l’art moderne à l’université de Gênes et conservateur des événements pour la valorisation du site UNESCO des Strade Nuove et du Sistema dei Palazzi dei Rolli pour le compte de la municipalité de Gênes, il occupe depuis 2025 le poste de conseiller pour la culture dans la capitale ligure. Sa carrière scientifique est profondément liée à la relation entre le patrimoine, le territoire et la communauté. Il a consacré de nombreuses études aux contextes culturels des XVIe et XVIIe siècles à Gênes, en se concentrant sur la dynamique du mécénat aristocratique, les collections de livres et les pratiques de collection d’art. Parallèlement, la sculpture italienne du XVIIe siècle et la grande peinture baroque constituent d’autres domaines centraux de sa recherche, auxquels il a consacré des contributions publiées dans des revues spécialisées de niveau international, telles que Paragone, Studi Secenteschi, Commentari d’Arte, Nuovi Studi et le Bollettino d’Arte. Personnalité alliant activité académique et engagement institutionnel, il a toujours été attentif à la relation entre les œuvres, les lieux et les communautés, avec une approche qui mêle recherche et diffusion. C’est dans cet esprit qu’il a été interviewé par Noemi Capoccia à l’occasion des Rolli Days (dont il est le créateur et le directeur scientifique) pour une réflexion sur la valeur du patrimoine de Gênes et ses possibles trajectoires futures : un dialogue qui traduit bien la continuité entre son travail d’universitaire et son rôle dans la valorisation de la ville.

Giacomo Montanari
Giacomo Montanari

NC. Parlons du vingtième anniversaire du site Unesco “Le Strade Nuove e il sistema dei palazzi dei Rolli di Genova” en commençant par l’initiative qui l’a rendu le plus célèbre : les Rolli Days. Plus de 70 000 visiteurs en trois jours, des visiteurs venus de 92 provinces italiennes et une présence internationalenotable: les chiffres des Journées Rolli ont désormais la dimension d’un grand événement culturel. Quelles sont les réalisations qui vous satisfont le plus et qui vous font dire que le travail accompli jusqu’à présent a vraiment changé la façon de raconter le patrimoine de Gênes ?

GM. Il y a deux chiffres principaux qui indiquent clairement le résultat positif de dix-sept années de travail, qui deviennent vingt si l’on considère le temps écoulé depuis la nomination à l’UNESCO. Les Rolli Days sont en effet nés en 2009, trois ans après cette reconnaissance. La première donnée concerne le public : malgré le fait que l’événement ait lieu au moins deux fois par an depuis plusieurs années, plus de 60% des participants sont de nouveaux visiteurs à chaque rendez-vous. Il s’agit donc d’un événement capable de renouveler constamment son public, tout en conservant un fort ancrage dans la population génoise. Le second fait est tout aussi important : les Journées des Rolli ne sont pas nées comme un événement de masse ni comme une initiative touristique, mais comme un retour conscient aux citoyens du patrimoine de l’UNESCO, comme l’indique le plan de gestion du site. C’est dans cette perspective que réside sa valeur la plus profonde. L’événement repose sur une approche fondée sur la recherche scientifique, la valorisation des territoires et la mise en réseau des compétences des spécialistes, dans le but d’établir une relation équilibrée entre les contenus historico-artistiques et la communauté qui vit la ville au quotidien. Le résultat est un public en constante évolution, mais caractérisé par un niveau de participation élevé et constant. Une part importante est constituée de citoyens liguriens, qui représentent plus de 50 % des participants, à côté d’une part croissante de visiteurs d’autres régions italiennes et d’Europe. Cette dynamique met en évidence une double fonction du patrimoine : d’une part, il devient un moteur de développement territorial, en redonnant conscience de la valeur de l’espace urbain et suburbain à ceux qui le vivent au quotidien ; d’autre part, il construit également des voies pour le tourisme, capables de générer une activité induite et de promouvoir un travail culturel qualifié, une question sur laquelle le pays devrait réfléchir plus profondément. Ces deux éléments réunis confirment une orientation claire : les citoyens continuent de reconnaître la valeur de l’initiative et, dans le même temps, l’événement s’est transformé en un véritable moteur de croissance pour la ville.

De nombreux Génois ont découvert les Palazzi dei Rolli précisément grâce aux Journées des Rolli. Il y a dix ou quinze ans, ils étaient presque inconnus du grand public. Quand vous êtes-vous rendu compte que le projet était en train de changer la relation entre la ville et son patrimoine ?

A un moment donné, une transition importante s’est opérée : ils ont commencé à nous contacter pour participer aux vernissages, alors que quelques années auparavant, c’étaient les autres qui fermaient la conversation lorsque nous les appelions. La raison est évidente : il s’agissait, et il s’agit toujours, d’entrer dans des espaces qui ne sont pas toujours destinés à un usage public. C’est l’une des caractéristiques qui rendent le site UNESCO de Gênes profondément différent de nombreux autres contextes italiens et européens. Ses biens sont de nature extrêmement hétérogène : certains sont publics, d’autres privés ; certains sont accessibles, d’autres sont normalement fermés. Il n’existe donc pas de modèle de gestion unique pour les Palazzi dei Rolli, mais une histoire de cas vaste et articulée. Dans ce contexte, demander aux propriétaires d’ouvrir leurs résidences à des milliers de visiteurs en quelques jours seulement a toujours été un défi majeur. Il s’agit d’accueillir un flux important de personnes dans des espaces qui n’ont pas été conçus pour cette fonction. Il s’agit sans aucun doute d’une invasion positive, mais qui reste complexe à gérer. C’est pour cette raison qu’un travail important a été nécessaire au début. Au fil du temps, nous avons mis en place des compétences solides et reconnaissables. D’une part, en termes de connaissances : c’est souvent nous qui avons fourni aux propriétaires des informations inédites, des études et des recherches sur leurs propres bâtiments. D’autre part, nous avons construit un système d’organisation avancé, tant au niveau de la sécurité que de la qualité des visites guidées. Le numéro fermé, avec réservation obligatoire, est non seulement un outil d’organisation, mais aussi une garantie de qualité. Il permet d’éviter les situations ingérables et d’assurer à chaque visiteur une expérience adéquate, calibrée en fonction des espaces et de leurs caractéristiques. C’est ainsi que la rencontre avec le patrimoine devient véritablement qualitative. Un autre élément décisif est représenté par les professionnels impliqués, en particulier les diffuseurs scientifiques, qui contribuent à construire une relation consciente entre le public et le contenu historico-artistique. Au fil du temps, ces facteurs ont également convaincu de nombreux propriétaires privés. Ils ont compris que le projet a une valeur idéale et qu’il est également durable et bénéfique pour tous. Participer, c’est contribuer à un retour concret du patrimoine dans la ville. Le véritable changement d’étape s’est produit lorsque les bâtiments ont commencé à être perçus comme l’image même de Gênes, comme l’expression d’une ville reconnue comme patrimoine de l’UNESCO et comme ville de culture. Bien sûr, le chemin a des racines plus lointaines. Les recherches d’Ennio Poleggi ont jeté les bases scientifiques du dossier de candidature, à un stade coïncidant avec la reconnaissance de Gênes comme capitale européenne de la culture en 2004. La nomination par l’UNESCO en 2006 a représenté une étape fondamentale, mais le travail de communication vers le monde extérieur restait à construire. En ce sens, le développement d’outils et de contenus, y compris numériques, a joué un rôle décisif dans la consolidation du projet et l’élargissement de sa portée.

Palais rouge
Palais rouge
Palais rouge
Palais rouge

2026 marquera le 20e anniversaire de la reconnaissance par l’UNESCO des Strade Nuove et des Palazzi dei Rolli. Après deux décennies, quel est le résultat le plus concret de cette reconnaissance pour la ville ?

Tout d’abord, l’acquis le plus important a été de susciter une prise de conscience différente, qui ne concerne pas seulement la conservation au sens strict du terme, mais aussi la recherche comme étape indispensable à la connaissance, et la valorisation comme forme concrète de partage. Ce n’est pas un hasard si, à l’occasion de ce vingtième anniversaire, la devise “Partager et Protéger” a été choisie. L’expérience a clairement montré que si le patrimoine n’est pas véritablement partagé, non seulement par les spécialistes, mais aussi par la communauté, sa protection (entendue à la fois comme conservation et comme connaissance) devient extrêmement difficile. L’idée s’est imposée que tous les éléments qui définissent l’approche d’un site UNESCO - recherche, éducation, valorisation, protection - sont des parties d’un seul système et non des zones. Cette vision est encore plus nécessaire lorsqu’il s’agit du patrimoine monumental. Si l’on n’a pas conscience que ces biens appartiennent à tout le monde, et si l’on ne construit pas d’outils pour les rendre accessibles aux différents niveaux de public, le travail reste incomplet. Il ne s’agit donc pas de biens à réduire à une simple attraction touristique ou à transformer en ressource économique. De même, ils ne peuvent être considérés comme le patrimoine exclusif des experts. Il s’agit avant tout d’un patrimoine culturel civique, partie intégrante de l’identité collective. La réalisation la plus importante est précisément celle-ci : avoir contribué à créer chez les Génois un sentiment d’appartenance et de fierté à l’égard de leur patrimoine. Un patrimoine qu’ils souhaitent désormais connaître et reconnaître comme un élément fondamental pour l’avenir de la ville. Dans cette perspective, Gênes peut s’imaginer comme une ville de culture et pas seulement à travers sa dimension industrielle plus récente. Une définition qui indique un lieu capable d’offrir quelque chose d’unique qui n’existe pas ailleurs et qui ne coïncide pas automatiquement avec celle d’une ville touristique. En effet, pour voir les palais de l’aristocratie génoise, il faut venir ici. Comme à Venise pour ceux qui veulent voir ses canaux.

Elle précise que l’objectif est de créer "un contact quotidien avec la culture". Maiscomment transformer un week-end d’ouverture des palais en une habitude culturelle pour ceux qui vivent à Gênes toute l’année ?

On nous a souvent demandé de rendre permanentes ces ouvertures généralisées. Une demande compréhensible, mais difficile à réaliser. Tout d’abord pour des raisons pratiques : beaucoup de ces lieux sont encore des espaces habités ou des lieux de travail et ne peuvent être ouverts en permanence sans compromettre leur fonction. Ensuite, l’important n’est pas la quantité d’ouvertures, mais la qualité de la relation qui se construit avec le patrimoine. Ce n’est pas le nombre d’occasions qui fait la différence, mais la capacité à offrir des outils qui permettent à chacun de développer sa propre manière d’aborder le patrimoine culturel. Lors des Journées Rolli, par exemple, les visites accompagnées par des vulgarisateurs scientifiques ne se contentent pas de raconter une histoire : elles tentent de donner des clés d’interprétation. L’objectif est de rendre le patrimoine compréhensible, accessible sur le plan culturel avant d’être physique. Dans cette perspective, l’habitude quotidienne de regarder devient centrale. Il s’agit d’apprendre à observer ce que l’on rencontre tous les jours. Comme le suggérait Robert Venturi, il faut s’entraîner à voir et à revoir, à reconnaître la valeur du patrimoine même dans les chemins les plus ordinaires. Dans des territoires comme la Ligurie, et en particulier à Gênes, la densité culturelle ne découle pas tant d’une quantité absolue de biens que d’une stratification dans un espace restreint : églises médiévales intégrées au tissu urbain, bâtiments baroques superposés à des structures plus anciennes, architecture historique intégrée à la vie quotidienne. Ce sont des lieux qui font partie du trajet vers le travail, de la routine quotidienne, mais qui restent souvent invisibles. Cette distance est en grande partie due à un manque d’outils. L’enseignement de l’histoire de l’art est aujourd’hui marginal et, par conséquent, il manque un vocabulaire commun pour lire le patrimoine. A cela s’ajoute un autre élément critique : de nombreux événements culturels, dont certaines expositions, finissent par créer de la distance au lieu de la proximité. L’œuvre est placée sur un piédestal, plus pour être vénérée que pour être comprise. Le contact quotidien avec la culture devrait au contraire produire l’effet inverse. Pour se sentir à l’aise dans un lieu culturel, il faut le comprendre : savoir ce que l’on regarde, pourquoi il a été fait, quel sens il peut avoir aujourd’hui. C’est dans cette direction que s’inscrit le travail développé autour du patrimoine de l’UNESCO, à travers les Journées Rolli, mais aussi des activités éducatives, des rencontres, des séminaires et des collaborations avec le système muséal de la ville. Le système muséal représente en effet l’infrastructure permanente sur laquelle construire une relation continue avec le public, d’autant plus dans une ville où de nombreux musées coïncident avec les Palazzi dei Rolli eux-mêmes. La confrontation consiste donc à reconstruire une familiarité généralisée. Nombreux sont ceux qui déclarent ouvertement qu’ils ne possèdent pas les outils nécessaires pour comprendre une œuvre ou un bâtiment. C’est ici qu’apparaît une responsabilité précise : développer des parcours de médiation culturelle efficaces, capables de fournir à chacun une boîte à outils pour interpréter le patrimoine. En ce sens, la référence est aussi constitutionnelle. L’accès au patrimoine culturel ne se réduit pas à la possibilité d’entrer dans un lieu, gratuitement ou non. L’accès, c’est aussi la compréhension. Sans outils d’interprétation, l’expérience reste superficielle et indistincte, d’où l’idée, très répandue dans le passé, que “vu un, on les voit tous”. Reconnaître les différences, saisir les spécificités, attribuer une valeur : tout cela requiert des compétences qui doivent être partagées. C’est précisément dans cette direction que se situe la tentative de construire une médiation culturelle véritablement inclusive, capable de restituer le patrimoine à la communauté de manière pleine et consciente.

Selon vous, la culture ne doit pas être traitée comme un “champ pétrolifère” à exploiter pour le tourisme. Les Journées Rolli ont connu un grand succès auprès du public : comment concilier le risque du tourisme de masse et la qualité de la communication?

C’est une question très importante, notamment parce qu’elle touche à un point central du débat sur le patrimoine culturel. Ces dernières années, j’ai souvent réfléchi au concept de “dépôt culturel”, une métaphore que je considère comme profondément problématique. Un gisement, par définition, est quelque chose que l’on exploite jusqu’à épuisement, puis que l’on quitte. Appliquer cette logique au patrimoine culturel, c’est introduire, même inconsciemment, une idée d’extraction qui risque de l’endommager de manière irréversible. Ce point de vue est aujourd’hui tellement ancré qu’il est entré dans le langage courant. Elle se traduit par des questions apparemment anodines telles que : "Pourquoi ne gagnez-vous pas d’argent ? La question économique n’est pas à diaboliser, le ticket, par exemple, peut être un outil légitime, mais il doit être géré selon un principe d’équité : durable pour ceux qui peuvent se le permettre et abordable pour ceux qui sont en difficulté. La culture ne doit pas être égale pour tous, elle doit être juste. Le problème est cependant plus profond. Lorsque la valeur du patrimoine est mesurée exclusivement en termes numériques, une course sans fin au record est déclenchée. C’est pourquoi nous avons choisi d’inverser la perspective. Grâce au système de réservation, le nombre de visiteurs est connu à l’avance : il n’y a plus l’obsession de dépasser le chiffre de l’année précédente, car ce chiffre est déjà défini. C’est un changement de paradigme. À ce moment-là, la question devient autre : l’expérience proposée est-elle vraiment de qualité ? Entrer par centaines dans un espace confiné, faire face à des files d’attente interminables et découvrir le patrimoine dans des conditions de surpopulation peut-elle être considérée comme un moment culturel important ? La réponse, même de la part des visiteurs, est négative. La question centrale est donc celle de la durabilité. Quelle est la limite au-delà de laquelle le patrimoine cesse d’être utilisable de manière adéquate ? Comment assurer, en même temps, la préservation du patrimoine, une bonne expérience pour le public et un impact positif sur la ville ? L’équilibre réside précisément dans l’intégration de ces trois facteurs : un nombre suffisant de visiteurs, une protection efficace du patrimoine et des retombées économiques qui font vivre la région. C’est dans ce sens que nous avons travaillé. Et les résultats montrent que cette approche fonctionne. La ville accueille des flux répartis et gérés, sans encombrement ; les activités économiques bénéficient d’une présence constante et organisée ; l’expérience culturelle maintient un haut niveau de qualité. Tout cela démontre que la gestion des flux est possible, à condition d’adopter les outils adéquats. Au contraire, de nombreux phénomènes de surtourisme en Italie découlent précisément d’un manque de gestion. Nous intervenons souvent avec des mesures d’urgence, sans vision culturelle. C’est le cas de certaines politiques adoptées à Venise, où des instruments tels que des droits d’entrée élevés risquent de fonctionner davantage comme des barrières que comme des solutions structurelles, sans vraiment affecter la qualité de l’expérience ou la compréhension de la ville. Dans le cas des Journées Rolli, une approche différente a été choisie. Il n’y a jamais eu d’excès incontrôlé de flux, ni pendant l’événement, ni dans la gestion globale du patrimoine. En effet, l’objectif n’a jamais été de remplir, mais de régir. Il aurait été facile d’augmenter les chiffres, par exemple en doublant le nombre de visites, et la demande l’aurait certainement soutenu. Mais cela aurait compromis à la fois la préservation des sites et la qualité de l’expérience. Il s’agit donc de trouver un équilibre. Une expérience culturelle authentique nécessite du temps, de l’attention et des conditions appropriées. Si ces éléments font défaut, le risque est de transformer la visite en un passage rapide et superficiel, dépourvu de réelle compréhension. L’objectif reste de maintenir un équilibre entre la qualité de l’expérience et les bénéfices pour la ville. Les données montrent que cette orientation produit des résultats : continuité de la fréquentation, stabilité de la qualité de l’offre et réponse positive du public et des médias.

Palais Balbi Senarega
Palais Balbi Senarega
Palazzo Spinola, Galleria degli Specchi. Photo : C.A. Alessi
Palazzo Spinola, Galerie des miroirs. Photo : C.A. Alessi
Grotta Doria Pavese, Sampierdarena
Grotte de Doria Pavese, Sampierdarena

Dans vos différentes interventions,vous insistez sur la qualité de la diffusion. Dans ce type d’événements participatifs, comment éviter le risque de transformer un patrimoine complexe en consommation rapide ?

Gênes, de par sa nature même, n’est pas une ville où l’on se précipite. Elle demande du temps, de l’attention, la volonté d’être comprise. En un ou deux jours, on ne peut qu’en saisir la surface, qui souvent ne coïncide pas avec ses plus beaux aspects. D’où la nécessité de construire une relation plus profonde entre le patrimoine et le public. Dans cette optique, l’un des éléments centraux a été l’implication de personnalités hautement qualifiées. Nous avons choisi de travailler avec des personnes qui ont consacré leurs études au patrimoine culturel : diplômés universitaires, spécialistes, doctorants. Ils ont l’occasion de se mesurer à la diffusion scientifique et à la médiation culturelle dans un contexte réel. Ce modèle est encore rare en Italie. Il nécessite une structure organisationnelle solide et des compétences spécifiques, à commencer par les formateurs, qui doivent être des professionnels actifs dans le domaine des sciences humaines. De plus, il implique un engagement concret de la part des participants : savoir analyser les sources, construire des itinéraires de visite et interpréter des lieux qui n’ont souvent jamais été ouverts au public. La sélection se fait au niveau national, par le biais d’un appel à candidatures pour les diffuseurs de science. Le fait que plus de 40 % des participants viennent de l’extérieur de Gênes démontre l’attrait du projet et la vitalité des études d’histoire de l’art. Mais ce qui compte, c’est la méthode. En effet, l’objectif n’est pas de s’appuyer sur des récits anecdotiques ou des connaissances transmises de manière informelle, mais de construire un récit scientifique. Nous avons besoin de professionnels capables de lire le patrimoine, de l’interpréter et de le restituer de manière compréhensible, sans sacrifier à la rigueur. Cela dit, une certaine rhétorique simplificatrice, comme celle des “jeunes ciceroni”, qui risque de diminuer la complexité du travail de médiation culturelle, est également rejetée. La transmission du patrimoine requiert des compétences spécifiques et une préparation adéquate, et ne s’improvise pas. Le contexte italien présente une critique claire sur ce point. Même dans les parcours officiels, comme celui pour devenir guide touristique, une qualification conséquente n’est pas toujours exigée. Il s’agit d’une simplification qui risque d’appauvrir la qualité globale de l’offre culturelle, en favorisant la logique de l’accès rapide au marché plutôt que la construction de compétences solides. C’est pourquoi le modèle proposé met l’accent sur une diffusion scientifique de qualité, confiée à des personnalités qualifiées et soumise à un processus d’évaluation continu. Il ne suffit pas d’avoir un titre : il faut démontrer sur le terrain sa capacité à communiquer, à interpréter et à s’impliquer. Le travail est contrôlé, en valorisant ceux qui obtiennent des résultats élevés et en accompagnant ceux qui ont besoin d’une formation complémentaire. Il s’agit, par essence, d’une approche profondément pratique. Le patrimoine est connu, mais aussi par l’expérience directe : observer, comparer, vérifier les sources, développer un regard critique. Dans de nombreux cas, l’ouverture même des lieux a généré de nouvelles connaissances, en mettant en lumière des données inédites et en activant des processus de recherche. Cette intégration de l’étude et de la diffusion représente l’un des aspects les plus novateurs du projet. Elle pourrait également constituer une perspective concrète pour de nombreux jeunes professionnels qui, aujourd’hui, sont souvent confrontés à une alternative limitée : d’une part, la voie académique, qui est complexe et sélective ; d’autre part, le métier de guide touristique, qui répond à des logiques différentes. Dans d’autres pays européens, il existe une figure intermédiaire, le médiateur culturel, qui travaille en synergie avec les musées et les institutions comme un pont entre la conservation et le public. En Italie, cette figure peine encore à s’imposer.

Vous êtes passé du statut d’érudit et de vulgarisateur à celui de conseiller. Si vous regardez les Journées Rolli aujourd’hui en tant qu’administrateur, que voyez-vous que vous ne voyiez pas auparavant ?

Il n’est pas facile de répondre, car la relation avec le patrimoine a été si profonde et continue qu’il est encore difficile de s’en détacher. Ce qui semble plus clair aujourd’hui, c’est à quel point le patrimoine de l’UNESCO, avec tout ce qu’il implique en termes de conservation et de valorisation, est crucial pour l’avenir de la ville. Le potentiel qu’il peut exprimer pour Gênes est énorme et, dans une large mesure, encore inexploré. Ces dernières années, nous n’avons fait qu’effleurer la surface. Cette prise de conscience suscite des sentiments contradictoires : d’un côté l’enthousiasme, de l’autre un certain malaise. Après dix-sept ans de travail, réaliser que le voyage n’en est qu’à ses débuts, c’est être confronté à la profondeur et à la complexité d’un patrimoine qui n’a pas encore révélé toutes ses possibilités. Pendant longtemps, l’accent a été mis sur des aspects plus immédiats, comme l’organisation d’événements et la mesure des résultats en termes numériques. C’est la dimension la plus simple, mais aussi la plus limitative. Le risque est de tout réduire à une logique éphémère et festivalière, en perdant de vue la portée structurelle du patrimoine culturel. Il faut au contraire élargir la perspective. Le patrimoine ne peut être banalisé : il doit devenir partie intégrante d’une vision stratégique de la ville. En ce sens, le passage à une fonction administrative a imposé un changement de perspective. Alors que la position de l’universitaire permet une plus grande radicalité, l’administration consiste à faire converger des besoins différents, souvent complexes et parfois contradictoires. Une priorité claire est d’intégrer le patrimoine dans un système. Cela implique de travailler en synergie avec le système muséal, d’activer des politiques qui ont également un impact social, de la formation à l’insertion professionnelle, et de construire des partenariats solides avec les universités. Le nouveau plan de gestion va précisément dans ce sens : renforcer le réseau territorial et impliquer de manière structurée tous les acteurs présents. L’objectif est de construire des parcours de valeur qui produisent des effets à grande échelle, en commençant par les citoyens. La question de base reste la même : que reste-t-il pour les habitants de Gênes après ces expériences ? La réponse n’est jamais totalement mesurable, mais les signes sont clairs : participation, enthousiasme, désir de redécouvrir la ville comme un lieu de culture. D’où l’idée de rendre cette perception permanente, en transformant les espaces culturels en lieux vécus au quotidien. Le plan stratégique triennal se résume en une simple expression : “la culture est votre maison”. Plus qu’un slogan, il s’agit d’un objectif : encourager une participation généralisée et consciente à la vie culturelle. Bien entendu, cette vision n’exclut pas l’ouverture sur le monde extérieur. Il est important que la ville attire des visiteurs et que le tissu économique local en bénéficie. Mais cela doit s’intégrer dans un équilibre qui tienne compte de l’identité, de la qualité et du développement. Le fait que ces dynamiques produisent déjà des résultats, de manière synergique, permet d’imaginer une extension progressive du modèle, impliquant de plus en plus d’acteurs et élargissant l’impact sur le territoire.

Visiteurs des Journées Rolli, mars 2026. Photo : Andrea Comisi
Visiteurs aux Journées Rolli, mars 2026. Photo : Andrea Comisi
Visiteurs des Journées Rolli, mars 2026. Photo : Andrea Comisi
Visiteurs aux Journées Rolli, mars 2026. Photo : Andrea Comisi
Visiteurs des Journées Rolli, mars 2026. Photo : Andrea Comisi
Visiteurs aux Journées Rolli, mars 2026. Photo : Andrea Comisi

Les Rolli sont nés comme un système d’hospitalité publique dans les maisons privées de l’aristocratie génoise ; c’était une forme de diplomatie culturelle. Aujourd’hui, avec les Journées des Rolli, Gênes retrouve-t-elle cette fonction internationale ?

Je ne pense pas que l’on puisse attribuer tout le mérite aux Journées Rolli, mais il est clair qu’elles ont contribué à développer un regard plus conscient sur le patrimoine, en particulier d’un point de vue international. Gênes a joué un rôle extraordinaire au niveau industriel, une phase qui, au fil du temps, s’est transformée ou a partiellement pris fin. Ce qui n’a cependant pas été pleinement exploité, c’est la continuité de son tissu historique, son identité stratifiée et toujours vivante. Et c’est précisément là que se joue un jeu fondamental. Bien sûr, l’objectif n’est pas de transformer la ville en un système d’attractions, une sorte de parc à thème. Au contraire, la valeur de Gênes réside dans le fait qu’elle est restée une ville authentique, vécue au quotidien par ses habitants, avec toutes les complexités que cela comporte. Comme l’a fait remarquer Xavier Salomon, qui a également raconté Gênes dans une vidéo réalisée lors de son expérience au Metropolitan de New York, la différence avec des villes comme Venise ou Rome réside précisément dans cette authenticité : Gênes est encore une vraie ville. Il n’y a pas de séparation nette entre les espaces touristiques et les espaces de vie quotidienne, comme c’est le cas, par exemple, dans certains quartiers de Florence. Cet équilibre est une valeur à préserver. La décision de faire de Gênes une ville de culture produit également des résultats importants au niveau international. Les Palazzi dei Rolli ont fait l’objet d’articles dans des journaux tels que le New York Times, le Times et le Guardian, apparaissant comme une découverte inattendue par rapport aux récits plus stéréotypés liés à la ville. Contrairement à d’autres phénomènes, tels que les Cinque Terre, souvent associés à une dynamique de surtourisme, Gênes a été en mesure de proposer un modèle différent. Ce qui nous a frappés, ce n’est pas seulement la valeur des palais transformés en musées, mais aussi la présence d’espaces encore habités : des bâtiments historiques qui accueillent des activités, des restaurants, des maisons. Cette dimension engageante, dans laquelle le patrimoine continue à faire partie de la vie quotidienne, s’est avérée fructueuse. Il y a quelques années encore, on pensait que seuls les lieux entièrement restaurés et destinés au tourisme pouvaient être attractifs. Aujourd’hui, une autre perspective se dessine : c’est précisément la vitalité du patrimoine qui suscite l’intérêt. Dans un contexte international de plus en plus saturé de destinations construites exclusivement pour les visiteurs, le désir d’expériences authentiques s’accroît. Les villes perçues comme trop touristiques suscitent souvent des frustrations. C’est pourquoi le véritable défi consiste à faire en sorte que Gênes reste une ville conçue avant tout pour ses habitants. Seule une ville où il fait bon vivre, où la qualité est élevée et qui est importante pour ses citoyens peut devenir une destination culturelle appréciée au niveau international.

L’une des nouveautés les plus intéressantes de cette édition est l’ouverture de lieux normalement invisibles, tels que la Grotta Doria Pavese. Dans quelle mesure le lieu caché ou moins connu compte-t-il aujourd’hui dans l’histoire du patrimoine ? Les Rolli fonctionnent-ils aussi parce qu’ils promettent quelque chose qui reste habituellement fermé ?

Probablement oui. La rhétorique du “secret” et du “caché” continue d’être l’un des principaux moteurs de la communication. Quoi qu’il en soit, il est important de clarifier certains aspects. Dans le cas de la Grotte Pavese d’Oria, par exemple, il y avait très peu de places disponibles, environ trois cents, précisément parce qu’il s’agit d’un environnement extrêmement fragile qui nécessite une attention particulière. Il s’agit en fait d’un travail de sensibilisation. Depuis au moins deux ans, les Rolli Days ont lancé un véritable SOS pour ces lieux monumentaux : il y en a très peu à Gênes, seulement cinq conservés, souvent dans un état qui n’est pas optimal. De plus, il s’agit de propriétés privées, qui nécessitent des interventions importantes et ne peuvent être soutenues uniquement par des ressources publiques. Dans ce contexte, l’ouverture de la grotte, rendue possible grâce à la volonté des propriétaires et du ministère, qui s’occupe des travaux de restauration, a également été l’occasion d’une restitution. Après avoir soulevé la question de la protection, il était important de permettre au public de comprendre concrètement la valeur de ces espaces. La rhétorique du lieu secret répond en effet à une dimension presque voyeuriste, qui guide d’ailleurs souvent le récit journalistique. C’est un levier puissant, mais que j’essaie d’utiliser avec prudence, en évitant qu’il ne devienne le seul élément d’intérêt. Ce ne sont pas toujours les endroits les moins accessibles qui sont les plus beaux, ni ceux sur lesquels les recherches sont les plus approfondies. Mais à côté de cet aspect, un fait plus intéressant apparaît : le désir très répandu de redécouvrir des espaces qui font partie du tissu historique quotidien, en particulier dans le centre historique. De nombreux bâtiments apparemment ordinaires cachent une stratification complexe : des palais du XVe siècle transformés au cours des siècles suivants, avec d’importants éléments architecturaux à peine visibles de l’extérieur. La redécouverte de ces lieux a une valeur culturelle, urbaine et sociale. Elle permet de réactiver des parties critiques de la ville, en offrant un récit positif et en redonnant une place centrale à des contextes souvent marginalisés. En ce sens, même l’élément de “secret”, s’il est utilisé de manière équilibrée, peut devenir un outil utile : un moyen d’attirer l’attention sur des questions plus profondes, telles que la conservation, dans le cas des grottes, ou la récupération et le présidium culturel du territoire, comme cela s’est produit avec des bâtiments tels que le Palazzo Brancaleone Grillo ou le Palazzo De Franchi alla Posta Vecchia. L’objectif reste de déplacer le regard : de la fascination superficielle pour l’inaccessible à une compréhension plus consciente du patrimoine.

Cette année, les Rolli Days ont également dialogué avec la musique, avec des flash mobs dédiés à Gino Paoli dans les palais historiques. Quel effet cela fait-il de voir l’écriture de chansons entrer dans les espaces de l’aristocratie génoise ? Est-ce une façon de sortir les Rolli d’une dimension trop muséale ?

À l’occasion du 25e anniversaire de la mort de Fabrizio De André, les Journées Rolli ont été la seule initiative institutionnelle à consacrer une édition entière à sa figure. Le titre, Sacré et profane. Ballade pour Gênes, rend bien l’intention : relier les lieux de la ville liés à sa poétique à une lecture historico-artistique, en faisant dialoguer des dimensions apparemment éloignées. Une image en particulier résume cette approche : l’Immacolata Lomellini réinterprétée avec un halo violet. Une intervention qui aurait pu sembler provocante, mais qui a été accueillie avec enthousiasme dans la sphère ecclésiastique. Cela montre que les liens entre les différentes langues, la musique, l’art, la littérature, sont souvent plus naturels qu’on ne le pense. Le patrimoine, après tout, possède cette capacité : être toujours contemporain de lui-même, inclure, accueillir, générer de nouvelles significations. Ce n’est pas un système fermé, c’est au contraire un espace ouvert à de multiples interprétations. C’est ce que démontrent également des expériences plus expérimentales, telles que l’inclusion de la musique contemporaine, voire de la techno, dans des espaces historiques. À première vue, cela peut sembler exagéré, mais en pratique, cela fonctionne, car le patrimoine a une force propre qui dépasse les catégories rigides dans lesquelles nous essayons souvent de l’enfermer. En effet, la dimension musicale a toujours fait partie intégrante de ces lieux. Dans les palais et les villas génoises des XVIe et XVIIe siècles, peints à fresque par des artistes tels que Giovanni Battista Carlone ou Giovanni Andrea Ansaldo, on trouve fréquemment des scènes avec des musiciens, des loggias et des espaces de représentation. La musique faisait partie de la vie sociale et représentative de ces milieux. Retrouver cette dimension, c’est restaurer une perception plus complète des lieux. Il n’est pas nécessaire de recourir à des reconstitutions théâtrales ou à des déguisements : ce qui compte, c’est de réactiver une relation sensorielle avec l’espace, de permettre au visiteur de l’imaginer dans sa fonction d’origine. Dans cette perspective, même des pratiques comme écouter de la musique, vivre les espaces de manière plus informelle, ou, lorsque c’est possible, introduire des moments de convivialité, ne représentent pas une banalisation, mais un retour à la nature plurielle de ces espaces. Le point fondamental est la qualité. Il n’y a pas de langues incompatibles avec le patrimoine, il y a plutôt des façons plus ou moins conscientes de les utiliser. Dépasser les barrières idéologiques entre le haut et le bas, entre l’ancien et le contemporain, c’est redonner de la vitalité au patrimoine.

Visiteurs des Journées Rolli, mars 2026. Photo : Andrea Comisi
Visiteurs des Journées Rolli, mars 2026. Photo : Andrea Comisi
Visiteurs des Journées Rolli, mars 2026. Photo : Andrea Comisi
Visiteurs aux Journées Rolli, mars 2026. Photo : Andrea Comisi
Visiteurs des Journées Rolli, mars 2026. Photo : Andrea Comisi
Visiteurs aux Journées Rolli, mars 2026. Photo : Andrea Comisi

Ces dernières années, il a été question d’une éventuelle candidature du cimetière monumental de Staglieno, l’un des lauréats de l’appel à propositions 2025 de la FAI - Les lieux du cœur, en tant que site du patrimoine de l’UNESCO. Les Rolli peuvent-ils devenir un modèle pour d’autres grands patrimoines de la ville ?

Les Rolli peuvent certainement devenir un modèle pour la narration d’autres patrimoines de la ville et, en partie, ils l’ont déjà été. Les inaugurations consacrées au cimetière monumental de Staglieno, par exemple, ont suivi précisément l’approche culturelle et populaire des Journées des Rolli. Il s’agit en fait d’un modèle évolutif, applicable à différents contextes du patrimoine italien. Les Journées de l’Oltregiogo, qui concernent des territoires de la Ligurie, du Bas-Piémont et de la Lombardie, en sont un bon exemple : bien qu’elles se développent dans un système diffus et non urbain, elles reprennent les éléments fondamentaux de la méthode, de la centralité de la diffusion scientifique à la réservation des visites, de l’attention portée à la qualité de l’expérience au soin apporté à la communication. Ce qui change, ce sont les lieux et les contenus, mais pas l’approche. Et c’est justement là le problème : le patrimoine monumental nécessite une méthode solide et cohérente, capable de s’adapter sans perdre en qualité. En Italie, cette prise de conscience devrait devenir centrale, car ce n’est qu’ainsi que le patrimoine peut être transformé en une véritable ressource pour le développement territorial. Cette vision se reflète également dans les politiques culturelles internationales. Le processus de candidature à l’UNESCO du cimetière monumental de Staglieno s’inscrit dans une logique différente de celle du passé. L’UNESCO oriente de plus en plus ses candidatures vers des systèmes en réseau, capables de relier plusieurs lieux et contextes, plutôt que vers des urgences isolées. Dans cette perspective, nous travaillons également avec le Cimetière Monumental de Milan pour construire une possible alliance européenne entre les cimetières monumentaux, dans le but de présenter une candidature commune.

Si vous deviez imaginer les Journées Rolli dans 20 ans, que changeriez-vous ?

Tout d’abord, j’espère que l’approche des gens a changé entre-temps. Qu’il y ait eu une plus grande prise de conscience du fait que ce sont les lieux, dans leur ensemble, qui redonnent tout leur sens aux œuvres d’art, et non leur extraction de leur contexte pour les confiner exclusivement dans des musées ou des expositions, où elles finissent par être simplement vénérées. D’où une conséquence fondamentale : notre approche ne peut qu’être orientée vers la protection non seulement de l’objet d’art, mais aussi du territoire, du paysage et du tissu urbain. C’est une vision qui se reflète à la fois dans les indications de l’UNESCO et dans les principes de notre Constitution. Le patrimoine s’appauvrit lorsqu’une ville est transformée en un ensemble d’espaces commerciaux temporaires, conçus uniquement pour la consommation touristique, ou lorsque l’expérience culturelle est réduite à une offre superficielle. Mais le dommage est encore plus profond lorsque le capital humain impliqué dans la recherche, la protection et la mise en valeur est affaibli : les chercheurs, les fonctionnaires, les universités, les surintendances. Il est absurde, par exemple, de valoriser quelques grands chefs-d’œuvre isolés et de laisser à l’abandon des contextes extraordinaires répartis sur tout le territoire, des retables d’Alvise Vivarini dans les zones les moins centrales aux sculptures de Pietro Bernini ou de Filippo Parodi conservées dans les villas de la Riviera ligure, en passant par les œuvres de Brea dans les petites villes difficiles d’accès. Si cette extraordinaire densité diffuse du patrimoine italien, unique au monde, n’est pas valorisée, l’un des éléments les plus caractéristiques du pays est perdu. De même, si la qualité de l’enseignement italien dans le domaine des disciplines historico-artistiques et la nécessité d’une diffusion scientifique structurée et compétente ne sont pas reconnues, le risque est celui d’un appauvrissement progressif du système. L’espoir est donc que Gênes continue sur la voie qu’elle a empruntée, en plaçant le patrimoine de l’UNESCO au centre, comme facteur de développement et d’ouverture. Un patrimoine qui amplifie les possibilités de la ville : en termes culturels, économiques, éducatifs et identitaires. Et surtout, que ce modèle puisse s’étendre, en impliquant le reste du pays dans une réflexion globale sur la relation entre le patrimoine, la recherche et la valorisation culturelle.



Noemi Capoccia

L'auteur de cet article: Noemi Capoccia

Originaria di Lecce, classe 1995, ha conseguito la laurea presso l'Accademia di Belle Arti di Carrara nel 2021. Le sue passioni sono l'arte antica e l'archeologia. Dal 2024 lavora in Finestre sull'Arte.


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