L’action est rapide et indolore, le résultat immédiat et réconfortant sous la magnifique voûte de la Chapelle Sixtine. Le voile blanc qui s’est exclusivement épaissi sur le Jugement dernier de Michel-Ange, opacifiant les 391 figures peintes par le maître entre 1536 et 1541, s’enlève d’un coup d’éponge. Ou plutôt, simplement en passant de l’eau déminéralisée sur la double couche de papier japonais appliquée à la surface de la fresque par les restaurateurs du musée du Vatican. Deux minutes d’attente et le tour est joué : anges et démons, damnés et bienheureux, saintes apparitions et figures divines retrouvent, comme par enchantement, la teinte de la peinture posée par Buonarroti pour donner corps et vie au projet voulu par le pape Clément VII et réalisé par Paul III.
En effet, les figures du Jugement dernier, réalisées “in buon fresco” avec d’indispensables ajouts “à sec” par Michel-Ange lui-même, retrouvent la couleur qui est réapparue il y a trente et un ans, après que les 181 mètres carrés de surface murale ont été restaurés par l’équipe de restaurateurs du Vatican dirigée par Gianluigi Colalucci. Cette équipe, qui comprenait également Maurizio Rossi, Piergiorgio Bonetti et Bruno Baratti, a réussi en quatre ans à éliminer les couches de fumée noire produites par les cierges rituels et celles des colles animales répandues au fil des siècles pour raviver les couleurs ternes du mur de l’autel. Et ce, après avoir déjà mis la main (de 1981 à 89) sur les fresques noircies de Michel-Ange sur la voûte. Cette dernière intervention a fait taire, sur la base de preuves scientifiques irréfutables, la vive polémique soulevée par l’historien de l’art américain James Beck (1930-2007) qui, soutenu par des artistes d’outre-Atlantique comme Andy Warhol etdes artistes d’outre-Atlantique comme Andy Warhol et Robert Rauschenberg, allant jusqu’à demander l’arrêt des travaux de restauration, était convaincu qu’avec le décrassage et les repeints posthumes, les ombres noires et charbonneuses exécutées par Michel-Ange lui-même et, plus généralement, le sens plus plastique que coloriste de ses cycles de la Sixtine, seraient perdus.
Ce chantier de 1980-1994 fut véritablement la restauration du siècle et valut à Colalucci deux diplômes honorifiques, celui de l’Université de New York en 1991 et celui de l’Université polytechnique de Valence en 1995. L’intervention qui ne concerne plus que le Jugement (et qui, financée par le Chapitre de Floride des Mécènes du Musée du Vatican, a commencé en février et s’achèvera à Pâques) est bien plus un simple cas d’“entretien extraordinaire”. C’est ce qu’affirme le communiqué du Saint-Siège. C’est ce que ne cesse de souligner la directrice des Musées du Vatican, Barbara Jatta, bien contente d’obtenir le maximum de résultats avec le minimum d’efforts et à l’abri des doutes légitimes ou des critiques spécieuses. "La patine blanche qui masquait le Jugement, alors qu’on ne le voyait bien qu’en s’approchant du mur, tandis qu’à distance la vision de l’œuvre était globalement acceptable, nous a alertés“, explique l’universitaire romaine en charge des collections de l’Oltretevere depuis 2017. ”Nous avons introduit une sonde dans l’interstice séparant le mur de la fresque du mur situé derrière, afin d’exclure la présence d’une infiltration. Et nous avons pu constater qu’il s’agissait de lactate de calcium, c’est-à-dire du produit de la transpiration des visiteurs de la Chapelle Sixtine. Le remède était très simple et le résultat est là“. Pendant ce temps, à côté de Barbara Jatta, la restauratrice Angela Cerreta procède au nettoyage d’une des ”giornate" (les 456 couches d’enduit utilisées par Michel-Ange) du Jugement dernier: la feuille est retirée lentement, facilement, et tout le lactate de chaux reste piégé dans le papier mouillé.
Fabio Morresi, chef du Cabinet de recherche scientifique du Vatican, précise ensuite le blanchiment réversible qui a fait craindre des phénomènes similaires causés par le salpêtre, beaucoup plus dangereux : “Le lactate de calcium est un sel qui s’est stratifié uniquement sur la surface extérieure de la peinture et qui est très soluble dans l’eau : cette caractéristique physico-chimique permet de l’enlever facilement, en garantissant une interaction minimale avec les pigments sous-jacents. L’eau ne raye même pas les quelques parties peintes ”à sec“ par Michel-Ange, par exemple la figure de la couronne d’épines superposée aux différents ”jours“ de la fresque, car il s’agit de couleurs ”aujourd’hui polymérisées et mélangées à l’origine avec de la chaux mélangée au pigment pour rendre le mélange plus résistant", explique Cerreta.
L’“entretien extraordinaire” inventé par le Vatican est un oxymore efficace. L’exceptionnalité réside précisément dans la banalité de l’opération, en laissant le sentiment de crainte et d’émerveillement définir exclusivement l’œuvre d’art traitée, "le Dies Irae de la renaissance mourante“ selon la définition heureuse de Deoclecio Redig de Campos qui, dans le sillage du geste impérieux du Christ-Juge, soulignait en 1959 : ”La nouvelle fresque marque, en la dépassant, la limite du pouvoir expressif de la forme “classique”, atteinte par Michel-Ange lui-même dans le cycle de la Genèse, vingt-cinq ans plus tôt [...]. L’équilibre ancien n’est plus possible".
Les responsables actuels de l’opération de nettoyage ont trouvé leur chemin pavé et facilité par la restauration, à bien des égards extraordinaire, effectuée par leurs prédécesseurs il y a plus de trente ans : le directeur général des monuments, musées et galeries pontificaux, le professeur Carlo Pientrangeli (1912-1995) ; l’historien de l’art qui dirigeait le département d’art byzantin, médiéval et moderne du Vatican, Fabrizio Mancinelli (1940-1994) ; le restaurateur en chef des peintures des musées du Vatican, Gianluigi Colalucci (1929-2021). “J’étais alors la dernière stagiaire du musée”, raconte Barbara Jatta en rappelant les origines du personnel, “alors que Fabio Morresi travaillait déjà au Cabinet de recherche scientifique qu’il dirige aujourd’hui [nda : Nazzareno Gabrielli] et que Paolo Violini était un simple ”garçon d’atelier“ dans le grand chantier de la Sixtine, alors qu’il est aujourd’hui le restaurateur en chef du Laboratoire de restauration des peintures et des matériaux en bois des Musées du Vatican”. La référence à la terminologie d’une entreprise de la Renaissance n’est pas déplacée, car c’est le propre de l’équipe vaticane de combiner les savoirs anciens, les remèdes secrets de la tradition des ateliers et les apports scientifiques de la technologie moderne.
Tandis que la foule des visiteurs continue de se presser et de se clamer en regardant vers le haut pour admirer le récit de la Genèse sur la voûte, l’échafaudage qui recouvre entièrement le mur de l’autel est lui-même recouvert d’une bâche qui reproduit pour le public l’intégralité du Jugement dernier. Derrière cet écran photographique transparent, les douze restaurateurs de l’équipe du Vatican évoluent rapidement et silencieusement. Et ce sont les mêmes collègues (par coïncidence, les mêmes que les apôtres) qui, à la fin du siècle dernier, ont restitué à ce chef-d’œuvre les relations chromatiques originales de la tradition maniériste, le libérant ainsi de l’obscurité dont Goethe parlait dans son Voyage en Italie: “Le 2 février, note le grand écrivain allemand le 16 février 1786, nous sommes allés à la Chapelle Sixtine pour assister à la cérémonie de la bénédiction des cierges... les cierges, qui noircissent depuis trois siècles ces fresques stupéfiantes, et voici l’encens, qui, avec un saint effronterie, est le plus beau des symboles.l’encens qui, avec une sainte effronterie, non seulement enveloppe de vapeurs l’unique soleil de l’art, mais d’année en année le ternit de plus en plus et finit par le plonger dans l’obscurité”.
Au lieu du crépuscule, c’est maintenant l’aube brumeuse due à l’acide lactique des milliers de visiteurs de la Chapelle Sixtine (en 2025, ils étaient sept millions) qui a obscurci le Jugement sacré, provoquant, comme le souligne Paolo Violini, “une atténuation des valeurs de clair-obscur et l’altération conséquente de la lisibilité chromatique de la fresque”. Comme dans le chantier achevé en 1994, des historiens de l’art, des directeurs de musée et des maîtres restaurateurs sont parfois présents pour assister au nettoyage et à l’analyse de l’état de conservation de la fresque, afin de partager l’émotion de voir de près le chef-d’œuvre peint pour le pape Farnèse, qui versait à Michel-Ange 1 200 ducats par an. Fabrizio Mancinelli écrivait d’ailleurs fièrement en 1990 : “La chapelle a toujours été ouverte aux visiteurs et le pont [ndlr : celui de la voûte] a été conçu de manière à ne couvrir qu’une petite partie de la surface peinte à fresque pour permettre de suivre l’évolution du processus de nettoyage. Et le public a toujours été admis sur le pont, nécessairement limité aux spécialistes dont les indications précieuses ont toujours été fournies”.
Le long des escaliers et sur la charpente métallique de la structure agile montée en une semaine par une entreprise de Vicence, l’échange entre l’académie et l’art de la restauration, les connaisseurs et les maîtres, la théorie et la pratique, est mis en scène. Ainsi, l’occasion de l’entretien extraordinaire offre la possibilité de mieux étudier la technique et les significations de la peinture de Buonarroti. Fabrizio Biferali, conservateur du département d’art des XVe et XVIe siècles, souligne : "La vue rapprochée de la fresque du Jugement dernier confirme le changement de technique du maître florentin qui, vingt-cinq ans après la fin du cycle de la Sixtine sur la voûte, adopte un coup de pinceau plus rapide, avec de nombreuses parties exécutées directement sur l’enduit frais et en accélérant la vitesse d’exécution.Il accélère la vitesse d’exécution en partant du haut des lunettes avec les anges portant les instruments de la Passion pour descendre en direction de la scène infernale derrière l’autel, rétrécissant également les figures vers le bas afin d’obtenir un équilibre perspectif".
Certaines parties seront épargnées par le nettoyage de l’équipe Violini, comme l’avait fait Colalucci au siècle dernier, en conservant des portions minimes de pellicule de peinture noircie, mais aussi, dans la tête de l’Ignudo à côté de la Sibylle persane, ce fragment de plâtre qui s’est détaché et a été réinséré par Carnevali en 1570 comme remplissage d’une fissure : le fragment original et intact, caché pendant des siècles dans le mortier, a prouvé sans l’ombre d’un doute que la fresque de Michel-Ange avait l’éclat des couleurs libérées de la colle et de la fumée noire. De même, la jambe et le pied d’un personnage se tenant à côté de la figure de saint Sébastien placée au-dessus de la porte d’entrée conserveront comme témoignage et souvenir ce que les restaurateurs ont appelé en souriant “la chaussette blanche”.
Là où le voile blanc de lactate de calcium a été enlevé, on voit mieux à la fois le pointillisme du carton avec la technique du spolvero et les ajustements effectués par Buonarroti, par exemple la ligne du côté gauche du Christ-Juge. Ou encore, l’invention de figures peintes en détail alternant avec d’autres à peine esquissées afin d’accentuer la profondeur de champ. Enfin, parmi les nombreuses nouveautés et confirmations, l’utilisation du gris de l’enduit comme fond pour différentes carnations, comme Michel-Ange l’avait fait, dans le sillage de Beato Angelico, avec l’œil d’Adam dans la Création du géniteur sur la voûte même de la chapelle Sixtine. Mais aussi l’utilisation d’un pinceau à plusieurs branches pour créer ce quadrillage de marques picturales de couleurs pures qui rappelle le coup de pinceau en sculpture.
En ce qui concerne la palette (“avec l’adoption cette fois du lapis-lazuli, de la laque, de l’orpiment et du giallorino, des couleurs plus riches et plus chères, excellentes pour imiter l’or et la brillance”, précise Biferali), l’œuvre de l’artiste est également un chef-d’œuvre dans l’utilisation des couleurs pures.Comme le souligne Biferali, le Jugement dernier enregistre un enrichissement par rapport à la palette juvénile utilisée pour le cycle de la Sixtine de 1508-1512, dont la partie finale exaltante, enfermée dans la figure du prophète Jonas et des personnages qui lui sont proches, ainsi que dans la fausse architecture de ce côté de la voûte, n’a pas subi l’inconvénient du lactate de calcium qui a obscurci la partition chromatique sous-jacente. Ce voile blanc n’apparaît pas non plus sur les murs peints à fresque dans les années 1580 par Botticelli, Signorelli, Ghirlandaio et leurs compagnons sur les côtés de la chapelle Sixtine (les scènes du mur de l’autel, peintes par le Pérugin, ont en revanche été fameusement détruites par Michel-Ange, ainsi que deux de ses lunettes de 1508-12, pour faire place au Jugement dernier) ; aussi parce que ces surfaces sont plus facilement accessibles et dépoussiérées par le personnel du Bureau du Conservateur, dirigé par Marco Maggi, responsable du plan d’entretien courant de la Cappella magna.
Mieux protégé (peut-être en raison de la légère inclinaison vers l’avant) de la sédimentation de la poussière qui pénètre dans la Sixtine malgré l’appareil technologique qui filtre l’air depuis 2014, le mur du Jugement , une fois le nettoyage terminé, sera soumis à de nouvelles analyses techniques et scientifiques qui suivront les analyses préventives qui ont duré dix-huit mois. La solution pour l’avenir pourrait être aussi simple que de l’eau et du papier japonais : une meilleure circulation de l’air. La réduction du flux de visiteurs ne prévoit en effet aucune autre éventualité. La Sixtine est admirée en dernier lors de la visite du Vatican, mais reste le centre d’intérêt principal des milliers de touristes qui visitent chaque jour le musée construit dans les chambres des papes.
L'auteur de cet article: Carlo Alberto Bucci
Nato a Roma nel 1962, Carlo Alberto Bucci si è laureato nel 1989 alla Sapienza con Augusto Gentili. Dalla tesi, dedicata all’opera di “Bartolomeo Montagna per la chiesa di San Bartolomeo a Vicenza”, sono stati estratti i saggi sulla “Pala Porto” e sulla “Presentazione al Tempio”, pubblicati da “Venezia ‘500”, rispettivamente, nel 1991 e nel 1993. È stato redattore a contratto del Dizionario biografico degli italiani dell’Istituto dell’Enciclopedia italiana, per il quale ha redatto alcune voci occupandosi dell’assegnazione e della revisione di quelle degli artisti. Ha lavorato alla schedatura dell’opera di Francesco Di Cocco con Enrico Crispolti, accanto al quale ha lavorato, tra l’altro, alla grande antologica romana del 1992 su Enrico Prampolini. Nel 2000 è stato assunto come redattore del sito Kataweb Arte, diretto da Paolo Vagheggi, quindi nel 2002 è passato al quotidiano La Repubblica dove è rimasto fino al 2024 lavorando per l’Ufficio centrale, per la Cronaca di Roma e per quella nazionale con la qualifica di capo servizio. Ha scritto numerosi articoli e recensioni per gli inserti “Robinson” e “il Venerdì” del quotidiano fondato da Eugenio Scalfari. Si occupa di critica e di divulgazione dell’arte, in particolare moderna e contemporanea (nella foto del 2024 di Dino Ignani è stato ritratto davanti a un dipinto di Giuseppe Modica).Avertissement : la traduction en français de l'article original italien a été réalisée à l'aide d'outils automatiques. Nous nous engageons à réviser tous les articles, mais nous ne garantissons pas l'absence totale d'inexactitudes dans la traduction dues au programme. Vous pouvez trouver l'original en cliquant sur le bouton ITA. Si vous trouvez une erreur,veuillez nous contacter.