Aucune nouvelle œuvre de Michel-Ange n'a été découverte à Rome


Hier, la nouvelle a fait le tour du monde de la prétendue découverte d'un nouveau Michel-Ange dans la basilique de Sant'Agnese fuori le Mura à Rome : malheureusement, il n'y a pas assez de détails pour que l'attribution soit valable. Il s'agit d'une hypothèse qui ne repose pas sur des éléments solides, du moins dans la mesure où elle a été présentée à la presse, et rien de plus. Les détails.

Ces dernières heures, l’attention de nombreux médias s’est focalisée sur un buste conservé dans la basilique de Sant’Agnese fuori le Mura à Rome, qui fait l’objet d’une proposition d’attribution à Michel-Ange. L’hypothèse, avancée par Valentina Salerno, qui se présente sur son site web comme écrivain, actrice, réalisatrice, pédagogue et historienne de la culture, a été présentée lors d’une conférence de presse hier matin et a rapidement gagné en visibilité dans les journaux généralistes et les reportages télévisés, relançant l’idée qu’une œuvre jusqu’ici méconnue du maître de la Renaissance pourrait se trouver dans la basilique romaine.

Selon la reconstruction de Salerno, le buste a été initialement conçu par Michel-Ange comme un portrait de Tommaso de’ Cavalieri, un personnage connu pour ses relations personnelles avec l’artiste, puis transformé en image du Salvator Mundi. À l’appui de cette thèse, le chercheur a établi un lien entre la sculpture et un dessin conservé à l’Ashmolean Museum d’Oxford. L’identification du visage avec celui de Tommaso dei Cavalieri reste toutefois problématique : à l’heure actuelle, en effet, il n’existe pas de portraits unanimement reconnus du noble romain : quelques hypothèses ont été émises à propos d’une feuille conservée au Musée Bonnat de Bayonne, en France, mais sans qu’un consensus définitif se soit dégagé parmi les chercheurs.

Sculpteur romain, Christ Sauveur (seconde moitié du XVIe siècle ; marbre ; Rome, Sant'Agnese fuori le Mura). Photo : Stefano Corso
Sculpteur romain, Christ Sauveur (seconde moitié du XVIe siècle ; marbre ; Rome, Sant’Agnese fuori le Mura). Photo : Stefano Corso
Sculpteur romain, Christ Sauveur (seconde moitié du XVIe siècle ; marbre ; Rome, Sant'Agnese fuori le Mura). Photo : Stefano Corso
Sculpteur romain, Christ Sauveur (seconde moitié du XVIe siècle ; marbre ; Rome, Sant’Agnese fuori le Mura). Photo : Stefano Corso
Michel-Ange, Tête idéale (1520-1525 ; sanguine sur papier, 205 x 165 mm ; Oxford, Ashmolean Museum)
Michel-Ange, Tête idéale (1520-1525 ; sanguine sur papier, 205 x 165 mm ; Oxford, Ashmolean Museum)
Artiste inconnu (peut-être Michel-Ange), Portrait présumé de Tommaso de' Cavalieri (seconde moitié du XVIe siècle ; craie sur papier ; Bayonne, musée Bonnat)
Artiste inconnu (peut-être Michel-Ange), Portrait présumé de Tommaso de’ Cavalieri (seconde moitié du XVIe siècle ; craie sur papier ; Bayonne, Musée Bonnat)

La reconstitution proposée inclut également une histoire possible du buste : l’œuvre serait restée en possession de Tommaso de’ Cavalieri et, après sa mort, aurait été transmise aux chanoines du Latran. L’entrée dans la basilique Sainte-Agnès remonterait à 1590, à l’initiative du cardinal Alessandro de’ Medici di Ottajano, futur pape Léon XI. À partir de ce moment, selon cette interprétation, la sculpture ne quitterait plus le complexe. Cependant, le matériel soumis à la presse manque de références solides qui pourraient attester à la fois l’identification du buste avec Tommaso de’ Cavalieri et la démarche décrite : aucun document n’est fourni pour étayer ce qui reste donc une hypothèse. La proposition de dater l’œuvre de 1534 soulève également d’autres questions : aucune explication n’est donnée quant à la raison pour laquelle le buste devrait être daté de cette année-là.

Certaines reconstitutions journalistiques ont également affirmé que l’œuvre était restée anonyme à l’époque napoléonienne afin d’éviter une éventuelle confiscation par les autorités françaises. Cependant, l’histoire de la sculpture de Sant’Agnese fuori le Mura semble beaucoup plus complexe. En effet, il existe une tradition d’attribution à Michel-Ange qui remonte au moins au XVIIIe siècle : le buste est mentionné dans une édition du XVIIIe siècle des Vies de Giorgio Vasari comme une œuvre du maître, et avant cela dans un texte de 1776 de Giosafatte Massari, Memorie della gloriosa Vergine e martire S. Agnese, dans lequel il parle d’une “tête du Sauveur, qui est prise par Buonarroti”. L’expression “prise de Buonarroti” ne signifie pas qu’elle appartient au maître ou qu’elle a fait partie de sa production ou de son héritage, mais qu’elle est basée sur un modèle de Michel-Ange. Au XIXe siècle, la sculpture était également connue des artistes et des voyageurs. Le peintre britannique Joseph Mallord William Turner l’a esquissée lors de son voyage en Italie en 1819 dans l’un de ses carnets, aujourd’hui conservé à la Tate. Dans les années qui suivirent, le sculpteur néoclassique allemand Emil Wolff en réalisa une copie, aujourd’hui conservée au château de Charlottenburg, et l’œuvre fut également mentionnée par l’écrivain Stendhal. Ces témoignages indiquent que le buste était connu et discuté dès les XVIIIe et XIXe siècles. L’existence d’une tradition d’attribution ancienne ne constitue cependant pas en soi une preuve concluante. En histoire de l’art, les attributions sont basées sur une combinaison de sources documentaires, d’analyses stylistiques et de comparaisons avec certaines œuvres. Il n’est donc pas rare que des œuvres longtemps considérées comme étant de la main d’un grand maître soient ensuite reconsidérées à la lumière de nouvelles recherches ou d’analyses plus approfondies.

C’est précisément l’analyse stylistique qui constitue l’un des points centraux du débat. Le visage du Christ du buste romain présente des similitudes avec celui du Christ Giustiniani, une œuvre réalisée par Michel-Ange entre 1514 et 1516. En même temps, des différences significatives sont évidentes : par rapport au modèle de Michel-Ange, la sculpture de sainte Agnès apparaît plus statique et conventionnelle, avec un rendu moins intense dans le modelé et le mouvement des traits.

Michel-Ange, Cristo Giustiniani (vers 1514-1516 ; marbre ; Bassano Romano, San Vincenzo). Photo : Fondation Frédéric II
Michel-Ange, Cristo Giustiniani (vers 1514-1516 ; marbre ; Bassano Romano, San Vincenzo). Photo : Fondation Frédéric II
Michel-Ange, Cristo Giustiniani, détail (vers 1514-1516 ; marbre ; Bassano Romano, San Vincenzo). Photo : Fondation Frédéric II
Michel-Ange, Cristo Giustiniani, détail (v. 1514-1516 ; marbre ; Bassano Romano, San Vincenzo). Photo : Fondation Federico II
William Turner, Deux esquisses de la tête du Christ à l'époque attribuée à Michel-Ange (1819 ; mine de plomb sur papier, 255 x 130 mm ; Londres, Tate)
William Turner, Deux esquisses de la tête du Christ à l’époque attribuée à Michel-Ange (1819 ; mine de plomb sur papier, 255 x 130 mm ; Londres, Tate)

Un autre élément de discussion concerne le comité scientifique qui accompagnerait la présentation de la découverte. Parmi les noms cités par Il Messaggero figurent d’éminents chercheurs et des personnalités institutionnelles : William Wallace, Hugh Chapman, Barbara Jatta, Pietro Zander, Alessandro Cecchi et Cristina Acidini. Mme Acidini, jointe par Finestre sull’Arte, nous a dit qu’elle n’avait pas vu le matériel proposé par Salerno et qu’elle ne ferait donc aucun commentaire. Chapman, Jatta et Wallace ont été entendus par l’Associated Press : Jatta a pris ses distances avec le comité, le British Museum a fait savoir que Chapman n’avait pas l’intention de commenter, tandis que Wallace, historien de l’art ayant publié des ouvrages sur Michel-Ange, le seul à avoir commenté la nouvelle, a contesté l’idée de l’existence d’un éventuel “trésor” d’œuvres de Michel-Ange.Ce dernier a contesté l’idée de l’existence d’un éventuel “trésor” d’œuvres de Michel-Ange, et a relevé de manière générale comment, au cours des dernières décennies, de nombreuses nouvelles attributions au maître ont été faites, souvent présentées comme des découvertes sensationnelles, mais rarement confirmées par le consensus de la communauté scientifique sur le long terme.

En effet, au cours du XXe siècle, plusieurs chercheurs avaient déjà remis en question l’attribution du buste de sainte Agnès à Michel-Ange. Dans une publication de 1924, Churches of Rome de Roger Thynne, on peut lire que dans une chapelle de l’église se trouve une sculpture qui “a été attribuée de façon répétée et insistante à Michel-Ange. Aucune preuve historique ne semble prouver l’exactitude de cette attribution et, d’un point de vue artistique, il n’y a pas la moindre raison de croire qu’elle est correcte. L’œuvre, qui n’est ni bonne ni mauvaise, manque trop d’individualité pour être reconnue comme autre chose qu’une œuvre indistincte du XVIe siècle”. Certaines hypothèses alternatives ont suggéré que la sculpture pourrait être l’œuvre d’un auteur anonyme ou, dans certains cas, du sculpteur du XVIIe siècle Nicolas Cordier. Aujourd’hui, cependant, on tend à considérer l’œuvre comme une sculpture d’origine romaine. En effet, dans la fiche du Catalogue général des biens culturels, dont la dernière mise à jour date de 2005, elle est répertoriée comme une œuvre “du style de Michel-Ange” de la seconde moitié du XVIe siècle. Le processus d’attribution artistique est en effet souvent complexe et sujet à révision : au fur et à mesure que les études progressent et que les connaissances s’élargissent, des œuvres considérées comme des chefs-d’œuvre de grands maîtres peuvent être reconsidérées, tandis que de nouvelles propositions d’attribution nécessitent des vérifications approfondies et une comparaison critique entre spécialistes. Des vérifications approfondies qui, dans le cas présent, ne semblent pas avoir eu lieu.

Aucune nouvelle œuvre de Michel-Ange n'a été découverte à Rome
Aucune nouvelle œuvre de Michel-Ange n'a été découverte à Rome



Avertissement : la traduction en français de l'article original italien a été réalisée à l'aide d'outils automatiques. Nous nous engageons à réviser tous les articles, mais nous ne garantissons pas l'absence totale d'inexactitudes dans la traduction dues au programme. Vous pouvez trouver l'original en cliquant sur le bouton ITA. Si vous trouvez une erreur,veuillez nous contacter.