La 49e édition d’Arte Fiera à Bologne s’ouvre sous le signe de l’intérêt et de la curiosité pour la passation de la direction artistique, qui voit Davide Ferri succéder à Simone Menegoi : le nouveau directeur a imprimé un nouveau rythme à la manifestation, bien que dans le sillage de la continuité opérationnelle garantie par Enea Righi. Sous le titre programmatique Cosa sarà (Ce qui sera), la foire ne se contente pas de célébrer sa longévité, mais tente de tracer les coordonnées d’un futur possible pour la collection italienne, en se déplaçant avec agilité entre la solidité du XXe siècle historique et les pulsations des dernières générations. Le regard dans les deux pavillons historiques est, comme chaque année, celui d’une exposition ordonnée et pleine de contenu, avec une proposition qui, cette année, pour la partie contemporaine semble meilleure et beaucoup plus fraîche que pour la partie moderne, malgré le fait qu’elle ne soit pas la même que la partie moderne. Elle est plus fraîche que la partie moderne, malgré quelques ajouts intéressants (comme le retour à la foire, après de nombreuses années d’absence, de 800/900 Art Studio , qui apporte à la nouvelle section Ventesimo+ un beau stand en grande partie dédié à Lorenzo Viani, mais qui, à lui seul, ne suffit pas à rehausser la fortune de cette partie de la foire).
Quoi qu’il en soit, le hall 26 reste le point d’appui de l’art moderne, où les grandes galeries historiques exposent les poids lourds du siècle dernier, tandis que le hall 25 se confirme comme le laboratoire de l’art contemporain. La peinture, en particulier, semble avoir retrouvé une place centrale, non seulement en tant que médium traditionnel (Arte Fiera est, après tout, parmi les foires italiennes, la plus proche d’un public moins enclin aux expérimentations les plus audacieuses), mais aussi en tant que domaine de recherche. Surtout, l’atmosphère qui se dégage des stands est celle d’une détermination confiante, avec une proposition qualitative qui semble récompenser la cohérence curatoriale plutôt que le tapage commercial (il y avait cependant plusieurs stands qui ressemblaient presque à des marchés aux poissons : il aurait été préférable de voir des propositions plus calmes et plus soignées pour mieux apprécier le travail des artistes, même si l’on peut comprendre les besoins des galeries, qui participent aux foires avant tout pour vendre).
Pour commencer le voyage à travers les propositions des galeries, et à partir du hall 26, on peut commencer par la Galleria Continua, qui présente à la foire MapTracing #9 - IT, une œuvre de 2023 de l’artiste indienne Shilpa Gupta. Constituée d’un tube en cuivre et de supports métalliques de différentes dimensions, l’œuvre réfléchit sur les lignes frontalières, créant une sorte de carte tridimensionnelle de l’Italie : le prix demandé est de 30 000 dollars (oui : Continua est la seule galerie à ne pas avoir communiqué le prix en euros), ce qui est cohérent avec le prestige international de l’artiste. Toujours sur le front de l’engagement conceptuel et de la critique des systèmes de pouvoir, le stand de Raffaella Cortese accueille une nouvelle œuvre de Monica Bonvicini, Love is blind (Nero), datant de 2025, un miroir coloré avec des chaînes et des menottes qui poursuit son expérimentation typique sur le lien entre l’architecture, le genre et le contrôle social. Son langage sec teinté d’ironie tranchante se manifeste dans cette installation murale proposée à 50 000 euros. Alfonso Artiaco propose quant à lui un grand dessin sur papier de David Tremlett, Drawing for a wall #1, vendu 18 000 euros.
Une approche plus ludique mais tout aussi profonde caractérise le duo Vedovamazzei, présenté par Umberto di Marino. Tokyo River, une œuvre de 2006, consiste en une table recouverte de ruban adhésif coloré. Stella Scala et Simeone Crispino, actifs à Milan depuis le début des années 1990, jouent avec la légèreté conceptuelle pour déclencher des réflexions sur la société contemporaine (l’œuvre est proposée à 35 000 euros HT). Les nouvelles tendances de la figuration européenne s’expriment quelques stands plus loin, chez Ciaccia Levi, avec les œuvres de Romane de Watteville. La jeune artiste suisse, née à Lausanne en 1993, travaille sur le genre du portrait, fragmentant les points de vue et utilisant le trompe-l’œil pour créer des images qui oscillent entre le réel et l’imaginaire. Ses œuvres, parmi lesquelles se distingue Maybe Romance is a Place de 2025, se situent dans une fourchette de prix allant de 4 000 à 9 000 euros : une opportunité intéressante pour les collectionneurs attentifs aux talents émergents de la scène continentale. Toujours dans le domaine de la peinture cultivée et évocatrice, la Rizzutogallery, basée à Palerme, propose Sposalizio de Francesco De Grandi. L’œuvre, une huile sur toile datée de 2025, fait partie de la recherche de l’artiste palermitain visant à redécouvrir le sacré et le mythe à travers une pratique picturale presque méditative. De Grandi dialogue constamment avec la tradition, tout en laissant passer sur la toile les secousses contemporaines. Le prix de ce grand scénario narratif est de 19 000 euros.
Non loin de là, il faut prêter un peu d’attention à la redécouverte historique proposée par Erica Ravenna, qui consacre un focus à Simona Weller, peintre romaine née en 1940. Plusieurs œuvres sont exposées, dont Tra le dune al tramonto, une technique mixte sur toile de 1976 (18 000 euros). Weller est une figure complexe et aux multiples facettes, qui a combiné la peinture abstraite basée sur les signes et l’écriture avec une intense activité d’essayiste et de romancière, enquêtant avec force sur le rôle des femmes dans l’histoire de l’art. L’œuvre témoigne de ses recherches sur le signe.
L’effervescence sur les stands confirme une confiance retrouvée dans le médium de la peinture, toujours capable de raconter la complexité de l’humain et de la matière. Parmi les propositions qui retiennent l’attention dans le secteur consacré à la recherche contemporaine, la Doris Ghetta Gallery met l’accent sur le jeune Sud-Tyrolien Johannes Bosisio, né en 1994. L’artiste, qui se déplace entre l’Italie et l’Allemagne, explore une peinture qui est un terrain d’affrontement et de rencontre entre l’organique et l’industriel. Ses surfaces, souvent enrichies de matériaux hétérogènes tels que des paillettes ou marquées par des rayures, rappellent l’esthétique techno et le dynamisme mécanique (rappelant certaines esthétiques des années 1980 : nous sommes, après tout, en pleine période de renouveau), et remettent en question la stabilité des formes. Sa construction de l’image est soutenue par une utilisation mesurée de la lumière, qui affecte la perception de la profondeur et de la surface. Des zones de réflexion et d’absorption visuelle guident le regard sans l’orienter vers une lecture narrative, favorisant plutôt une expérience d’observation prolongée. Pour ceux qui souhaitent approcher sa production, les dessins sont proposés à 1 800 euros, les peintures de petit format à 2 500 euros et les grandes toiles à 11 000 euros.
Toujours dans le domaine des visions contemporaines, Giampaolo Abbondio consacre la quasi-totalité de son stand à l’une des révélations les plus intéressantes de cette édition d’Arte Fiera, à savoir Chiara Sorgato, une artiste née en 1985 à Padoue mais installée à Milan, avec une solide formation vénitienne. Ses œuvres de taille moyenne, caractérisées par une narration visuelle qui a déjà trouvé sa place dans des contextes internationaux, sont proposées dans une fourchette de prix comprise entre 4 000 et 8 000 euros. Splendide est son œuvre What YOU secretly search for, qui fusionne en une seule image les catégories les plus recherchées par les utilisateurs de sites pornographiques : une peinture d’un mètre et demi qui travaille sur les pulsions cachées mais transversales des amateurs du genre. Peut-être le meilleur stand de toute l’Arte Fiera.
L’un des stands qui attire l’attention par sa propreté formelle et sa projection internationale est celui de Luca Tommasi, qui expose, entre autres, les œuvres de Mark Francis. L’artiste d’origine irlandaise, qui représentera Saint-Marin à la prochaine Biennale de Venise, présente Sound Signal, une huile sur toile datant de 2025 qui traduit en images des fréquences et des signaux invisibles. L’œuvre est vendue 34 000 euros. Sur le devant d’une peinture plus intime et réfléchie, Giovanni Bonelli présente Enrico Minguzzi de Romagne, né en 1981, tout juste auréolé du succès d’une récente exposition en galerie à Pietrasanta. Il s’agit d’une pratique faite d’attente, où l’image émerge de façon presque autonome du dialogue avec le pigment et nous fait découvrir d’étranges créatures qui semblent être des hybrides en continuelle transformation venus de mondes lointains (ou des éponges et des coraux, pour ceux qui souhaitent un terme de comparaison plus immédiat). Une huile sur céramique rehaussée d’émail doré est proposée à 2 500 euros, tandis qu’une toile de grand format atteint 9 600 euros. Minguzzi réussit à donner vie à des natures mortes qui semblent palpiter, suspendues dans une métamorphose perpétuelle qui fascine par sa charge vitale.
Dans la section Pittura XXI, organisée avec une attention particulière pour les voix émergentes, la proposition de la Galleria Acappella se distingue avec Leonardo Devito. Le jeune artiste, né à Florence en 1997, présente plusieurs œuvres dont Ghirigoro, une grande toile de 2026 vendue à un prix étonnamment élevé : 25 700 euros. Sa production comprend également des dessins à 3 200 euros et des toiles de taille moyenne à 10 000 euros. On retrouve la même fraîcheur sur le stand d’Unosunove, où Giovanni Bongiovanni, né à Augusta en 2001 (il est l’un des plus jeunes artistes de la foire), expose Gian Burrasca, une huile sur lin saisissante proposée à 6 000 euros. Pour les collectionneurs qui préfèrent les petits formats, les petites toiles de l’artiste sont très abordables : à partir de 600 euros.
Les incursions dans l’art d’outre-mer ne manquent pas : le Studio Raffaelli présente trois œuvres de Donald Baechler à la foire. L’artiste américain, né en 1956 et décédé en 2022, a su créer un alphabet visuel composé d’icônes du quotidien et de souvenirs d’enfance, des ballons de football aux fleurs, réinterprétés avec une sensibilité qui mêle l’immédiateté du signe à la stratification du collage. Les prix de ses œuvres à la foire varient entre 25 000 et 30 000 euros. S’orientant vers des langages plus jeunes mais déjà bien établis, la galerie Francesca Antonini consacre un espace à Rudy Cremonini, un artiste de Bologne né en 1981. Son œuvre Relax Baby Relax, une huile sur lin, incarne parfaitement sa poétique des atmosphères suspendues et raréfiées. Cremonini travaille sur la mince frontière qui sépare la réalité quotidienne de l’expérience transcendante, souvent inspiré par ses voyages dans des cultures où le sacré est immanent : le prix de cette œuvre est de 11 200 euros, auxquels il faut ajouter le taux de TVA de 5 %.
Une autre élégance, faite de signes lumineux et de références littéraires, se retrouve chez Monitor, qui expose une œuvre importante d’ Elisa Montessori, née à Gênes en 1931. Le pantofole di Paribanu (des Mille et une nuits), une huile sur toile de 2000, témoigne du geste de Montessori, un exercice de soustraction et d’accumulation, où le rapport entre l’univers féminin et la nature devient métamorphose. L’œuvre est proposée au prix de 15 000 € HT. Sur le stand de MC2Gallery , il est possible de voir les œuvres de Giuliano Sale. Sa peinture est une tentative de mettre de l’ordre dans le chaos de la vie quotidienne, une quête presque cathartique qui donne lieu à des œuvres à fort impact émotionnel, comme Quadro di merda de 2025, proposée à 2 200 euros. En poursuivant, z2o attire l’attention avec les grandes toiles d’Adelisa Selimbašić. L’artiste italo-bosniaque, née en 1996, étudie le corps féminin loin des canons traditionnels, utilisant des formats rappelant les clichés des médias sociaux pour explorer des thèmes tels que la proximité physique et la perception de l’identité. Son œuvre Beate, une imposante huile sur toile, est en vente pour 15 500 euros.
L’innovation technologique appliquée à la tradition trouve au contraire une synthèse particulière dans le stand de la galerie Prometeo avec Matteo Mauro. L’artiste sicilien, désormais installé à Milan après une longue expérience à Londres, présente Towards A Blue Mannerism, une œuvre de 2025 proposée à 5 000 euros. Le thème de la mémoire collective et de la réutilisation des matériaux est au cœur de la proposition d’E3 Arte contemporanea, qui expose Paolo Canevari. Son œuvre Black Pages (Monuments of Memory) , réalisée en 2019, utilise de l’huile de moteur usagée appliquée à une estampe du XIXe siècle, le tout enfermé dans un cadre du XVIe siècle. Canevari, un artiste au profil international, continue d’interroger le spectateur à travers des icônes et des symboles réinterprétés dans une clé conceptuelle. Le prix demandé pour cette œuvre est de 25 000 euros. Il est intéressant de noter que l’activité de l’artiste et de la galerie se poursuivra en 2026 avec une collaboration institutionnelle au musée MO.CA de Brescia.
La transition vers les pavillons du XXe siècle et les artistes historicisés offre des moments intéressants. Il y a beaucoup d’œuvres sur lesquelles on peut s’attarder, même si cette année, de nombreux galeristes ont préféré ne pas publier de prix. Parmi ceux qui affichent des prix, on peut citer la Dep Art Gallery, qui célèbre la poétique solaire de Salvo avec Canarie, un tondo de 1998 caractérisé par les couleurs vives et les formes simplifiées typiques du maître sicilien, proposé à 70 000 euros. À la Galleria d’Arte Maggiore g.a.m. de Bologne, on trouve un Sans titre de Piero Manzoni daté de 1957 : le prix demandé se situe dans une fourchette de 100 000 à 200 000 euros. Le regard sur l’histoire de l’art italien se poursuit chez Guastalla, qui expose une acrylique de Tano Festa de 1985 intitulée For ever Eveline. L’œuvre, qui témoigne de la phase de maturité de l’un des protagonistes du Pop Art romain, est proposée entre 10 000 et 15 000 euros. La sculpture qui devient signe et architecture est au contraire le protagoniste du stand de la Galleria Il Ponte, avec des œuvres de Mauro Staccioli. Une de ses compositions sur toile de 2003, réalisée avec du graphite et de la peinture industrielle, est proposée à 12 000 euros. La recherche scientifique sur la couleur trouve plutôt sa place chez ABC-Arte avec Jorrit Tornquist. Ses œuvres des années 1970, comme l’acrylique Untitled de 1971, explorent les réactions psychophysiques de l’observateur face aux variations tonales. Les cotations de ces œuvres se situent entre 2 500 et 5 000 euros.
Enfin, parmi les stands de galeries offrant un mélange de moderne et de contemporain, Cardelli & Fontana de Sarzana et Il Chiostro de Saronnese se distinguent. La galerie ligure propose plusieurs œuvres de Mirko Baricchi, l’un de ses artistes phares : de l’artiste de La Spezia, né en 1971, on peut voir, par exemple, Pantagruel #3, l’un des paysages désormais classiques de Baricchi où la peinture est étalée puis enlevée pour laisser place à des suggestions visuelles d’une grande liberté. Le prix de cette toile est de 11 000 euros. Une approche résolument plus conceptuelle liée aux urgences environnementales est celle proposée par Il Chiostro avec l’Italo-Brésilienne, née en 1967, Debora Hirsch. La série Plant se concentre sur la biodiversité menacée, transformant les espèces végétales en voie de disparition en icônes numériques imprimées sur papier comme des spécimens uniques. Chaque pièce, encadrée avec du verre de musée, coûte 5 200 euros et fait partie d’un dialogue choral avec des maîtres du calibre de Giorgio Morandi et Filippo de Pisis, dans une réflexion intemporelle sur le thème floral.
Arte Fiera 2026 se confirme donc comme un rendez-vous qui réussit à offrir un aperçu exhaustif et qualitativement élevé de la situation actuelle. La direction de Ferri semble avoir réussi à insuffler un sentiment d’ordre et de propreté, sans pour autant négliger la recherche (la visite s’avère souvent l’occasion d’une étude approfondie). À promouvoir : la section Pittura XXI qui, en plus de celles mentionnées ci-dessus, parvient à marquer d’autres moments de grand intérêt (deux surtout : le stand monographique de Lunetta11 consacré au jeune Ismaele Nones, et celui de Boccanera qui propose un splendide dialogue entre Andrea Fontanari et Cristian Avram: il est dommage qu’il soit pénalisé par sa position malheureuse) et les stands qui démontrent la capacité de faire de la recherche et de promouvoir de jeunes artistes. A revoir : une grande partie du moderne, et surtout la section Ventesimo+ qui ne nous semble pas avoir apporté grand-chose à la proposition habituelle.
L'auteur de cet article: Federico Giannini e Ilaria Baratta
Gli articoli firmati Finestre sull'Arte sono scritti a quattro mani da Federico Giannini e Ilaria Baratta. Insieme abbiamo fondato Finestre sull'Arte nel 2009. Clicca qui per scoprire chi siamoAvertissement : la traduction en français de l'article original italien a été réalisée à l'aide d'outils automatiques. Nous nous engageons à réviser tous les articles, mais nous ne garantissons pas l'absence totale d'inexactitudes dans la traduction dues au programme. Vous pouvez trouver l'original en cliquant sur le bouton ITA. Si vous trouvez une erreur,veuillez nous contacter.