L'Ecce Homo d'Antonello da Messina : est-ce un bon achat ?


L'État investit 12,5 millions d'euros pour l'Ecce Homo d'Antonello da Messina. Une opération qui marque le retour des grands crédits pour les œuvres d'art individuelles, mais qui soulève des questions cruciales : opportunité scientifique ou achat tapageur ? L'éditorial de Federico Giannini, qui prend également position sur la destination : Capodimonte.

Le fait que l’État italien ait décidé d’investir près de 15 millions de dollars, soit 12,5 millions d’euros au taux de change actuel, pour acheter l’Ecce Homo d’Antonello da Messina, dont tout le monde parle, même ceux qui n’ont pas mis les pieds dans un musée depuis la sortie scolaire de quatrième, n’est pas dénué d’intérêt latéral. Le ministère semble avoir compris, comme l’a suggéré Fabrizio Moretti dans ces pages, que pour acheter des œuvres majeures, il faut allouer des ressources suffisantes. Ce n’est pas que l’État n’investisse pas dans l’art, et l’on pourrait citer de nombreux achats récents. En commençant par la plus récente dans l’ordre chronologique, la Lucrezia de Guido Reni achetée pour le Palazzo Spinola, pour une fraction du montant dépensé pour l’Ecce Homo: un achat moins bruyant et moins grandiloquent, mais certainement pas moins significatif (au contraire). Et si l’on remonte dans le temps, on peut citer la Cronaca Crespi (1 million d’euros en 2024, pour la Biblioteca Nazionale Braidense), le Concerto a due figure d’Antiveduto Gramatica (350 000 euros en 2023, pour les Musei Reali de Turin), la Madonna di via Pietrapiana de Donatello (1,2 million d’euros en 2021, pour le Bargello), la Disputa sull’Immaculée Conception de Juan de Borgoña (400 000 euros en 2021, pour Capodimonte), la Danse champêtre de Guido Reni (800 000 euros en 2020, pour la Galerie Borghèse), la Madone Pannocchieschi d’Elci de Daniele da Volterra (2 millions d’euros en 2019, pour les Offices). Pour évoquer un achat comparable à celui de l’Ecce Homo , il faut remonter, au moins dans les mémoires, à 1996, lorsque l’État a dépensé 16 milliards d’euros pour acheter deux panneaux du polyptyque des Docteurs de l’Église d’Antonello da Messina, aujourd’hui aux Offices (le chiffre, au taux de change d’aujourd’hui et actualisé en fonction de l’inflation, serait de l’ordre de 15 millions d’euros).

Il ne fait aucun doute que la somme déboursée par l’État est tout à fait congruente pour une œuvre d’un artiste rare (on connaît une quarantaine d’œuvres qui lui sont attribuables), et plus qu’honnête si on la compare à certains chiffres que les collectionneurs sont prêts à payer pour des choses beaucoup moins intéressantes : Rappelons alors que rien qu’au cours des deux dernières semaines, un autoportrait d’Artemisia Gentileschi a été vendu chez Christie’s pour près de 5 millions d’euros, un dessin de Rembrandt a changé de mains chez Sotheby’s pour plus de 15 millions d’euros, et une esquisse de Michel-Ange est partie pour 27 millions d’euros. Si l’on remonte quelques mois en arrière, on trouve une estampe de Rembrandt vendue pour 3 millions d’euros et un œuf de Fabergé pour 26 millions d’euros. Devant de telles sommes, on pourrait presque dire que l’État a fait une bonne affaire. Mais il n’y a pas que le nom de l’artiste et l’adéquation de la facture qui doivent être pris en compte dans l’évaluation de l’achat : à côté de la qualité de la vente, il y a aussi l’opportunité.

Antonello da Messina, Ecce Homo, recto (vers 1470 ; tempera sur panneau, 20,3 x 14,9 cm)
Antonello da Messina, Ecce Homo, recto (vers 1470 ; tempera sur panneau, 20,3 x 14,9 cm)
Antonello da Messina, Ecce Homo, verso avec saint Jérôme (vers 1470 ; tempera sur panneau, 20,3 x 14,9 cm)
Antonello da Messina, Ecce Homo, recto avec saint Jérôme (vers 1470 ; tempera sur panneau, 20,3 x 14,9 cm)

Il est donc vrai qu’Antonello est un artiste rare. Mais il est également vrai que 12,5 millions d’euros représentent une somme considérable pour un artiste bien documenté dans les musées italiens. D’ailleurs, sur les quatre Ecce Homo connus des spécialistes, deux sont conservés dans nos institutions (l’un dans un musée d’Etat, la Galleria Nazionale della Liguria, l’autre au Collegio Alberoni de Piacenza). Avons-nous donc acheté une relique, un chef-d’œuvre de couverture ? L’achat a-t-il été plus médiatique que nécessaire ? Cela valait-il la peine de dépenser autant d’argent (en supposant, bien sûr, qu’il s’agisse d’un achat financé entièrement par des ressources publiques, sans envisager la possibilité que l’État ait eu recours à des crédits privés : des rumeurs circulent, sans que l’on sache si elles sont fondées, sur cette possibilité) pour acheter le dernier Ecce Homo connu disponible sur le marché, et qui n’est même pas le meilleur (bien qu’il soit presque certainement le premier de la série, et qu’il ait donc aussi une valeur documentaire incontestable), afin d’en obtenir trois sur quatre ? Plus généralement, vaut-il la peine de dépenser des sommes importantes pour acquérir des œuvres essentiellement isolées et dont on ne sait pas grand-chose, et de passer à côté d’œuvres importantes, vendues beaucoup moins cher, qui sont pourtant les sommets de ces artistes, ou qui servent à réparer des contextes ? Avec la même somme d’argent, combien d’œuvres importantes aurions-nous pu sauver de la dispersion ? Je pense, par exemple, à deux chefs-d’œuvre qui étaient en Italie et qui sont sortis, et qui ont été au centre d’affaires controversées : le Miracle des cailles de Jacopo Bassano et le Portrait de Camillo Borghese de François Gérard. Mais sans parler des œuvres sorties dans la controverse, des œuvres de grand intérêt sont récemment apparues sur le marché à des prix inférieurs : rien qu’au dernier BIAF, on pouvait trouver, par exemple, l’un des tableaux du cycle Padernello de Giacomo Ceruti (ainsi qu’un des tableaux de la meilleure qualité) à 1 million d’euros.

Quoi qu’il en soit, nous ne pouvons que lever nos verres pour célébrer cet achat, et nous pouvons aussi les remplir en apprenant que le ministère de la Culture dispose de ressources pour acheter des œuvres d’art bien plus importantes que celles auxquelles nous avons été habitués ces dernières années. L’espoir est désormais double : premièrement, que le ministère prouve que l’Antonello n’était pas un cas isolé et qu’il puisse à l’avenir dépenser pour des achats peut-être moins musclés, mais plus millimétrés. Deuxièmement, que l’Ecce Homo atteigne maintenant une destination appropriée : En laissant de côté les hypothèses folkloriques qui circulent en ces heures, le musée le plus approprié, du moins aux yeux de l’auteur, ne peut être (même si je regrette les Offices, qui seraient aussi un lieu plus que raisonnable) que le Musée National de Capodimonte, où un contexte serait reconstruit et où l’Ecce Homo d’Antonello retrouverait la culture dont il est le fils et les œuvres de Colantonio, qui fut le maître d’Antonello.



Federico Giannini

L'auteur de cet article: Federico Giannini

Nato a Massa nel 1986, si è laureato nel 2010 in Informatica Umanistica all’Università di Pisa. Nel 2009 ha iniziato a lavorare nel settore della comunicazione su web, con particolare riferimento alla comunicazione per i beni culturali. Nel 2017 ha fondato con Ilaria Baratta la rivista Finestre sull’Arte. Dalla fondazione è direttore responsabile della rivista. Nel 2025 ha scritto il libro Vero, Falso, Fake. Credenze, errori e falsità nel mondo dell'arte (Giunti editore). Collabora e ha collaborato con diverse riviste, tra cui Art e Dossier e Left, e per la televisione è stato autore del documentario Le mani dell’arte (Rai 5) ed è stato tra i presentatori del programma Dorian – L’arte non invecchia (Rai 5). Al suo attivo anche docenze in materia di giornalismo culturale all'Università di Genova e all'Ordine dei Giornalisti, inoltre partecipa regolarmente come relatore e moderatore su temi di arte e cultura a numerosi convegni (tra gli altri: Lu.Bec. Lucca Beni Culturali, Ro.Me Exhibition, Con-Vivere Festival, TTG Travel Experience).



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