C’est peut-être l ’un des sentiments les plus anciens qui soient: l’envie guette ceux qui désirent mais ne possèdent pas, qu’il s’agisse de qualités personnelles, de réussites, de relations ou de biens matériels, et naît de la conscience de son propre manque ou de son infériorité. Il s’agit d’un sentiment complexe, tapi au plus profond de l’intériorité d’un individu, avec plus ou moins d’intensité selon son tempérament, qui combine le désir, la frustration et même le ressentiment à l’égard de ceux qui semblent plus chanceux ou plus épanouis, y compris l’inconfort ou la gêne causés par cette différence. Dans sa Comédie , Dante enferme les envieux dans le deuxième cercle du Purgatoire: assis dos à la paroi de la montagne, ils se soutiennent mutuellement, écoutent des voix appelant à la charité, sont vêtus de cilices de couleur pierre et ont les yeux cousus avec du fil de fer pour les empêcher, par contre-mesure, de voir, puisqu’ils ont, de leur vivant, regardé les autres avec malveillance en raison du bonheur supposé d’autrui.
On dit que l ’envie est une bête hideuse et, en effet, même l’art, au cours des siècles, ne l’a pas dépeinte sous un jour favorable. Dans son Iconologia (Iconologie), dont la première édition date de 1593, Cesare Ripa la décrit comme une femme âgée, maigre, laide et pâle, avec de vilains yeux, vêtue de couleur rouille et échevelée ; dans ses cheveux, elle a quelques serpents, ce qui signifie ses “mauvaises pensées, car elle est toujours en train de révolutionner le mal d’autrui et toujours prête à répandre du poison dans l’âme de ceux avec qui elle ne se repose jamais, dévorant son propre cœur”. Et elle se dépeint comme vieille parce que “le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle a eu une longue et ancienne inimitié avec la vertu”. Et elle est mal habillée parce que ce vice “s’exerce parmi les hommes de basse condition et parmi la plèbe”. "L’envie est un poison, lit-on encore dans l’Iconologie de Ripa, qui dévore la moelle, et le sang est tout sucé, de sorte que l’envieux souffre comme il se doit, car si le sort d’autrui le contrarie, il soupire, tremble et rugit comme un lion, montrant qu’il a une âme misérable, pleine d’une haine cruelle qui lui fait voir le bien d’autrui d’un œil torve ; C’est pourquoi, à l’intérieur, il devient glace et fureur, se baigne dans la sueur, afin que les autres fassent de son chagrin un malin, et, avec sa langue armée de venin, il mord et blâme toujours ce dont il s’afflige".
Au début du XIVe siècle, Giotto (Colle di Vespignano, Vicchio, 1267 - Florence, 1337) la représente dans une fresque de la chapelle Scrovegni de Padoue, dans la plinthe du mur gauche, dédié précisément aux Vices, par opposition au mur droit dédié aux Vertus. Peinte en monochrome dans un panneau et surmontée de son nom, l’Envie est représentée différemment de l’iconographie qui aurait été codifiée par Ripa, ou plutôt comme une vieille femme qui n’a pas de serpents dans les cheveux, mais de sa bouche sort un serpent qui se retourne contre elle, symbolisant le mal qui revient à ceux qui l’engendrent. Elle a de grandes oreilles disproportionnées pour mieux capter les paroles et les informations des autres, qui la nourrissent ; des cornes tordues lui sortent de la tête et elle est aveugle. Ses pieds sont enveloppés de hautes flammes qui la brûlent comme le désir de posséder les choses des autres : c’est un sentiment qui brûle d’abord ceux qui le ressentent et ne les satisfait jamais. Et la main tendue vers l’avant comme pour voler quelque chose renforce également le concept de ce désir. Dans l’autre main, au contraire, il serre un sac contenant ses affaires. La représentation de Giotto est donc une condamnation morale et en même temps un avertissement qui trouve dans le serpent et dans le feu deux symboles du mal qui l’affectent personnellement, puisqu’elle est la première victime de son vice.
Toujours dans l’Iconologia de Cesare Ripa, nous apprenons que l’envie est également représentée avec un sein nu qui tombe : elle sera alors une “vieille femme, maigre, laide, de couleur livide, le sein gauche nu et mordu par un serpent, qui est enroulé en plusieurs tours sur ledit sein, et sur son côté il y aura une hidra, sur laquelle elle tiendra sa main”. L’envie n’est rien d’autre que de se réjouir du mal d’autrui et d’en vouloir au bien avec un tourment qui consume et dévore l’homme en lui-même [...] Le serpent qui mord le sein gauche rappelle le chagrin que l’envieux éprouve toujours pour le bien d’autrui, comme le dit Horatio dans les Épîtres “invidus alterius macrescit rebus opimis”. En d’autres termes, l’envieux se languit de la richesse des autres.
Nue et enveloppée de serpents, l’envie est représentée sur le sol au centre de la Porta Virtutis de Federico Zuccari (Sant’Angelo in Vado, 1539 - Ancône, 1609), qui fait partie de la collection permanente de la Galleria Nazionale delle Marche au Palazzo Ducale d’Urbino. L’œuvre de 1581 a été réalisée par l’artiste à la suite d’un tort subi, à savoir le refus par le commanditaire Paolo Ghiselli, scalco du pape Grégoire XIII, d’une œuvre pour la chapelle familiale de l’église Santa Maria del Baraccano à Bologne sur le thème de la procession de Grégoire le Grand, que ni lui ni les artistes bolonais n’appréciaient. Ghiselli se tourne alors vers un autre artiste, Cesare Aretusi. C’est alors que, pour compenser l’humiliation subie, Zuccari réalise avec Passignano une énorme caricature, la Porta Virtutis, qui est exposée le jour même de la Saint-Luc (le saint patron des peintres) sur la façade de l’église de la guilde des peintres. À cette occasion, Zuccari a expliqué l’œuvre devant tout le monde. Une version peinte à petite échelle de la caricature originale, que l’artiste offrit au duc Francesco Maria II Della Rovere, est conservée à Urbino : il s’agit d’une grande allégorie de la Vertu triomphant du Vice. Minerve, au centre du grand arc qui symbolise la porte de la Vertu, ne laisse pas passer les créatures monstrueuses qui s’approchent, allégories des Vices. Le sanglier et le renard symbolisent l’ignorance, la femme aux seins tombants enveloppés de serpents représente l’envie, s’accrochant à la cheville du roi Midas reconnaissable à ses oreilles d’âne (référence évidente au mécène), tandis que le satyre crachant du feu incarne le ministre de l’envie. La personnification de la Présomption montre au roi Midas précisément le retable de moindre qualité, celui choisi par Ghiselli.
La figure qui semble nous tomber dessus du plafond de la salle du Triomphe de la vertu du musée Casa Vasari d’Arezzo, peinte à fresque par Giorgio Vasari (Arezzo, 1511 - Florence, 1574) dans les années 1540, a également les seins tombants et est accompagnée de serpents : “Je me souviens que le 30 juillet 1548, la scène fut commencée dans la pièce de ma maison destinée à la coloration à l’huile, où il y a quatre anguli dratovi i quattro tenpi o le quattro età et atorno otto quadri a tenpera con Giove, Saturno, Marte, Mercurio, Venere, Cupido et il Sole et la Luna et 4 quadri dove sono putti drento et in uno ottangulo nel mezzo a olio, dove la Virtù et la Fortuna et l’Invidia che conbattono insieme”, note l’artiste dans ses Ricordanze (souvenirs ) des œuvres qu’il a exécutées dans sa maison d’Arezzo à Borgo San Vito. En effet, les protagonistes de l’octogone central de la salle sont la Vertu aux prises avec la Fortune et l’Envie: cette dernière, renversée, échevelée et disgracieuse, plonge vers le bas en antithèse à la Vertu qui s’élève vers le haut. Il n’y a ni beauté ni harmonie : les traits sont contractés, presque animaux, soulignant la perte d’humanité causée par l’envie. Elle ne lève pas les yeux, mais semble repliée sur elle-même, et elle est vaincue (un pied lui écrase l’arrière de la tête), incapable de se relever.
Le Museo e Real Bosco di Capodimonte abrite le tableau appartenant à la série des sept péchés capitaux réalisée entre 1570 et 1575 par le peintre flamand Jacques de Backer (Anvers, v. 1555 - v. 1585), où les vices sont représentés au centre de chaque œuvre de la série et où des épisodes de l’Ancien et du Nouveau Testament apparaissent à l’arrière-plan. L’Envie de Backer est une femme au corps vigoureux et musclé, mais en même temps anormalement déformé, et la première chose qui frappe est sa tête : à la place des cheveux, elle a des serpents enchevêtrés, une référence directe à Méduse, symbole de poison, de danger et de destruction. Le visage est contracté dans une expression sinistre, le regard est latéral, méfiant, comme s’il épiait constamment les autres ; avec sa bouche, il mord dans un cœur. Le corps est presque nu, avec des seins tombants, et les couleurs des tissus qu’elle porte sont également significatives : le vert foncé de la robe rappelle la couleur traditionnelle de l’envie, tandis que le jaune terne de l’étoffe fait allusion à la maladie morale et à la corruption intérieure. En effet, on peut y voir un corps corrompu et nerveux. Elle est représentée assise sur un rocher ; le geste de sa main tendue vers le bas suggère un attachement à ce qui est mesquin et terrestre, tandis que son autre main porte son cœur à sa bouche, comme si toute son énergie était dirigée vers la dévoration plutôt que vers la création. À l’arrière-plan apparaissent des scènes bibliques liées à l’envie : à gauche, Joseph descendu dans le puits par ses frères envieux, tandis qu’à droite, le diable sème de l’ivraie.
Plus brute et dépeinte avec un puissant naturalisme est l’Envie de Giusto Le Court (Ypres, 1627 - Venise, 1679), sculpteur flamand actif à Venise au XVIIe siècle. Le buste en marbre qu’il a réalisé en suivant l’iconologie de l’Envie décrite par Cesare Ripa comme une femme vieille, laide et pâle, au corps sec, aux yeux de fouine et avec quelques serpents dans les cheveux, se trouve aujourd’hui dans le portego du premier étage de Ca’ Rezzonico (Museo del Settecento Veneziano), et le détail qui retient immédiatement l’attention est lecri de douleur terrifiant qui semble sortir de la bouche de la femme à cause des nombreux serpents dans ses cheveux, qui lui mordent constamment la tête et le corps (notez le réalisme avec lequel les dents des serpents s’enfoncent dans la peau de la vieille femme et la tirent ensuite).
Celle représentée par Nicolas Poussin (Les Andelys, 1594 - Rome, 1665) dans Le temps protège la vérité des attaques de l’envie et de la discorde, aujourd’hui au Louvre à Paris, a également des serpents dans les cheveux. Commandé en 1641 par le cardinal de Richelieu pour le plafond du Grand Cabinet du Palais-Cardinal, l’actuel Palais-Royal à Paris, le tableau représente le Temps (dont les attributs, la faux et l’uroborus, sont soutenus par un putto à ses côtés) en train d’enlever la Véritéreprésentée comme une jeune femme nue, tandis qu’au premier plan sont assises, à gauche, la Discorde, et à droite, l’Envie; la première est caractérisée par une torche allumée et un poignard, la seconde par sa peau livide, des serpents à la place des cheveux et la draperie jaune et verte qui la recouvre. L’œuvre serait uneallégorie politique en l’honneur du cardinal de Richelieu pour avoir assuré la paix et la concorde dans le royaume, ayant échappé au fil du temps aux attaques de la discorde et de l’envie.
Il ressort de ces œuvres que l’envie n’est jamais quelque chose de neutre ou d’inoffensif, mais une force destructrice qui laisse des traces visibles, comme un poison qui ronge ceux qui le portent en eux. Ainsi, lorsque nous pensons à la laideur de l’envie dans les relations interpersonnelles... nous pouvons dire que l’art a également bien exprimé son concept en images.
L'auteur de cet article: Ilaria Baratta
Giornalista, è co-fondatrice di Finestre sull'Arte con Federico Giannini. È nata a Carrara nel 1987 e si è laureata a Pisa. È responsabile della redazione di Finestre sull'Arte.
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